silent weapons for quiet wars

Pochette de Sol Invictus

chronique · 7 mai 2015 · Weird Rock / Metal

Faith No More

Sol Invictus

"It's always funny until someone gets hurt... And then it's just hilarious !" - BILL HICKS

par Mattooh

Quand en 2009, Faith No More (nouvel onglet) est revenu pour une tournée de reformation, tu as trépigné, tu as sué, mais tu n'as pas vraiment compris. Mike Patton, l'incorruptible freak et patron tutélaire du radical label Ipecac (nouvel onglet), se plier au cirque lucratif des reformations pour une tournée des festivals capitalisant sur la nostalgie de foules sentimentales?

Oui, mais ce ne fut que pour un temps. Probablement parce que les concerts furent excellents mais surtout parce que l'entente entre les membres était rétablie (sans Jim Martin ceci dit, toujours trop occupé par ses cucurbitacées géantes (nouvel onglet)), l'aventure s'est certes prolongée en 2010, puis en 2012. Mais dès lors, Faith No More s'est retrouvé face à un triple choix : continuer à jouer des vieilleries en cachetonnant tous les étés, relancer le groupe pour de bon, ou tout arrêter. Court-circuitant un Mike Patton légitimement hésitant, Billy Gould (basse) et Mike Bordin (batterie) sont ceux qui se sont le plus impliqués dans l'idée de traîner le groupe en studio, pour voir. Bonne pioche : après avoir bâti ensemble le socle de quelques compositions, la machine est repartie. A l'ancienne. Dans le plus grand secret, le groupe a composé puis enregistré Sol Invictus, avant d'en dévoiler deux titres sur scène à l'été 2014, et d'officialiser le projet à l'automne. Deux singles affolants sont parus en éclaireur, Superhero et Motherfucker. Il était alors clair que FNM allait nous faire la totale.

La découverte du disque confirme l'intuition : Faith No More sort Sol Invictus parce qu'il vaut réellement le coup. Le coup de repartir en tournée pendant des mois pour jouer ces chansons des dizaines de fois, de retenter l'expérience de la vie en commun autour de la cinquantaine, et de s'exposer à ce con de public à une époque où la relation à la musique a bien changé. Depuis 1998, année de la séparation, sont tout de même intervenus (par ordre plus ou moins chronologique) : le néo-métal, Napster, Kid Rock, les téléphones portables, la mort du rock, la nostalgie des années 80, les groupes en The, les téléphones portables qui lisent les mp3, la mort du CD, The Darkness, la mort du rock, la nostalgie des années 90, le retour du vinyle, Spotify, SWQW, les t-shirts de groupes chez H&M, la mort du rock, le psychédélisme à toutes les sauces, Two Door Cinema Club, tout le monde qui a un avis sur Aphex Twin, Salut C'est Cool et enfin Lemmy à deux doigts de la mort. Vouloir revivre après tout ça, c'est au minimum le signe d'une certaine confiance en soi ou, plus prosaïquement, la preuve qu'on en a très clairement plus rien à foutre de rien.

Toujours est-il que comme à chaque reformation, s'il fallait rapprocher Sol Invictus d'un autre album du groupe ce serait du dernier disque avant la séparation, le délétère et éclaté Album Of The Year. Il faut dire que les deux disques ont été enregistrés avec le même guitariste chauve, Jon Hudson. Mais l'intérêt de ce nouvel album est surtout de présenter un Faith No More régénéré, une version 2.0 d'un groupe dont l'image est aujourd'hui assez peu en phase avec son époque. L'idée de voir un collectif aussi symbolique des 90's (pense métissage métal / claviers / hip-hop occasionnel (nouvel onglet), cheveux longs / bermudas (nouvel onglet), et rotations sur MTV) revenir sur le devant de la scène en 2015 peut paraître saugrenue, voire perdue d'avance. Pourtant, quand un disque est bon, il s'insère dans son époque sans malaise. Et on l'apprécie pour ce qu'il est, en se détachant du contexte, de la nostalgie et des procès d'intention, et les esprits chagrins tournent les talons, et tu retournes chez ta mère (elle t'a fait du flan).

