
La techno a toujours fonctionné par modes. On a beau lui reprocher son apolitisme, il n’en demeure pas moins que c’est sans doute un des mouvements musicaux les plus ancré dans son époque, observant le monde et son évolution, réussissant à s’inscrire dans un futur proche. On sait ainsi que chaque nouvelle étape, chaque nouvelle mode, est vouée à mourir quelques années plus tard pour laisser place à une énième résurrection.
Depuis 2, 3 ans, nous surnageons en pleine techno claustrophobique, celle qui supprime la mélodie pour se concentrer sur les textures aqueuses et une masse nébuleuse, celle qui supprime le kick tutélaire pour laisser le danseur dans un tunnel sans sortie. Alors oui, ce mouvement vit sans doute ses dernières grandes heures et la lassitude commence à s’immiscer, cependant, ne boudons pas notre plaisir devant certaines nouveautés.
Le cas du jour concerne Abdulla Rashim (nouvel onglet), boss de Northern Electronics (nouvel onglet). Derrière ce pseudo se cache un suédois, pote de Varg et Acronym. L’apparition, l’an dernier, de cette nouvelle scène scandinave a permis d’apporter un souffle nouveau à la techno nihiliste. En effet, ses représentants ne se contentent pas de proposer d’obscures autoroutes binaires, ils vont plus loin, n’hésitant pas à redonner tout son sens au terme hypnotique.
Unanimity est le premier long format d’Abdullla Rashim, faisant suite à une dizaine d’EP sorti ces dernières années. On retrouve ce parti pris pessimiste avec ce souci de ne jamais allumer la lumière pour mieux supprimer l’espoir. Unanimity n’est pas un album radical pour autant. Au contraire, il se révèle plutôt doux dans sa violence. Pour arriver à cette dualité, Abdulla Rashim a choisi de tout lisser, tout compresser, pour en sortir une masse compactée dont les sonorités tentent de s’extirper avec difficulté.
L’album se compose de tunnels techno monochromatiques. Les histoires s’effacent pour laisser place à des ambiances nocturnes délétères. La rigidité rythmique transforme chaque titre en centrifugeuse hypnotique. Les sons roulent, la rythmique déroule, vous vous laissez malaxer par cette techno sans espoir, sans futur. En 9 titres, Unanimity varie les propositions, passant ainsi d’une ambient crépusculaire à une techno mutante. On retiendra principalement le grignotage de cerveau de Moral Blinds, qui petit à petit vous acidifie la pensée, ainsi que les ricochets de Nothing Existed, vous laissant contempler la fin du monde sous anesthésie.
Alors oui, sans doute cet album (ainsi que de nombreux autres chroniqués sur ce site) est-il voué à provoquer l’indifférence dans quelques années, mais la techno n’a jamais demandé à inscrire ses productions dans le temps. A l’heure actuelle, la techno sombre et immersive est omniprésente et cet Unanimity d’Abdulla Rashim en est un de ses plus pertinent représentant.






Brasser la merde
3 commentaires
Ouais ouais
Mince, pas un pet de fouf pour cette tuerie. Meme si j'ai rien à dire, tant pis je pose mon cake/cake/cake : J'ai vraiment adoré Unanimity et merde, j'me lasse pas de cette techno tr4u d4rk. Voilà c'est tout.
FM
Abdulla mon amour
BMR
Plutôt d'accord avec le nihilisme de cet album. Les variations sont fines et progressives, une subtilité qui donne pourtant sens et transcendance... geste hautement paradoxal et donc, pour ma part, très intéressant.
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