silent weapons for quiet wars

Pochette de Late Statues

chronique · 17 avril 2015 · Musiques électroniques

Raoul Sinier

Late Statues

Mon peintre préféré, c'est Francis Bacon. (Raoul Sinier)

par Lexo7

Ceux qui ne connaissent pas Raoul Sinier sont vivement invités à (re)lire le focus qui lui était consacré ici. Rappelons malgré tout que le parisien exerce depuis maintenant dix ans, qu'il est passé par des sentiers obliques (hip-hop, breakcore, glitch) sans jamais regarder derrière lui et sans réellement se soucier de ceux qu'il perdrait en route. Les artistes qui prennent des risques sont de plus en plus rares, encore plus quand il s'agit de ne pas caresser sa "fanbase" dans le sens du poil.

Depuis Guilty Cloaks, le chant a pris une place prépondérante, pour le plus grand plaisir de ceux pour qui les plaintes de rouquins autistes castrés à la serpette émoussée n'avaient déjà rien d'annulatif. Certains ont suivi, d'autres ont fui, tandis que quelques uns l'ont découvert par ce biais. Plus tellement adapté "aux standards" d'Ad Noiseam, Raoul Sinier pousse encore un peu plus le vice du DIY (le gars fait tout, jusqu'aux artworks et aux clips) en présentant sa musique invendable de qualité supérieure par lui même. Bref, Late Satues est sorti le mois dernier. Orlando exige les clips.

Avec le temps, Tremens Industry et Brain Kitchen demeurent les albums qui s'attirent le plus facilement ma préférence. Bien que les fractures rythmiques plus démonstratives soient autrement plus absentes sur Late Statues, je trouve qu'il nourrit de réelles accointances avec le premier cité. Parce qu'on y retrouve ce caractère aussi sombre et chargé dans l'espace sonore, et parce que les esquisses de noisy-pop synthétique qu'on pouvait déjà y trouver sont poussées ici jusqu'à fond de cale. Mais pour ne vraiment rien faire comme tout le monde, Raoul allie le clin d'oeil à ses oeuvres passées (certaines rythmiques clairement hip-hop placées ça et là, la conclusion de New Horn, l'introduction puis la teinte rythmique générale éffrénée de Journey with the Vixen Queen, pour ne citer que celles-là) aux véritables contrepieds (ses albums débutaient habituellement par des smoothies au kiwi, alors que Stones and Rocks est aussi incisif et digeste qu'un choussoulet/cassoucroute).

Pour moi, ces aspirations de chanteurs flirtent très souvent avec la limite de la justesse, encore plus quand il s'évertue à gravir les cimes aigues. Raoul Sinier n'est pas un fan de Thom Yorke pour rien. Il faut néanmoins reconnaître qu'il y a ici quelques chose de plus maiîtrisé, de plus rassuré et de plus assis, surtout sur les très très réussis She has a Gun et Wanderer, où certains lui attribueront même un timbre digne d'un coldwaveux.

Late Statues renoue avec ces climats sombres et inquisiteurs, glisse des tableaux torturés où l'on oscille entre le cauchemar fiévreux, songes plus romantiques, où une palanquée d'arpèges se tirent la bourre pour échapper aux noirs desseins des guitares (synthétiques cette fois) et des émanations noisy.

Sans sombrer dans un truc arty pour beauzarteux d'Aix en provence, Raoul Sinier est parvenu à composer le sommet de ses aspirations pop moderne. Un community manager te dirait que ceci est une synthèse parfaite entre Fuck Buttons et Radiohead. Vu le mépris que je continue de vouer à cette caste je n'irais pas jusque là, je me contenterai de vous encourager à re(découvrir) cet artiste complexe et libre, et à acheter cet album particulièrement réussi. L'indépendance ne se pérpétue pas sans un certain soutien financier de la part de ceux qui la saluent. A bon entendeur.

Lexo7

Brasser la merde

10 commentaires

  1. Delaclay Geoffroy

    A la sortie de tels opus, comment ne pas constater avec affliction que le Beau n'est plus au centre des préoccupations artistiques des compositeurs modernes ? Quelle monstrueuse inversion a-t-elle pu faire de l'atrocité un motto digne d'être représenté ? Effrayant. Bien sûr, l'on trouvera toujours moult critiques pour encenser ce genre d'initiatives au nom d'une sacro-sainte appréciation subjectif nivelleuse, assassine par le bas de l'harmonie, de la symétrie, de la science du rythme et de la bonne proportion qui autrefois donnaient leurs lettres de noblesse au productions artistiques d'Europe et d'ailleurs.

