
chronique · 3 décembre 2013 · Rock / Folk
Orval Carlos Sibelius
Super Forma
Sur ce disque, on est clairement à la bourre. Tu le connais vraisemblablement déjà par cœur, mais c’est pas grave, on va quand même t’en causer rapidos.
par Mattooh
Ces dernières années, le pop-rock franquais d’obédience anglo-saxonne se porte plutôt pas mal. Successeurs des Calc, Overhead ou Jack The Ripper de la décennie précédente, les Fat Supper, Wine, One Lick Less, The Patriotic Sunday, et maintenant Orval Carlos Sibelius (nouvel onglet) ravissent depuis peu l’amateur de rock délicat et de pop érudite. Ainsi la vie redevint un peu moins pénible, malgré la crise et Arcade Fire.
Et elle l’est encore un peu moins à l’écoute de Super Forma. Je suis convaincu que ce disque a le potentiel pour devenir un classique, ou du moins un classique ignoré par les popeux Instagram et les résignés qui n’écoutent plus de nouveautés, persuadés que la publication de pavés de ce calibre est aujourd’hui impensable. Un de ces albums qu’on ressortira dans quelques années pour faire écouter au fiston ou aux copains avec un sourire satisfait, en minimisant, sûr de son coup, « ça tu vas voir, c’est vraiment pas mal » ; la pépite de derrière les fagots du fin mélomane, quoi. Aussi la petite agitation qui entoure le groupe ces derniers mois est-elle largement méritée, et même insuffisante.
La pop d’Orval Carlos Sibelius charrie des influences d’une classe clairement au-dessus de la moyenne, puisqu’on peut y entendre les traces profondes d’Elliott Smith, et plus encore de Robert Wyatt et Syd Barrett. Plus inattendu, l’élégance de ces quelques compositions donne également à entendre l’attachement de leur auteur à la musique brésilienne. La richesse des arrangements et la délicatesse des mélodies émanent de musiciens à la finesse d’interprétation redoutable, et d’un compositeur au talent impressionnant. Axel Monneau, le mastermind derrière Orval Carlos Sibelius, confie en interview que la réalisation de Super Forma s’est étalée sur une longue période, et que ses ambitieuses sonorités sont le résultat de nombreuses bidouilles de studio ; à l’écoute, il émane pourtant de ces chansons une évidence naturelle, qui baigne l’auditeur dans une chaleureuse rêverie. C’est BRILLANT, tu saisis ?
Si la formule n’était pas complètement galvaudée, je dirais par exemple que Desintegreaçao est une merveille de pop en apesanteur, à la mélodie stellaire et à l’instrumentation vintage de toute beauté. Asteroids, qui suit, possède la même efficacité mélodique et là encore, des arrangements 24 carats. L’instrumentale Super Data est une véritable pièce d’orfèvrerie, à la complexité instrumentale camouflée par des la-la-lalalalala angéliques et un thème mélodique d’une évidente beauté. Bells et Archipel Celesta héritent de la même sanction : merveilles harmoniques, et orchestrations divines. Bon, c’est pas compliqué : tout est insolente réussite sur ce disque. Allez, une dernière : Cafuron est une merveille de psychédélisme primitif, façon Rock Bottom ou The Piper At The Gates Of Dawn, un truc d’une qualité complètement invraisemblable.
On est donc bien loin des poses agaçantes de François & The Atlas Mountain, de l’irradiation massive au synthé dégueulasse de Phoenix ou du maniérisme ignare des insupportables marottes nationales de l’année (Fauve et La Femme, par exemple ?). Mais comment, comment Orval Carlos Sibelius a-t-il pu pondre un disque aussi parfait ? On pourrait se demander, justement, si une réussite si immédiate ne cache pas un vice de forme, une truanderie bien crapuleuse dont on ne se rendrait compte qu’après quelques écoutes au compteur ; pourtant, après des mois d’accompagnement, ce disque m’enchante toujours autant.
Le verdict est implacable : l’achat est incontournable.






Brasser la merde
1 commentaire
schlounga
Alors je suis assez d'accord, y compris à propos des surévalués Phoenix, Fauve (insupportable), et Atlas Mountain. Par contre, pour La Femme, je trouve que leur disque sort du lot, et qu'il est vraiment réussi. Le dernier Mansfield TYA vaut le détour aussi.
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