Concerts · 29 avril 2013 · le 17 avril 2013, Maroquinerie
…And You Will Know Us By The Trail Of Dead à la Maroquinerie
De la difficile condition de roadie
par Mattooh

Pour la 3ème fois en 6 mois, les bons vivants de …Trail of Dead reviennent mettre bouteilles en Paris. Résultat : 80 préventes au compteur à l’entrée. C’est aussi le résultat d’une soirée crève-cœur, avec des bons groupes qui jouent aux 4 coins de la ville et d’une météo plutôt clémente. Mais on me la fait pas, et convaincu qu’il n’est jamais bon de laisser passer une occasion de voir nos 4 texans, je me dirige, cahin-caha, vers la belle Maroquinerie.
Les 2 premières parties n’ayant pas la moindre espèce d’importance, allons droit au but. Ce concert débute de manière assez classique, sur l’intro ridiculement grandiloquente de Worlds Apart enchainée avec un It Was There That I Saw You joué comme de coutume : à l’arrache. Difficile de déterminer le point de rupture, mais les choses ont rapidement viré au grand foutoir punk. Ce n’est pas la première fois qu’ils me font le coup, mais le plaisir de voir une bande de middle-aged gaillards en sueur rompre la barrière avec le public en passant leurs instruments à tabac ne se périme pour ainsi dire jamais. Le bassiste, manifestement copieusement chargé, délaisse rapidement sa basse et met son temps libre à profit en descendant dans le public, faisant circuler son matériel ou son corps dans la salle et remontant épisodiquement sur scène pour jouer quelques notes inaudibles ou psalmodier quelque propos outrageant dans l’hilarité générale.
Jason Reece et celui que nous appelerons le 4ème homme se relaient derrière la batterie, et semblent rivaliser d’énergie ; à l’aiguille du WTF?! déjà dans le rouge, ils ajoutent un taux de patator plus proche de la charge pachydermique que de l’énergie dégagée par l’être humain lambda. Le son est brouillon, les comportements exempts de la plus élémentaire dignité et le plaisir de tout le monde évident ; le seul exclu de cette félicité sera le malheureux roadie, contraint par la tournure des événements à devenir alternativement nounou, régisseur général, technicien de l’extrême et musicien. Mais son adresse ainsi que son t-shirt Future Of The Left indiquent que ce genre d’ambiances ne doit pas complètement lui déplaire.
…Trail of Dead joue comme d’habitude ses meilleures chansons en live, sans pitié pour ses plus faibles – les plus récentes, souvent. Mais comme le tout dernier, Lost Songs (lire la chronique), constitue un réjouissant retour à la grande forme des débuts, il se retrouve dignement représenté. Les voix déraillent gaiement, et l’énergie prime comme si At The Drive-In mettait à sac le répertoire de Sonic Youth. Plus que jamais sorti des radars des grands prédicateurs rock, tombé en désuétude mais pas en dépression, …Trail of Dead n’avance plus que pour son plaisir et celui de ses aficionados. Un grand défouloir hors du temps et des bonnes pratiques parisiennes, voilà à quoi ressemblait cette heure et demie en compagnie de nos riants quadras.

Brasser la merde