
chronique · 29 décembre 2015 · Rock / Folk
Ten Commandos
Ten Commandos
La section rythmique de Soundgarden (et pour moitié Pearl Jam) s'associe à l'attachant guitariste-songwriter-producteur-arrangeur Alain Johannes, fréquent collaborateur des galaxies QOTSA et Soundgarden, pour un nouveau projet confidentiel mais pas dégueulasse.
par Mattooh
Sorti en novembre dernier dans une indifférence peu surprenante, le premier disque sans titre de Ten Commandos (nouvel onglet) voit ses origines remonter à 2008, à l'issue des funérailles de Natasha Shneider, femme et collaboratrice d'Alain Johannes décédée d'un cancer. Sans ambition particulière, ces messieurs se mirent à jammer comme toi tu rétablis la vérité dans les commentaires sur Internet, ou mets en ligne des gifs de chatons : pour passer le temps.
Quelques années - et très peu de détails sur l'histoire - plus tard, on se retrouve avec un album ronronnant, entre grunge feutré et classic-rock ambitieux. Si le talent de la paire Matt Cameron/Ben Shepherd pour élaborer de beaux socles de heavy-rock tordu n'est plus à démontrer, il est clair qu'il mérite d'être mis en valeur par une paire guitare/voix flamboyante, genre Kim Thayil/Chris Cornell. C'est un peu ce qui manque ici, car Alain Johannes a beau être un excellent technicien, un compagnon fidèle et un multi-instrumentiste accompli, il n'aura jamais ce petit plus différanciant le parfait de l'excitant, ou le requin de studio de la rockstar. Et il en va de même de Dimitri Coats, guitariste récupéré avant l'entrée en studio, actuel Off! et ex-Burning Brides. Si l'on en croit les déclarations du groupe, c'est en tout cas Ben Shepherd qui aurait jeté les bases de ces dix compositions.
Le chant manque bien souvent de caractère pour se hausser à la hauteur des trames musicales sages mais savantes dessinées par le trio Johannes/Cameron/Shepherd. Certaines compositions franchement bien branlées dégageraient bien plus de cachet si elles étaient survolées du lustre vocal d'un des seigneurs 90's de Seattle. D'autres en revanche sont simplement mal nées (Four On The Floor, bien pénible), et le chant standardisé n'arrange rien. Tous les titres ont bien leur petite minute de gloire ou une idée qui fait mouche, malheureusment beaucoup sont aussi embarrassés d'un refrain peu inspiré, d'une suite d'accord téléphonée ou de développements un peu vains.
On peut saluer en revanche la louable intention de construire un rock fouillé et électrique, fluide mais jamais simpliste, caractéristiques communes à tous les projets de Ben Shepherd - comme encore dernièrement sur son bon album solo, In Deep Owl (2013). On pense aussi souvent à Them Crooked Vultures (l'éphémère super-groupe monté par Dave Grohl, Josh Homme et John Paul Jones et dans lequel Alain Johannes avait été appelé en renfort pour la production et les concerts) ou Stone Temple Pilots, notamment dans le traitement des guitares (Sketch 9), ce qui n'est guère étonnant et témoigne de l'excellence formelle de ces enregistrements.
On trouve même quelques franches réussites, telles le tarabiscoté single Staring Down The Dust (avec le lord Mark Lanegan au chant, qui démontre justement le potentiel du projet avec une ligne de chant haut de gamme), la belle You Might Forget en clair-obscur, Aware ou la vite expédiée Invisibility.
Quelque part entre la complexité classieuse de Soundgarden et les facilités téléphonées d'un Alice in Chains des mauvais jours, Ten Commandos n'est pas tout à fait à la hauteur des espoirs suscités par son line-up. Il va donc être difficile de faire dépasser du cadre de l'anecdotique ce disque sans gros défaut, mais qui peine à chatouiller l'affectif. Et Ten Commandos de rejoindre la pile des side-projects méritoires de ces messieurs (Hater, Wellwater Conspiracy, Eleven, disques solos), agréables à resortir quand on tombe dessus, mais faciles à oublier.
J'encourage néanmoins le badaud, particulièrement celui féru de heavy-rock 90's, à faire son petit marché parmi ces 10 compos, pour en extraire une intéressante petite sélection. Enfin, y'aura-t-il du live à Noël? On ne sait pas encore, mais il paraît peu probable, s'il y en a, que ça déborde du continent américain.






Brasser la merde