
chronique · 16 décembre 2014 · Weird Rock / Metal
American Heritage
Prolapse
Maison fondée à Chicago à la fin des années 90, American Heritage œuvre depuis sans relâche dans un registre hautement métallique, au sein duquel noise et technicité cohabitent brutalement. Du genre plutôt généreux en tournées, le groupe a subi quelques ajustements de line-up au cours de son histoire, pour en arriver jusqu’à ce nouvel LP, qui, murmure-t-on ça et là, pourrait bien être le dernier ; marquons le coup, alors.
par Mattooh
Je le confesse : je connais bien mal la discographie d’American Heritage (nouvel onglet). Mais il se trouve que ce nouvel album me cause excessivement, et qu’en ces temps un poil plombants où les musiques lourdes ont tendance à donner dans la surenchère d’extrémisme, un album à l’ancienne comme celui-ci se déguste avec une facilité presque réconfortante.
Prolapse fait partie de ces disques dont il n’est guère utile de deviser des paragraphes durant. Car vois-tu, contrairement à ce qui se passe durant tes heures de bureau, les choses sont ici excessivement simples : Prolapse envoie la purée du début à la fin. A tel point que l’amateur des mathématiques noise pratiquées par le groupe à ses débuts pourrait bien ne pas s’y retrouver, mais ça, c’est son problème. Ce disque parle à la bête idiote qui est en toi, celle qui aime à l’occasion se rappeler ce qui compte vraiment dans la vie en s’accrochant le t-shirt à la ceinture, en vidant sa bière d’un trait et en chargeant dans le pit moite et puant des caves sonorisées les plus sordides du monde occidental pour semer désolation, coups de bélier et tactilité excessive sur son prochain. Sans pitié ni pudeur, mais avec le sourire aux lèvres et les idées claires.
Comme chez les brillants Keelhaul, auxquels American Heritage fait inévitablement penser, on sait aussi lever le pied pour prendre son monde par surprise et mieux réussir ses plaquages. Pas dénuée de brutalité pour autant, Constant And Consuming Fear Of Death est la preuve que, comme chez Mastodon, on peut chanter comme des bites mais s’en foutre, et hurler quelques vocalises approximatives mais accrocheuses sur un tapis bien moelleux de riffs enchevêtrés pour le bonheur de tous. Le tout au milieu d’un mélange improbable de soli harmonisés et de remouds sludge-noise, genre rien à foutre.
Pour conclure son disque, American Heritage s’est livré à un curieux exercice : l’enregistrement de trois reprises. Une de l’excellente Bulletproof Cupid des excellents Girls Against Boys, et deux brûlots hardcore des Descendents et Black Flag. Zéro faute de goût dans le choix des titres, donc, et si je ne suis pas très fan des reprises parachutées sur un album studio, la puissance et la réussite de ces trois-là ne m’aura pas fait broncher longtemps. De la belle ouvrage, qui s’insère dans le disque comme la droiture de l'Eglise dans le communiant.
Une raison supplémentaire de se procurer sans attendre cet inattendu défouloir de fin d’année : il est sorti chez l’excellent label clermontois Solar Flare Records (nouvel onglet), qui s’y connaît pour dénicher le meilleur de la bâtardise noise/hardcore. Alors, t’achètes français ou quoi ?






Brasser la merde