  2. Spears

    D'accord avec le commentaire plus haut... toute façon ici on nous vend de la musique biscornue! et plus ça l'est, mieux c'est! et tant pis pour la mélodie, concept tellement commercial... indigne de ce blog! bouuuhh En fait, et je fais le pari de pas être le seul dans ce cas, je viens sur ce blog juste pour la lecture! c'est toujours un régal de lire les chroniques de Lexo7... à telle point que je ne perds même plus mon temps à écouter ce qu'il y a en-dessous... d'ailleurs vous fatiguez plus à mettre les liens, ça sert à pas grand monde! Jetez l'oreille, gardez la plume!

  3. gégé

    Qu'est ce que le Beau ? Vous avez quatre heures !

  4. Darkwizard

    Je conteste ce qui est dit plus haut : les liens sont très utiles.

    Je remercie au passage nos deux esthètes ci-dessus pour leur aptitude à saisir combien les critères d’évaluation d’une oeuvre musicale sont socialement et historiquement construits et pour leur sens de l’argumentation.

  5. Spears

    J'ai envie de faire le parallèle cavalier entre le débat ici et celui qui agite la musique classique contemporaine à propos de la musique atonale. (en postulant que si SWQW chroniquait de la musique classique, on aurait de l'atonalisme à tous les repas...) Karol Beffa (un génie), en invitant Jérôme Ducros (un pianiste) dans le cadre d'un séminaire au collège de France, défend mon point de vue mieux que moi: http://www.college-de-france.fr/site/karol-beffa/seminar-2012-12-20-15h00.htm

    1. lexo7

      A ceci je répondrais, même si moi même ou quiconque à SWQW ne peut se prévaloir d'être un spécialiste de quoi que ce soit, que ces débats là ne nous agitent que très peu par chez nous. Entre un renouveau classique qui peine justement à se renouveler, et un atonalisme compulsif qui a juste le mérite de l'être, je ne parviens pas à trouver mon camp. Je ne comprends d'ailleurs pas ce qui vous pousse à nous dresser en porte-étendard du second cité. Toutefois, je me permets néanmoins de m'étonner, dans les circuits faussement indé du fameux renouveau classique on loue les prouesses d'un Nils Frahm (qui se fout de la gueule du monde depuis au moins 4 disques), d'un Olafur Arnalds (qui quand il ne s'essaie pas à la techno indigente ne trouve rien de mieux à foutre que de salir du Chopin) ou d'un Hauschka en errance, tandis qu'on s'amuse à railler les talents véritables d'un Ludovico Einaudi (lu ici même : une comparaison à Richard Clayderman) sous prétexte qu'il apparaîtrait dans les B.O d'Intouchables ou de Mommy. On constate donc qu'il est particulièrement aisé de dire tout et n'importe quoi sur Internet, tout en m'incluant dans ceux qui disent des conneries (parfois). Que ce soit son versant plus contemporain #canalhistorique ou celui qui prétendrait que l'atonal est la clé, chacun use des mêmes strapontins émotionnels pour rallier l'auditeur à sa cause. La seule musique qui m'intéresse est celle qui me touche, et quel que soit son pouvoir d'immédiateté et d'abstraction. Je m'étonne cependant (encore) que ce soit l'album de Raoul Sinier qui stimule autant de questionnement hors sujet pour le coup. Ou ptet pas en fait...

  6. Ben

    Je pige pas vos commentaires, vous avez écoutez plus de 10 secondes cet album? Les mélodies sont belles et bien présentes.

  7. Spears

    (je reconnais le contre-sens ici, mes excuses à Raoul. j'avais pas écouté l'album, c'est que les 2 premières minutes avaient fait disjoncter l'immeuble où je me trouvais. vous avez qu'à transférer mes comm sous Vegas Fountain, au hasard)

  8. zaaab

    pour ceux qui préfèrent la lecture il y a de très bon blog lecture, ici ça parle de musique et donc en l’occurrence c'est, à mes oreilles, son plus bel album aussi bien pour les lignes de chant que pour les mélodies, le bruit ou la rythmique et j'ai tout ses albums. Aprés c'est une histoire goûts et d'écoute plus que de concept philosophique sur la recherche de la beauté dans le son. La musique ça se vie et des fois ça mérite un effort sinon il y a daft punk...

  9. Barbosa

    Je veux bien qu'on parle de la musique, mais à un moment quand le mec qui pond un album chante dessus, faudrait peut : être dire deux mots sur sa voix non ? Alors voilà : ce mec chante faux et sa voix est à mon avis sous mixée pour cacher la misère. Pour ce qui est de la musique en elle-même, oui bon voilà. Pas de quoi en faire un fromage, vraiment

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