silent weapons for quiet wars

Concerts · 15 novembre 2013 · le 26 octobre 2013, Nantes

Soy Festival 2013

« Garçon, il y a du métal dans mon Soy ! »

par Mattooh

Nantes est une bourgade riche de nombreux activistes œuvrant pour l’ingrate cause des musiques indépendantes, et c’est sous leur impulsion que ces dernières années, le centre de gravité du rock exigeant en Franque s’est sensiblement déplacé vers l’Ouest.

Riche exemple, le groupuscule indépendant nantais Yamoy’ y organisait très récemment le festival itinérant Soy, et ce pour la onzième année consécutive. Une affaire qui roule, donc, et une étape devenue pour moi l’incontournable marronnier d’un automne réussi. Cette année, le festival se parait d’un beau bison volant sur fond bleu en guise d’emblème ; chacun y associera la signification de son choix, mais cela doit bien avoir quelque rapport avec le caractère résolument défricheur, inattendu, et éclectique mais pointu de ce festival que j’affectionne particulièrement - et pas seulement parce que les individus derrière cette programmation sont essentiellement une bande d’humanoïdes ineffablement adorables. C’est bien simple, le temps de 5 soirées (+ une jolie préchauffe cette année), Nantes devient l’insoupçonnée capitale des musiques kamikazes et offre un moment de qualité aux public curieux et musiciens caractériels en mal de temps de parole ; esthétisme, indépendance et volupté.

A l’heure où le même ouikène sonne sur Paris le rassemblement de toute la vermine hipster venue congratuler les pires tocards à moustaches pour des prix toisant toute concurrence, il convient de ne pas suivre les communiqués des conseillers en culture branchouille des grands médias de Franque : une autre voie que le Pitchfork festival est possible. Pour deux fois moins cher, le festival Soy propose à peu près autant de concerts (mais que tu peux tous voir), une bien agréable variété de lieux (dont certains inédits), indéniablement moins de parisianisme puant et une pilosité considérablement moins travaillée. Mais, bon, tu fais ce que tu veux, hein.

Compte-rendu partial et partiel des soirées ayant réussi à traîner mon arrière-train engourdi malgré la pluie, la concurrence et les apéros.

Acte 0 / La Colonie de Vacances @ Lieu Unique : quadruple apéritif

La Colonie de Vacances est un projet dit quadriphonique monté par la dream-team du noise-rock mathématique et physico-chimique de Franque, à savoir nos chouchous de Papier Tigre, Marvin, Pneu et Electric Electric. Le concept, tellement génial qu’il est impardonnable pour tous les autres groupes de la Terre de n’y avoir jamais pensé avant (contredisez-moi si je me trompe) : quatre groupes sur quatre mini-scènes, face à face deux à deux, et qui font du boucan en même temps, en décalé ou chacun à leur tour. Quelques compositions communes fleurissent au fur et a mesure des dates et des résidences (le multi-groupe sortait d’ailleurs de quelques jours de travail au sein du Lieu Unique), et pour le reste le répertoire respectif des groupes fait l’affaire : on se reprend les uns les autres, on bourrine à onze zicos de temps en temps parce que ça fait bêtement plaisir, ça bruite de partout, on est heureux, on est sourds. Nous, au milieu de tout ce bordel, on se fait mettre au tapis depuis les quatre coins, on se faufile pour régler les potards de sa propre noise-stéréo et en se retournant, un miracle : on voit les tronches niaises de ses voisins béats. Ça bouscule les codes habituels des concerts rock, et c’est à voir absolument sous peine de mourir bête, seul et moche.

Seul reproche du soir, le trop de places vendues : il se murmure que nous fûmes dans les 700 sardines. Sachant que la jauge normale se situe plus aux alentours des 400 âmes, on sentait son voisin d’un peu trop près et toute circulation devenait impossible. Conséquence ou pas, la prestation a souffre d’un manque de réaction dans le public et au final, d’une pénurie de la folie ambiante habituelle.

