silent weapons for quiet wars

Concerts · 2 juillet 2015 · le 15 mai 2015, Instants Chavirés (Montreuil)

Le Singe Blanc + Svin + Uns

Eructations primitives

par Dr. Somath

Pleine soirée aux Instant Chavirés : nos amis les En Veux-tu servaient sur un plateau le genre d’exquise soirée qui se confond parfaitement avec la douce et chaleureuse brume de ces vendredi soirs, lorsque l’on slalome tendrement entre les verres et que l’on gomme lentement toutes les basses besognes de la semaine.

Ce que j’apprécie chez Svin, c’est cette volonté de faire s’entrechoquer les froides sonorités du grand nord avec les chaleureuses et coulissantes expansions du saxophone. Cela paraît souvent profondément impromptu, et s’avère pourtant parfaitement juste, les deux aspects s’interpellant continuellement dans le plus indocile des ébats. Les froides impressions colportent sans erreurs de faciles mandales placées directement à la pommette : on perçoit ici ces arcs de guitare argentés, cliniques et impitoyables; le malin plaisir que ces individus prennent à scier de purs accord d’une pâleur éblouissante et d’un grain discordant, envenimé par la puissance démesuré d’un batteur, solide tel le buste d’un d’empereur, qui s’emploie à littéralement tabasser ses fûts avec la plus minutieuse des applications.

Tout cela se balance aisément par l’introduction discrète mais jamais saugrenue d’une paire de sonorités plus étranges, plus coulantes, parfois détendues, jamais trop aimables. En résulte ainsi une musique placide, aux entournures agressives, mais qui diffère tout de même de celle de leurs voisins, Noxagt, MoHa ! ou Staer, car plus ambigüe, jouant carrément plus sur la versatilité perverse d’ambiances délétères que sur une absolue dégradation de toute forme de vie. Sensationnel concert des nordiques, que l’on reverra sans déplaisir s’ils repassent de nouveau à Paris.

J’aime le Singe Blanc (déjà chroniqué dans ces pages). Je les aime d’un amour pur. J’apprécie leurs simiesques élongations. J’admire la folle variété de leurs murmures, de leurs cassures, de leurs primitives éructations. Je goûte avec plaisir cette sensation d’intense déconne qui se dégage de leurs morceaux, cette impression qui s’installe et résonne continuellement dans le crâne, cette force qui soulève et pèse à la fois lourd sur les épaules. Le Singe Blanc, sous des atours de sauvage, sait pertinemment comment poser la plus criante des pressions, en arrangeant toujours ses morceaux à la façon d’un parfait pétage de plombs. Le Singe Blanc de Metz disjoncte allégrement, élégamment, savamment, à la force de multiple bruits de bouches et l’énergie de ceux qui se retrouvent sûrs de leurs coups.

Ces bonshommes m’inspirent avec force ce genre d’état de forme lorsque je me retrouve dans l’embarras le plus certain : que je fais par exemple remarquer par erreur le strabisme de mon interlocuteur, qu’un membre de ma famille m’intercepte en pleine session d’air guitar ou que je tente de consommer discrètement un magasine érotique au kiosquier du coin : ces petits instants presque tragiques qui provoquent l’impression de fondre littéralement dans la honte la plus totale. Le Singe Blanc caractérise parfaitement l’instant d’après, cette espèce de bouffée d’indignité qui pousse à complètement délirer, à moduler sa voix, à gesticuler aléatoirement pour laver l’affront. J’aime beaucoup ça. J’aime beaucoup ce style. Et puis lorsque le trio de Metz décide d’accéder sans paresse à l’ivresse des niveaux supérieurs, cela donne un rappel d’une exceptionnelle ardeur, la où l’on pourra entendre un Mambossa complètement désossé fondant au cœur d’un patibulaire bordel sonore. Splendide.

Au tout début de la soirée, il y avait Uns, au batteur à la juste frappe, d’une souplesse et d’une puissance sans égales, qui éclipsera malheureusement ses partenaires à l’approche des moments clés : guitare et basse ne sauront jamais vraiment rattraper l’écart et faire la différence sur une musique instrumentale qui se veut ample et terrienne mais qui n’atteint que trop rarement la puissance évocatrice des cadors du genre. Des passades plus venimeuses comme des dynamiques plus variées les aideront fort à ne point tomber dans la molle redite de leurs contemporains, même si l’on sent l’envie de bien faire, qui sera j’en suis sûr très certainement récompensée plus tard par le sceau fier et doré de l’expérience.

Dessins par Sylvain CNUDDE.

Mots par Johnny Placide.

Dr. Somath

Brasser la merde

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