
chronique · 27 novembre 2014 · Weird Rock / Metal
Sec
Que Chaque Jour Soit Dimanche
Le label A Tant Rêver Du Roi n’a pas exactement pour habitude de nous la faire à l’envers. On peut même parler de label qualité, oui, on peut. Aussi cette nouvelle sortie ne pouvait-elle échapper au passage sous notre scanner impitoyable. Le résultat, une fois de plus, est triomphal.
par Mattooh
Depuis Colomiers, Sec (nouvel onglet) perpétue la grande tradition des duos/trios noise franquais mono-patronymés (Pneu, Poil, Chevreuil, Vélooo, Gâtechien…), pour le plus grand plaisir des amateurs de concerts en squats banlieusards, de 1664 chaudes et de flyers noir et blanc en papier basse qualité.
Rarement groupe aura aussi bien porté son nom. Sec évapore le superflu, balaie les courbettes et tend ses saillies comme des arcs, sous la forme de compositions décharnées dont l’austérité formelle met en avant le principe de répétition, la montée en pression puis l’étouffement progressif, à l’ancienne. Ainsi dans le sillage de cadors tels que The Austerity Program, Pneu ou Zu, Sec tabasse une noise trempée dans le rock, tendance bien pétée du cérébral. Noise on the rocks. Le petit plus : des caillots de bizarrerie psychotique, façon The Dillinger Escape Plan / Mr Bungle, pour une jouissance accrue et un refus de l’ennui. On côtoie par exemple avec bonheur le free-jazz (La Galère), l’ambient bruitisme ((…)) ou la noise synthétique (3-3-3-4).
J’entends aussi dans ce disque une différence fondamentale avec le noise-rock sinueux des années 90. Là où les Shellac ou The Jesus Lizard conservent sous les glaviots et les traits d’humour une certaine gravité dans la forme comme le fond, le punk-noise fonceur et de Que Chaque Jour Soit Dimanche dégage une euphorie propre à parler au corps en prise directe. Un peu comme si, pour s’affranchir de la merde ambiante en coulée continue, la musique se devait elle aussi de donner dans la surenchère d’immédiateté et de danse débile. Assécher le poids du quotidien pour ne laisser couler qu’un plaisir primal et sauvage.
Reste que tout cela n’est qu’une tentative de balisage d’un terrain sacrément chaotique, car tout dans ce second disque n’est que négation des conventions et brossage dans le sens inverse du poil. J’irais presque jusqu’à parler d’évidente volonté de nuire (Bonjour Je, ), tant la radicalité se dévoile ici sous des formes diverses, rendant encore plus pernicieux le pouvoir infectieux de la transe. Le mieux est donc encore de ne pas croire un mot de ce que je te raconte, et d’aller toi-même écouter ces 8 titres. Et s’ils te plaisent, je ne saurais que trop te conseiller de te payer le beau vinyle de chez ATRDR, parce qu’un tel disque s’apprécie bien mieux en grand, en dur, et en SEC.






Brasser la merde