
Vouloir illustrer l’exploration spatiale est une marotte propre à la musique électronique. En effet, science-fiction et machines sont liées depuis toujours. Dès Stockhausen et ses recherches sur l’espace-temps (dilatation, dilution,… ), la musique électronique s’est orientée vers les sphères supérieures de l’atmosphère. Ces deux terrains inconnus ne pouvaient qu’évoluer ensemble. Depuis 50 ans, on a eu droit à une quantité astronomique de concepts albums lorgnant autant vers l’espace version scientifique que vers l’espace version sci-fi. Dernière étape avec l’ouverture récente du catalogue sonore (nouvel onglet) de la NASA dont nombre de bidouilleurs musicaux vont, dans les années à venir, recycler les extraits pour mieux agrémenter leurs compositions futuristes.
La thématique spatiale relève aussi d’une certaine facilité. L’inspiration est plus évidente puisque libre, tout en étant codifiée puisque l’on a tous en tête des sonorités propre à l’espace que l’on puise dans notre catalogue cinématographique. Et c’est vrai que ça fonctionne à chaque fois tant on finit par accepter de se retrouver happer par la dimension aventureuse de la conquête spatiale.
Neel (nouvel onglet) ne s’est donc pas foulé en choisissant cette thématique et étant donné le pedigree du bonhomme (aka Giuseppe Tillieci, moitié italienne de Voices From The Lake, duo techno le plus important de ces dernières années / sound-designer de génie), la réussite paraissant évidente.
Phobos est un album bloc qui ne peut s’écouter que d’une traite. Ce qu’il vous propose, c’est l’exploration de la lune Phobos (nouvel onglet), menu satellite martien suscitant depuis longtemps la curiosité. Le parcours est entièrement balisé puisque le titre de chaque morceau constitue une étape à part entière. Avec Phobos, vous êtes parti pour 45 minutes d’observation spatiale d’un monde austère en noir et blanc. Exit donc le moindre beat et la moindre mélodie puisqu’il ne peut être question que d’absence et de silence.
On ne s’accroche à rien sur ce paysage lunaire et on se contente d’explorer seul cette terre sombre. Car Phobos est un album ancré au sol, fuyant l’observation spatiale distanciée. Ici, on touche la terre, même si c’est au travers de sa combinaison. On avance lentement dans une atmosphère nébuleuse et venteuse, Storm In Stickney, on observe de manière statique, quitte à en perdre l’équilibre, Crater Chain Observations, et enfin, on subit la gravité pesante, The Gravity Of Limtoc.
Profitant d’un sound-design absolument parfait, on se laisse porter par l’ambient de cette première-partie désolée mais enveloppante. Il faut attendre les deux derniers titres, Life On Laputo Regio et The Secret Revealed, et l’arrivée de nappes de synthés immersives pour faire face à la vie. Mais cette dernière n’est qu’une représentation mentale. L’album s’achève alors dans la douce crainte d’une mort présente dès les premiers instants.
En grec, Phobos signifie « peur ». A l’écoute de l’album de Neel, on comprend désormais mieux pourquoi ce satellite est un agent angoissant. Cet objet semble tellement aride qu’il en devient fascinant à force de nous renvoyer à nos propres angoisses. En cela, Phobos rappelle autant l’univers de 2001 que de Solaris. A l’italien d’avoir eu le mérite de rendre cliniquement compte d’une telle présence.






Brasser la merde