Concerts · 30 janvier 2013 · le 29 janvier 2013, Bataclan (Paris)
Kendrick Lamar
Paradoxe hip-hop
par B2B
Ainsi vont les paradoxes. Alors que nous affichions notre scepticisme face au good kid, m.A.A.d city, pêchant par son concept enchaînant les lieux communs et par ses instrus pantouflardes, Kendrick Lamar (nouvel onglet) a fini par se retrouver dans notre Top hip-hop 2012. Mais le cheminement a été long avant que l’album puisse prendre forme dans mon esprit. Car si je reconnais que Kendrick Lamar possède un putain de sens du story-telling et un flow excessivement cool, les différentes pièces du puzzle good kid ont dû attendre avant de finir par s’imbriquer. Mea culpa ? Non. Il s’agit plutôt d’admettre que certains albums mettent du temps à faire sens.
La venue de Kendrick Lamar à Paris constitue assurément l’évènement de ce début d’année. Il faut dire que le gamin a littéralement explosé dans les médias et c’est désormais toute une frange de la jeunesse actuelle qui découvre et veut voir de près le phénomène. A cela s’ajoute quantité de rumeurs plus ou moins fantaisistes sur ce show (présence d’A$AP Rocky? présence de Kanye West ? Rien de tout cela au final, bien entendu). Quoi qu’il en soit, la foule est au rendez-vous devant le Bataclan (nouvel onglet) et celle cherchant désespérément une place semble dépasser celle possédant le précieux sésame.
Une fois à l’intérieur, bienvenu dans la colonie de vacances, tendance swag parisienne. Le public dépasse difficilement la vingtaine et transpire la coolitude sympa (loin du sempiternel m’as-tu-vu local). Malheureusement, la 1ère partie pue la hype de bas-étage puisque c’est la dernière tendance londonienne qui nous est imposée en la personne d’Ofei (nouvel onglet), personnage énigmatique, cultivant le mystère via des clips enjôleurs et une voix de crooner black urbain désabusé. Trois titres et 12 minutes plus tard, il quitte la scène en faisant profil bas devant autant d’indifférence manifeste.
Une bonne heure plus tard, Kendrick Lamar se pointe avec son DJ. On aura rarement fait plus austère pour un concert de rap à 34 euros. Le gamin va enchaîner rapidement, si n’est expédier, une tripotée de morceaux issus majoritairement de Section.80. Le public est à fond et réagit au quart de tour dès que Kendrick bouge le petit doigt. C’est bon enfant, la fosse transpire le shit coupé au pneu et chante les paroles comme s’il s’agissait d’un karaoké géant. De ce côté, tout va bien.
Le problème vient plutôt de la scène. Car si Kendrick est un personnage éminemment charismatique, ça ne suffit pas pour autant à rendre le concert prenant. En effet, passé l’intro bouffant 7 morceaux en moins de 20 minutes, débute alors le long passage autour de good kid, m.A.A.d city, qui prend difficilement du volume face à l’absence de featurings. Un concert hip-hop ne peut reposer sur un seul MC, même les plus grands en ont fait l’amère expérience. Kendrick a beau tenter de dynamiser ses morceaux en jouant avec le public, ces derniers sont trop vite tronqués. L’impression d’écouter des demi-titres se fait lourdement sentir, d’autant que le DJ ne semble être qu’un simple faire-valoir.
Alors oui, l’enchainement Money Trees, Backseat Freestyle, Bitch, Don’t Kill My Vibe a de la gueule et fait suer la foule, mais quand le père Lamar s’attaque à Fuckin Problems, on regrette l’absence d’A$AP Rocky, idem concernant le Poetic Justice et Drake. Et c’est ainsi pour la large majorité des tracks. Le résultat est sans appel et donne l’impression d’assister à un simple showcase très calibré et s’appuyant sur un discours certainement intègre mais désormais rodé, si ce n’est formaté, pour un public interchangeable. Pour la spontanéité, on repassera.
1h10 à peine plus tard, c’est déçu que je quitte la salle. Décidément, ainsi vont les paradoxes.

Brasser la merde