silent weapons for quiet wars

Pochette de Piano Nights

chronique · 10 mars 2014 · Autre

Bohren & der Club of Gore

Piano Nights

par Julien Lafond-Laumond

À moins de faire le malin, on a pas d’autre choix que de toujours parler de Bohren & der Club of Gore (nouvel onglet) de la même manière. C’est marrant quand même, de devoir trouver des mots authentiques pour un Piano Nights identique à Dolores (2008), lui-même identique à Geisterfaust (2005), lui-même identique à Black Earth (2002), lui même identique à Sunset Mission (2000). Car après leur deux premiers ouvrages un peu plus crados et axés sur la guitare (Gore Motel et Midnight Radio en 1994 et 1995), les quatre jazz-doomeux ont à peu près sorti le même disque cinq fois de suite. Une honte ? Même pas. Ça vire comique, même, car après l’EP Beileid en 2011 où l’on entendait pour la première fois dans leurs compos une voix (celle de Mike Patton), on pouvait croire à un changement de paradigme. Eh bien non, même pas, nos quatre Allemands n’ont rien voulu apprendre, rien voulu changer à leur tambouille. On est bien comme ça, parfait, tout le monde continuera à parler de nos atmosphères à la Blue Velvet.

Piano Nights est donc comme tous les autres disques de Bohren & der Club of Gore : redondant et magnifique. Bien sûr on pourra toujours trouver des minuscules évolutions, notamment un son sensiblement moins ténébreux que sur leurs disques les plus connus (Black Earth et Sunset Mission en tête). Mais encore, dans le temps, ce changement est si progressif qu’il devient à peine palpable, et, par ailleurs, les prestations live du groupe, toujours aussi apocalyptiques, démentent quelque part cette hypothèse. Bref, Piano Nights est un album de Bohren, on le sait dès la première seconde et aucune surprise ne viendra nous trahir. Est-ce que ça peut être décevant ? Pas à mon sens : Bohren & der Club of Gore n’est pas un groupe à chansons, c’est un groupe-formule dont le seul intérêt réside dans le maintien de son cadre imposé : les structures du doom, les instruments du jazz et une ambiance à exacte distance de l’horrifique et du mélancolique. Ils refont toujours le même album, certes, mais ils refont aussi toujours la même chanson – le truc est quand même sacrément obsessionnel ! Et en tant qu’auditeur, on peut s’en réjouir, parce qu’aucun autre groupe ne joue comme ces gars-là, personne n’approche de leur pré carré ; et ce pré carré, en l’occurrence, est un microterritoire splendide qu’il serait fou de revoir renier. Aujourd’hui ou dans dix ans. Même après encore deux ou trois disques franchement identiques.

Julien Lafond-Laumond

Brasser la merde

3 commentaires

  1. PIe_re

    il est toujours étonnant que ce genre de réflexion est rarement imputé aux monde du rock/heavy/metal, motor head nous sort le même son depuis 40 ans, iron maiden idem (je cite juste les plus grands, mais on pourrait continuer la liste) et les gars continuent de tourner dans les ans dans les mêmes festivals et personne ne s'en plein au contraire puisqu'ils restent tête d'affiche... donc si bohren reste dans le même ton et bien tant mieux puisqu'il le font bien

  2. Georges White

    Une des plus belle chose qu'il m'ait été donné d'écouter depuis ce début d'année.

  3. aerogeek

    En concert vendredi dernier, une expérience ahurissante. Je ne peux que les recommander.

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    dans le même courant · autres

    En attente