
chronique · 15 novembre 2012 · rock-folk�
…And You Will Know Us By The Trail Of Dead
Lost Songs
Encore un disque de …And You Will Know Us By The Trail Of Dead, te lamentes-tu ? Maintenant que tu paies 130€ tes pass pour le Pitchfork Festival, tu n’y crois plus, tu ne veux pas l’écouter ? Regrettable erreur : nos bruyants texans y sont fringants comme au premier jour.
par Mattooh
…Trail of Dead (nouvel onglet) (on va abréger ce foutu nom comme tout l’Internet le fait, si ca ne te dérange pas) est un bon groupe, et cela depuis une bonne quinzaine d’années. Leur discographie, mais surtout leurs concerts parlent pour eux : aller les voir lors de leur passage parisien, une fois tous les deux ans, est l’assurance de passer un excellent moment dans la transpiration, le foutoir sur scène et une certaine nostalgie 90’s. Car nos texans font cela à l’ancienne : en jactant des refrains sur des accords de puissance, entre deux nappes de guitares noisy plombées de descentes de tomes Sonic-Youth-style. Sans aucune prétention garage, 70’s ou arty, juste du rock gueulard et aventurier. Pas vendeur, hein ?
D’autant que depuis 2006 et le faiblard album So Divided, la passion a pu s’émousser. Madonna et Source, Tags & Codes, en 1999 et 2002, forment un plafond qualitatif de leur discographie jamais dépassé, même si le point tournant de leur carrière, le controversé Worlds Apart en 2005, élargissait le champ de tir de nos garçons - avec plus ou moins de réussite. Century of Self et Tao of the Dead ont, ces dernières années, tenté de raviver la flamme des débuts, en réinjectant des décharges de hargne dans la confortable mixture prog-pop qui semblait être devenue leur rente. Chaque skeud a ainsi son petit ballotin de tubes, mais pas de quoi se la fouetter sur le macadam brûlant d’une fin d’après-midi d’été.
En 2012, …Trail of Dead décide que ça va bien maintenant, dédie son album aux Pussy Riots et met les choses au clair. Lost Songs n’est pas du tout la compilation de faces-b que son titre laisse craindre, c’est au contraire un manifeste de retour à l’état de grâce. L’inspiration est là, charriant dans son sillage une énergie retrouvée. Des titres comme Opera Obscura, Pinhole Cameras ou Bright Young Things nous ramènent à l’époque où …Trail of Dead bricolait des fusées noisy sans trop se poser de questions : bloc batterie-guitare au grand trot et les deux timbrent de voix qui braillent a l’essentiel. Signe qu’on est bel et bien revenu au cahier des charges initial, l’introductif Open Doors Standard rappelle étrangement son homologue It Was There That I Saw You, sur Source, Tags & Codes. Titres évocateurs : c’est là qu’on les a remarqués, c’est comme ça qu’on les kiffe.
Le line-up du groupe a beaucoup évolué depuis sa création, et seuls subsistent aujourd’hui les deux vocalistes, songwriters et multi-instrumentistes, Jason Reece et Conrad Keely – ce dernier se chargeant également des artworks. Autant dire que les gus qui se succèdent autour d’eux n’ont aucune importance, et que quand ces deux-là sont en forme il est impossible de dater une chanson de …Trail of Dead. Ainsi le groupe sait toujours jouer aux montagnes russes au sein d’une même chanson, avec le break bien senti entre deux refrains toutes gorges déployées (Up To Infiity, Camera Obscura, Flower Card Game) ou une fausse balade qui laisse Keely échapper une braillade salvatrice (Awestruck). Pour oxygéner tout ca, des petites coquetteries pop (Time And Again, Lost Songs) qui ne gâchent rien car quoi qu’on en dise, on aime ça, les belles mélodies.
Bref, lecteur geignard, pour une fois tu n’auras aucune raison de te plaindre. Même pas pour la pochette, puisque Conrad Keely a pour une fois laissé de côté ses grandes toiles moches pour un noir et blanc franchement classieux. Encore le signe que ce disque a quelque chose de spécial.






Brasser la merde