Reste que ce type de disque est une considérable source de gêne potentielle pour l'auditeur : le groupe a-t-il encore quelque chose à dire? Sait-il comment faire sonner sa musique 18 ans après, à l'heure du tout numérique? En 2015, l'album raté de revenants aux tempes grises est même presque devenu un genre musicale à part entière. Toi-même tu sais, les exemples de gauffrage ne manquent pas : les Smashing Pumpkins avec l'abominablement produit Zeitgeist, les Pixies avec le grotesque Indie Cindy, les Guns n' Roses avec l'inexplicable Chinese Democracy, Gang Of Four et son nouveau son en plastique, Body Count qui a réussi l'an dernier l'exploit d'être encore un peu moins subtil qu'avant, Jane's Addiction et son regrettable The Great Escape Artist, ... que des retours plus ou moins navrants. Mais ici, tout va bien. Faciles, les quinquas. FNM est donc à ranger dans la catégorie des Dinosaur Jr, Primus et autres Polvo : celle de ceux qui ont réussi leur retour comme si de rien n'était. Comme si 20 ans, c'était finalement bien peu à l'échelle de leur art. Juste une jachère créativement salvatrice.

Le titre Separation Anxiety est le meilleur exemple de l'étonnante réussite du groupe à faire le lien entre 1995 et 2015. L'arrivée de la guitare sur le pré-refrain donne l'impression que Patton va s'écrier "It's your last cup of sorrow", tandis que la basse louvoyante des couplets et les vocalises hystériques font elles penser au meilleur de Tomahawk. Le groupe n'a pas non plus perdu sa fantaisie (le melodica de Rise of the Fall, la kitchoune From The Dead ou l'épique Matador), et c'est sans doute aussi pour cela qu'il ne s'est pas planté. Quelques titres incroyablement bonnards surnagent même, et dans ces moments là l'extase nous guette : Cone Of Shame, Rise Of The Fall, Separation Anxiety, Superhero, ... Quel pied! Même Billy Gould a retrouvé ce son de basse de mammouth, obèse et claquant, à une époque où absolument plus personne n'envisage une seconde de faire ça. Mais il s'en branle, Billou : il slappe.

De fait, l'accueil réservé à ce disque risque d'être parasité par d'un côté les blasés pré-convaincus qui, après une écoute et demie, décrèteront que cet album ne vaut pas les précédents et que c'était prévisible, et de l'autre les minots des Inrocks qui parleront poliment et sur commande de "hard-rock incendiaire" en à peine plus de 140 caractères. Mais toi, toi, tu écouteras ce disque comme il le mérite, étant entendu qu'il ne va pas monter dans ton coeur au même niveau en une semaine que King For A Day, Fool For A Lifetime en 20 ans. Mais, petit à petit, tu prendras ton pied, tu méditeras sur les reftrains de Patton ("Sunny Side up / Such a lovely way to start the day / Sunny Side up / Not the only way to fry an egg") et tu réfléchiras à deux fois avant de ronchonner sur les reformations.

Sol Invictus n'est ni embarrassant ni timide, il sonne comme Faith No More qui fait du Faith No More en 2015, point. Avec classe, non sans violence, en costard blanc, les cheveux (gris) gominés. Différemment, mais pareil. Et Faith No More vient de sortir un album fabuleux, inutile de chercher plus loin.

Et, hey : n'oublie pas d'aller leur faire des coeurs avec les doigts, le samedi au Hellfest (nouvel onglet).

Mattooh

Brasser la merde

4 commentaires

  1. Nessie

    Excellente review!

  2. Elodie

    Super review oui (""Mais il s'en branle, Billou : il slappe."" :D) Bon, je te trouve dur avec Jane's Addiction & Body Count (perso je les mets dans la catégorie des come back réussis) mais pour le reste, je suis d'accord à 100%. Très bon papier ! Bravo !

  3. tcho

    T'as oublié ceux qui trouvent ça bof et qui ont toujours trouvé ça bof... Du coup, la chronique, bof. Ceci dit, Elodie est un joli prénom.

  4. david

    Et bien moi, ayant découvert FNM avec King for a day à 18 ans (oui, j'ai bientôt 40 ans), j'ai accroché directement. J'avais gardé une oreille sur la production Pattonesque (Tomahawk, Peeping Tom et le pas très écoutable Fantomas), et là, je trouve cet album excellent, très travaillé. Les mélodies sont excellentes et le son, hhhm ce son ....

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