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Pochette de Good Kid, M.A.A.D City

chronique · 8 novembre 2012 · Hip-Hop / Rap

Kendrick Lamar

Good Kid, M.A.A.D City

Le Detox de Dr Dre, cette fameuse arlésienne du rap américain, aurait été encore repoussé à cause de Good Kid, M.A.A.D City. Voilà qui donne d’emblée une importance monstrueuse à cette première grosse production de Kendrick Lamar qui, au final, n’a d’impressionnant que son dispositif promotionnel.

par Julien Lafond-Laumond

On va pas jouer au hater, à l’allumeur de hype, ce Kendrick Lamar est un gars vraiment cool, à l’univers musical intéressant et aux qualités de MC évidentes. Section 80, son premier album, a d’ailleurs été à mes yeux une des sorties hip-hop les plus essentielles de ces dernières années, un truc qui en impose et qui réconcilie tous les types d’amateurs de rap. Accessible mais aventureux, touchant mais pas larmoyant, Section 80 était une vraie claque, inégale et un peu folle, mais capable de tourner des heures sur ton lecteur sans une once de fatigue.

Pour son deuxième album, on était donc en droit d’attendre des miracles de toutes sortes. Clairement, le gars avait les cartes en main pour mettre une branlée à tout le monde. Et quelque part, on peut dire qu’il a réussi son coup, puisque commercialement comme du point de vue de l’accueil critique, c’est une réussite. N’empêche, il n’est pas bien compliqué de se faire l’avocat du diable et de voir dans ce succès une grosse part d’esbroufe.

En fait, les reproches que l’on peut faire à Good Kid, M.A.A.D City sont majeurs. Construit comme un concept album sur la prise de conscience de la dureté du ghetto, on peut dire qu'on est en pleine tarte à la crème, où Lamar empile les lieux communs comme un autiste empilerait des cartons. Son disque initiatique pue la moraline comme c’est pas permis. Eh oui, le ghetto c’est chaud, et ça lui a fait faire de sales trucs. Mais maintenant il se rend compte de tout ça, merci à Dieu et au Rap pour avoir sauvé sa peau... Même si les textes sont formellement très réussis, le fond est d’une banalité effrayante. Le concious rap, c’est le cœur du hip-hop indé depuis 20 ans, et il n’y a que des types qui n’y connaissent rien qui peuvent voir dans le discours de Kendrick Lamar une once de nouveauté. Quant au « concept » officiant comme fil rouge d’un album, on ne peut en aucun cas dire que c’est une qualité en soi, sinon je vous encourage à vous taper tous ceux de Rush ou Dream Theater avant de l’affirmer à nouveau. Les textes de Lamar ont certes du punch et clairement le mec sait rapper, mais pour ce qui fait la singularité de Good Kid, M.A.A.D City, il y a de quoi être très sévère. Plutôt bien branlé, son storytelling n’aboutit à rien d’autre qu’une bonne leçon de psychologie populaire. Décevant, quoi.

Du point musical, rien de surexcitant non plus. Très mûres, les instrus laid-back de Lamar et sa horde prennent aussi très peu de risques. C’est souvent réussi, souvent émouvant, mais rarement enthousiasmant ou aventureux. Et c’est même parfois malhonnête, comme sur l’excellent The Art of Peer Pressure qui pille grossièrement un improbable collectif danois (nouvel onglet). Il y a bien sûr de quoi prendre son pied, l’enchaînement Money Trees (feat. Jay Rock) / Poetic Justice (feat. Drake) est superbe, Sing About Me, I'm Dying Of Thirst est pas loin d’être bouleversant, mais dans l’ensemble, la belle cohérence affichée cache également une forme de paresse, de sérieux un peu chiant qui tranche avec certaines instrus dingues de Section 80.

À choisir, dans les membres du Black Hippy (nouvel onglet), outre le « sympathique » Schoolboy Q, je préfère largement m’emballer pour Ab-Soul. À côté de Good Kid, M.A.A.D City, son Control System est une tuerie immensément plus couillue et raffinée. Mais que voulez-vous, Dre a fait son choix. Quand on a un parrain pareil, la destinée est toute tracée. Malheureusement, peut-être, puisque la fin de l’album de Lamar est de mauvais augure. Dernier acte de sa propre histoire, il affirme avoir enfin trouvé sa sérénité, son rythme de croisière, avec Dre qui le confirme en featuring. Problème : ce titre est pas loin d’être naze. Espérons qu’il ne s’agisse que d’un malheureux hasard, ou alors Kendrick Lamar va réellement devenir un connard de moins de 30 ans qui joue au lascar prêcheur de sagesse dès qu'il en a l'occasion. Et on a franchement pas envie que ça arrive.