Acte 4 / Aluk Todolo + Michel Cloup Duo + Jerusalem In My Heart @ Château des Ducs de Bretagne : Saturday night wizards

Cette désormais traditionnelle soirée du samedi soir se déroule dans l’enceinte du château des Ducs de Bretagne, et elle me tient à cœur. Le plaisir dans la vie se résumant en une suite discontinue de petits plaisirs surnageant d’un océan de lourdes défaites, je ne me rends pas à cette soirée de tous les possibles, année après année, qu’à la recherche d’au moins un concert dément sur trois possibilités. J’attends aussi ce moment bien particulier où les quadragénaires à veste de velours attirés par le lieu et venus ressentir le frisson de la branchitude vont décrocher et partir fumer leur cigarette électronique dans la cour du château, sévèrement contrits voire légèrement traumatisés par les impitoyables assauts du cartel psychédélique sauvage à l’honneur ce soir là sur le parquet d’une salle de réception du château qui ne revivra plus un tel tapage nocturne avant l’année suivante.

Cette année, ces dangereux individus se nommaient Aluk Todolo, et ils ont livré un concert fantastique. Si on en croît les lourds décorum et symbolisme mis en avant par le groupe lui-même, il s’agit de black occult-rock et force est de reconnaître que cette description a du sens. Le batteur, un chouilla flippant avec ses yeux révulsés pendant 45mn et ses mimiques à faire passer le chanteur de Meshuggah pour Benjamin Biolay, assure de son jeu surpuissant le pouls infernal d’une transe inhabituelle et salement amplifiée. Derrière les looks de métalleux fondamentalistes se trouvent donc des musiciens à la forte personnalité, et notamment un guitariste au jeu free assez impressionnant, basé sur une alternance de dissonances, d’accords nappés, d’écho/reverb’ distordus et de quelques tabassages en règle. La basse structure le tout via des motifs répétitifs et obsédants, avec les potards bien calés sur 11. Une prestation pas comme les autres, qui m’aura finalement rappelée celle des fabuleux croates de Seven That Spells.

En introduction, les vaporeux Jerusalem In My Heart ont assuré une prestation tout à fait conforme à ce qu’on peut attendre d’un groupe signé sur Constellation ; bon, c’est pas ma came, mais c’est joli.

Pour conclure, Michel Cloup dans sa formule duo m’a agréablement surpris par une belle énergie, en plus de son univers qui reste assez semblable à celui de Diabologum et Expérience. J’ai toujours du mal avec le rock très verbeux, surtout quand le verbe en franquais, mais il y a chez ce bonhomme une classe inhabituelle, à peine gâchée par quelques plans guitare/batterie un peu convenus.

Acte 5 / Yo La Tengo + Jackson Scott + Tristesse Contemporaine @ Lieu Unique : Vivement dimanche, l’an prochain

Jackson Scott est chargé de sortir le public de sa torpeur endimanchée, ce que le trio réussit sans mal sur les premiers titres – notamment embellis par un light show magnifique. « We’re just a bunch of american kids, I have no idea what we’re doing here so let’s just play music », nous confie-t-il. Entre pop psyché, folk-rock et grunge geignard, l’affaire est bien entamée mais se plombe rapidement de morceaux un brin pénibles, notamment quand les ressemblances avec la raclure Peter Doherty deviennent trop audibles ; ce timbre de voix pourrait lui jouer des tours, méfiance.

M’interdisant de persifler de pauvres remplaçants (Deerhunter devait être de la fête ce soir, mais a bénéficié d’un mot du docteur), je ne dirai mot de l’épouvantable prestation des bien nommés Tristesse Contemporaine pour en arriver directement à nos âgés héros du soir : Yo La Tengo.

Pas spécialiste de la discographie du groupe, j’ai néanmoins apprécié tous leurs disques passés entre mes mains grasses et mes oreilles pleines d'acouphènes. Le concert démarre doucement, comme lors de leur passage au Primavera 2012, et se repose d’abord sur de délicates compositions pop-folk à l’interprétation d’une admirable finesse. Puis le chanteur/guitariste Ira Kaplan de se lancer dans de vastes débordements électriques culminant sur les 11mn de Pass The Hatchet, I Think I'm Goodkind. Cette manière de dompter l’électricité la plus débridée pour l’associer à des compositions des plus sensibles n’est pas sans rappeler leurs compatriotes de Low, à ceci près que le set de Yo La Tengo est plus varié et moins léthargique.

Pour finir, un grand merci à Matthieu Chauveau (nouvel onglet) pour nous avoir permis l'utilisation de ses belles photos.

Mattooh

Brasser la merde

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