silent weapons for quiet wars

Pochette de III

chronique · 30 avril 2014 · Autre

BadBadNotGood

III

Ca semble déjà loin et pourtant, c’était il n’y a pas si longtemps. Tandis qu’un printemps franquais pas encore nauséabond se drapait d’éphémères illusions socialistes, une bande de gamins de Toronto me foutait sur le cul. BadBadNotGood, jusqu'alors essentiellement connu pour quelques reprises hip-hop bien senties, se réappropriait le jazz en lui introduisant tout en douceur musiques électroniques, soft-rock et vibrations hip-hop. C’était en 2012, ça s’appelait BBNG2 et les revoici aujourd’hui avec leur troisième album.

par Mattooh

En deux ans, on s’attend à retrouver l’univers de gus aussi jeunes et éclectiques quelque peu chamboulé, riche des nouvelles découvertes liées aux premières tournées, aux featurings et au copinage avec de jeunes pousses du rap US. Alors, qu’est-ce qui a changé ? Au premier abord, pas grand-chose : l’emballage sonore reste le même, très clean, moderne et vintage à la fois, et BadBadNotGood (nouvel onglet) compose toujours aussi bien. Mais le résultat est plus feutré et délaisse l’épaisseur du trait pour la nuance, si bien que de nombreuses écoutes s’avèrent nécessaires pour s’approprier le disque et se défaire du souvenir tapageur de BBNG2.

Au final, III est probablement moins prétentieux, assurément plus fin mais tout aussi passionnant que son prédécesseur. Se plaisant manifestement à flirter avec l’easy-listening, BadBadNotGood réagit toujours au bon moment en réinjectant une petite dose de chaos sous le tapis de velours (la fantastique Kaleïdoscope, Eyes Closed), ou en prenant le temps de respirer, se resservir un mojito et en laisser perler quelques gouttes au coin de ses lèvres brûlantes (Confessions, avec ce saxo libidineux de Leland Whitty).

Une bonne chose : le groupe n’a pas laissé tomber le jazz, qui reste la matière première de sa musique même quand elle se cache sous les claviers ou les nappes électroniques. Sont là pour le rappeler, les embardées instrumentales de l’introductif et génial Triangle, la belle Sustain ou la suavissime Differently, Still ; son des doigts sur les cordes de contrebasse, frappe de batterie virtuose et hyper dynamique, et toucher de piano délicat. Joie d’offrir de la musicalité, plaisir de la recevoir de manière si protéiforme. Parce que les plages mélodiques et les harmonies dark-électro-pop sont là également : Can’t Leave The Night, Hedron, ou Since You Asked Kindly.

Bon, c'est ainsi : III est un album plus adulte, un peu comme eux – ils peuvent dorénavant tous boire légalement de l’alcool – mais tout aussi bandant et riche que son prédécesseur. Et si tu te sens de me faire remarquer qu’il y a bien un ou deux titres pas terribles, je te répondrai que quand le sage montre du doigt la lune, l’imbécile regarde le doigt.

Leur première étape parisienne (à la Bellevilloise, en 2012) s’étant avérée être une authentique bonne surprise, il est recommandé de ne pas rater la prochaine occasion de découvrir leur set live, qui se présente sous la forme d’un trio jazz-punk, d’une communicative et candide joie de bouffer de la route et découvrir des villes européennes, et de quelques litres de transpiration ; la France étant endémiquement incapable de permettre le développement d'un jeune groupe non-conventionnel au-delà du périphérique, la seule occasion de les voir dans le pays de la baguette et du FN sera encore et toujours la traditionnelle micro-date parisienne, parquée dans une petite salle à l’abri des oreilles distraites. Tant mieux pour ceux qui y seront en tout cas, puisque ce sera dans l’une des plus sympathiques (le Point Ephémère), le 12 mai (nouvel onglet).

Mattooh

Brasser la merde

3 commentaires

  1. ju

    Un groupe que j'ai découvert récemment, à ma grande surprise et quelle claque !! Il est rassurant de savoir que des jeunes (déja bien mature musicalement) n'hésite pas à nous servir un son léché, repoussant un peu plus les barrières du mélange des styles; avec les lettres J.A.Z.Z en fond de tableau. Merci pour cette chronique

  2. arielexelgel

    vraiment sympathique, petit génie sans prétention. Sur on va faire un bout de chemin ensemble !

  3. arielexelgel

    maintenant que j'y reviens, je trouve qu'il y a dans la progression un coté assez Shoralien qui est plutôt surprenant

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · autres

    En attente