Julien Lafond-Laumond

Brasser la merde

6 commentaires

  1. Messi

    olalalalala. vous êtes très bons en électronique etc mais s'il vous plait : NE PARLEZ PLUS DE RAP! oh mon dieu.

  2. Gigael

    Y comme quelque chose de bien noire sur ce site de critique! C voulu? Vs êtes quand même les seuls à descendre cet album, qui pourtant a tout de même été ovationner dans dans les critiques spécialisées ....

  3. julienl

    Qu'est-ce qui est pas sérieux dans cet article à part que je suis déçu de ce disque ?

    Un rappel : j'aime Kendrick Lamar bien plus profondément que la plupart des golios qui adorent Good Kid, M.A.A.D City parce que c'est le premier disque de rap qu'ils écoutent depuis My Beautiful Dark Twisted Fantasy.

    Un autre rappel : il est aussi légitime de ne pas aimer un disque que de l'aimer.

  4. Fuxy

    Putain c'est dingue je savais pas que ça existait encore les chroniqueurs aigris dans ton genre. Mais merde tu veux qu'il dise quoi Kendrick dans son album? J'ai plein de biffe et je nique des grosse biches? C'est pas vrai quand même, pour une fois qu'on a un concept album qui tient la route en cette année 2012, il y a encore des gens comme toi qui sont capable de critiquer le moindre truc pas original. Ta chronique est moche car elle est trop subjective, tu parles de lyrics mais tu n'en cites aucunes, tu parles de storytelling mais tu ne racontes pas l'histoire, et les producteurs, mis à part Dre on peut se les carrer ou je pense c'est ça? Clap Clap, continue comme ça jeune padawan, tu fonces droit dans le mur

  5. julienl

    Aigri, moi ? Absolument pas. Subjectif, bien sûr, parce que tu crois que tu peux être objectif ?

    Je suis déçu de ce disque, c'est clair ou pas ?

    "Pour une fois qu'on a un concept album qui tient la route" : Ah bon, tu crois que le rap peut pas vivre sans concept album ? Moi je pense que si, que c'est un exercice de style qui en soi n'a pas d'intérêt intrinsèque. Je dis que celui-ci est très réussi formellement, c'est sûr, mais que ça suffit pas à en faire un chef d’œuvre. D'autant plus quand le fond du concept est aussi tarte à la crême. La vie à Compton, excuse-moi, mais avec Dj Quik et d'autres, ça fait un moment qu'on la connaît.

    Ce qui fait au fond que je suis sévère avec cet album comme très sévère avec celui d'A$AP Rocky, c'est qu'on en fait des tonnes parce ce qu'ils sont assez réussis, mais surtout parce qu'ils sont distribués par des majors...

    Ma position aujourd'hui, en rap, elle est très claire : je descends facilement les albums officiels et je suis assez indulgent avec les mixtapes. C'est une position presque politique, parce que je trouve le gouffre entre les deux absolument honteux du point de vue d'un vrai amateur de musique. Ces jours-ci t'as une nouvelle mixtape de Mach Five qui est sortie, Art Rap, ben je la trouve pas loin d'être aussi bonne que Good Kid, M.A.A.D City. Sauf que Mach Five ne gagne presque rien dessus tandis que Kendrick Lamar doit déjà être millionnaire. Deux poids, deux mesures...

  6. anonyme

    Je suis assez d'accord avec cette critique, d'autant plus quand on a su apprécier section 80 à l'époque, son EP ou même ses sons avec son crew Black Hippy. GKMC reste un album commercial qui était destiné à toucher un maximum de gens à l'inverse de section 80 ou on se sentait transporté dans l'univers de l'artiste. Grande fan de Kendrick Lamar j'avoue que j'ai pas plus accroché que ça a son dernier album bien qu'il ait pu être ovationné par je ne sais quelles critiques. On est déçu de l'album quand on connaît le vrai potentiel de l'artiste. PS: aussi dacc avec le commentaire sur absoul, il a du talent

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