
chronique · 7 avril 2015 · Musiques électroniques
2kilos &More
Lieux-Dits
This is a fast Ride. A Ride, a Way to Death. (Black Sifichi - January Ride)
par Lexo7
Duo français articulé autour de Séverine Krouch et Hugues Villette, accompagné depuis (presque) toujours par l'illustre Black Sifichi, 2kilos &More jouit d'une réputation live incontestable. Jusqu'ici, leurs efforts strictement discographiques m'avaient laissé un poil dubitatif, renvoyé à une musique de ZADiste qui hésite à se laisser pousser les cheveux ou à se raser la tête. La "faute" peut-être à une intensité live jamais aussi bien retranscrite sur disque, ou à ce côté electronica rythmique un peu old-school et donc un peu adolescent, un peu "plastique", oscillant ainsi entre le pire et le meilleur d'un catalogue type Jarring Effects. L'écoute répétée en boucle (intensive) du titre January Ride m'a forcément poussé à me plonger dans leur quatrième album, Lieux-Dits, sorti il y a peu sur la référence industrielle (déclinante diront certains) et bavaroise ant-zen. Pour mon plus grand bonheur, puisque l'album du jour est probablement leur meilleur. Je vous épargnerai quand même le terme surclaqué "d'album de la maturité", mes nouvelles velléités d'alliance au journalisme musical objectif et à la blogosphère consanguine étant heureusement plus que limitées.
Dépeignant des scènes aux climats inquisiteurs avec juste ce qu'il faut d'impressions d'oppression, Lieux-Dits fait partie de ces albums rares, parvenant à allier puissance et subtil pouvoir d'immersion. Implacable sur le plan de la cohérence narrative, il réussit à mon sens à donner un sens et une justesse rythmique renouvelée en comparaison de ce que faisait le groupe jusqu'alors. J'irais même jusqu'à pousser le vice à fond, en disant que c'est justement l'album qui se rapproche le plus de ce qu'ils peuvent évoquer en live : un duo rock industriel intelligent qui renonce à la collision des genres pour mieux fondre ses influences, qui n'est plus la victime des background respectifs et donc différents de ses deux acteurs principaux.
On pourra bien sûr regretter que certains morceaux ne puissent pas jouir d'une certaine épure (Autres peaux, Cache feu) quand certains mériteraient d'être copieusement rallongés (l'excellentissime Sous-bois, doté d'une conclusion particulièrement inspirée). La répétitivité a sur disque parfois ses limites, de même que ce recours et ce traitement électronique qui résonne ici encore parfois un peu trop "plastique". Les batteries d'Hugues Villette ne sont pour moi jamais aussi efficaces que lorsqu'elles sonnent naturelles, quand les roulements habiles n'empêchent pas les cymbales de s'envoler. Pour ce qui est des guitares de Séverine Krouch, elles accentuent moins lourdement les versants contemplatifs, assoient mieux les ambiances sans les épargner parfois de riffs sauvages et sanguinolents particulièrement réjouissants (Only Hazardous).
Lieux-Dits ne serait sans doute pas aussi enthousiasmant sans la présence de celui qui traîne ses guêtres et son empreinte si particulière sur un nombre important de projets obscurs et indépendants. L'américain Black Sifichi éclabousse les deux titres indispensables du disque de son spoken word poétique apocalyptique et enfiévré. Sur le terrible January Ride, bien sûr, mais aussi sur le titre final qui confirme que malgré mes réserves toutes personnelles, les 2kilos &More ont toujours su sublimer leurs fins de disques. Sa science du placement sur Perfect Pulse, calé malicieusement sur la rythmique, pourrait rendre jaloux n'importe quel MC ou pratiquant de dub poetry. Chapeau l'artiste.
Lieux-Dits est un album tout ce qu'il y a de plus remarquable, que vous pourrez vous procurer auprès d'ant-zen dans sa version digitale et cd, tandis que le label français Satanic Royalty vient de rendre disponible une version vinyle amputée de deux titres.
Quitte à faire de la musique de ZADiste, et parce que cette ville peut se prévaloir du nombre le plus important de fans de la Rue Kétanou au mètre carré, souhaitons que le duo en live passe par Toulouse. Après tout, ce n'est pas très loin de Sivens.






Brasser la merde
2 commentaires
zaaab
ça sent bien bon tout ça. ça me fait penser à Normotone par moment.
gypsy
Superbe album sacrément immersif... Je profite de ce poste pour vous remercier pour toutes ces petites perles chroniquées sur votre site. Continuez le bon boulot!
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