
chronique · 9 décembre 2015 · Rock / Folk
The Myrrors
Arena Negra
Pas de feuilles brûlées / Pas de branches brisées / Un jour propre comme le vitrage / Mais j'en voudrais davantage. - Arseni Tarkovski, poète soviétique, père de Andreï Tarkovski.
par Blacksad
Mais nom de dieu, c'est quoi, en 2015, faire du psyché? C'est faire dégueuler les grattes d'effets? C'est noyer des voix maniérées dans l'écho? C'est faire le guignol avec des instruments dont on ne sait pas jouer? Aujourd'hui, le psyché, c'est comme le post-rock, la bien-pensance et le fascisme : le terme signifiant tout et rien, il finie par signifier n'importe quoi. Le psyché, c'est le nouveau terme chic pour désigner la musique qui sort des caves pour rejoindre les stades, c'est le nouvel "indé", le nouveau "garage". Alors le psyché, c'est Tame Impala mais aussi J.C Satàn, c'est les premiers Brian Eno mais aussi le dernier Soft Moon. Il y en a assez. Devons-nous contextualiser, expliciter, mettre tous les albums du monde dans des cases dont ils ne doivent pas sortir?
Excuse-moi, cher lecteur, mais je sais ce que je fais. Je devais te parler, te dire tout ça, t'emmerder, parce que aujourd'hui, je ne voudrais pas classer les Myrrors dans un tag, une case, un genre. Mais voilà, ai-je seulement le choix? Car si je te dis que les Myrrors jouent dans la cour des violons électriques posés sur des paysages musicaux aux ambiances de fin du monde, qu'ils gèrent dans le domaine des six-cordes bien branlées, et que les morceaux répétitifs et transcendants de ving minutes, c'est leur trip, ça ne te dira pas grand chose. Alors que tout de suite, quand je te dis que la bande texane joue dans le game du space rock acide, du stoner lent en grande partie instrumentale, et malheureusement, du rock psyché, ça te parle plus.
Déjà, leur premier album/EP, sorti en 2008, et intitulé Burning Circles in the Sky, s'était retrouvé en rupture de stock et n'a été réédite que l'année dernière. Déjà, sur ce premier jet figuraient des morceaux géniaux, atmosphériques mais jamais brumeux. Déjà, le sommet du disque était l'interminable Mother of all living, 16 minutes de folie pure. Et les revoilà, sauveurs d'une année sordide, hérauts du space rock à l'américaine.
Découvert sur le tard, conseillé par mon entourage, le disque est sorti en début d'année, et devrait traîner dans mes oreilles au moins jusqu'au début de l'année prochaine. Les morceaux de Arena Negra se contentent de former un rock hypnotique, mais le font avec une justesse et un sens de la composition affûté. Jamais trop de bruit, jamais d'ennui semble être la devise des Myrrors, s'acharnant à répéter sans cesse la même formule sur leurs morceaux, enrichis par ce qu'il faut d'influences orientales et d'instruments inattendus : si le violon électrique y est omniprésent, la scie musicale s'y fait discrète, mais constitue un instrument vital pour la puissance sonore du groupe.
Forcément, ce disque très (peut-être même trop) homogène, qui contient quatre morceaux, se voit dominé par deux mastodontes. Autant les vignettes Juanito Laguna et Dome House Music sont parfaitement appropriées, autant elles sont éclipsées et n’apparaissent que comme des interludes face au massif The Forward Path, mais surtout, à l'ouverture éponyme, que je considère comme le meilleur morceau du disque : sa progression est lente, titanesque, et si toute sa puissance se révèle en moins de trois minutes, on ne s'ennuie pas une seconde sur ce monument de rock extra-terrestre.
Il est tout à fait probable que je m'extasie beaucoup trop face à un disque qui a le mérite de s'affirmer, de chercher sa propre voie, tout en offrant un véritable hommage à ses aïeuls comme à ses confrères. Que veux-tu, dans un océan de merde, même un brin d'air est à prendre.






Brasser la merde
4 commentaires
Orné & Akasha
Pfff mais non t'as rien compris (rires). Le psyché en 2015 c'est Flavien Berger, ou Jakko Eino Kaveli (rires), non je déconne. Pour moi le psyché dans son sens le plus noble c'est arrêté avec des groupes comme Olivia Tremor Control, ou Pupreme Dick, ou encore Brando... Sinon il y a l'ami Jacko Gardner, ou la famille Animal Collective. D'ailleurs je vous en veux un peu de ne pas avoir commenté le dernier Panda Bear. Est-ce par snobisme ? (sourires)
Orné
Orné & Akasha
Hum je viens de constater que j'ai écrit Pupreme, merde de die ! C'est Supreme bien sûr..Je ne vais pas bien, je viens de justement écouter le branleur de Jacko Gardner, après se sera Forever Pavot...Encore un autre qui fait du psyché pour petit con^^^
Orné
Blacksad
Je fais partie d'une minorité, mais quand on me dit "rock psyché", pour ma part, je pense en même temps à Spaceman 3 et à Acid Mothers Temple. En trois mots : "longues pistes hypnotiques". Définition qui convient parfaitement au disque chroniqué.
Sinon, je me contenterai de te répondre que AnCo comme Panda Bear, ça me file la chtouille.
Orné & Akasha
C'est géant Spaceman 3 même la suite avec Spiritualized ça vaut la peine, surtout les 1 et Sonic Boom est un fameux producteur, mais oui il a bien produit le Tomboy de Panda Bear, non ? (sourires)
Orné
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