
chronique · 27 novembre 2012 · Drone / Ambient
Caught In The Wake Forever
Against a Simple Wooden Cross
Comment décrire une musique qui vous lacère les chairs tendres de l'âme?
Caught In The Wake Forever est le projet solo du musicien et artiste Fraser McGowan. Habitué du label Hibernate pour des masterings, il contribue (également sur d'autres labels) à de moult albums, que ce soit en tant que musicien et/ou parolier, comme ingénieur du son mais aussi pour la production et les arrangements. Il était donc temps qu'il nous abreuve de son univers intime.
Ayant précédemment sorti deux albums sur le label londonien The Remains Of My Estate (nouvel onglet) en tant que chanteur principal de Small Town Boredom, McGowan nous offre maintenant un précieux morceau de lui, qui deviendra peut-être un morceau de vous. Six mois de travail en immersion totale, pour nous livrer les essences que contenaient son âme.
De ses propres mots, il a choisi de ne pas signer de son nom, mais de prendre un nom de groupe, afin dit-il, d'avoir "quelque chose derrière quoi (se) cacher". Parce qu'il manque de confiance en lui, parce qu'il ne se considère pas comme musicien, qu'il dit toucher à un peu tout, mais ne rien faire vraiment bien. Gageons qu'après l'écoute, votre seule envie sera de le prendre dans vos bras pour le rassurer sur son talent...
Au début de 2009 il s'aventure sur des voies instrumentales mélangeant une approche plus électronique avec un son Lo-fi , où il a déjà établi une certaine esthétique acoustique.
Pour cet album, ses morceaux sont caractérisés principalement par l'utilisation de piano Rhodes , de guitare classique entourée par la chaleur subtile des claviers, faisant parfois cracher à ses machines des sons robotiques et hallucinatoires. Pour notre plus grande déprime positive. Rajoutez à ça, des enregistrements de voix et/ou de sons au dictaphone, les crachotements et les clics d'enregistrement conservés çà et là éparpillés au fil de l'album, et vous obtenez la BO de son épiphanie, exacerbant la sincérité mise dans ces quelques 40 minutes de pure mélancolie
"The Last Heroin" et "The Quiet Beauty of the Northern Lake" mériteraient à mon avis très personnel qu'on tourne un film uniquement pour pouvoir les employer comme bande son. "The Scottish Grief" (10 minutes, soit un quart de l'album quand même), rappelle que les origines écossaises de Fraser l'imprègnent bel et bien. Un réel exercice de style, mêlant douceur de la mer, tempérament rugueux et arrière-goût des tavernes vides. Au passage, on découvre le poignant "After the Blackout", qui se présente comme le cœur de cet ensemble. C'est un album personnel, voire tâtonnant, propice à l'abandon, à l'atteinte de la sincérité de ce qui ici déposé.
Dans une interview, Mc Gowan explique le nom de son projet, qui viendrait donc d'une réplique de la série Nip/Tuck : “you make one mistake & you’re caught in the wake forever”.
Mais pas question ici de narcissisme exacerbé. L'opération qu'il entreprend en créant ces petits morceaux de spleen ne rend ni plus beau ni plus jeune. Le scalpel est froid, mais ne blesse pas. Il coupe uniquement pour atteindre la part de soi qu'on tente de laisser enfouie pour ne pas se rappeler qu'on est seul avec soi-même, parfois. Toujours. Et une fois cet état exprimé, accepté, on peut enfin se laisser aller à vivre. Et remplir des zones de soi qu'on ne savait vides avant qu'elles ne soient comblées.
On voudrait tenter d'expliquer les sons, analyser les mélodies, mais ce sont elles qui vous dissèquent. Vous tordent doucement la pulpe. Vous donnent la sensation de flotter, aussi, sur les "eaux calmes des lacs du Nord". Flottez, oui, jusqu'à ce que vous vous sentiez doucement couler, la tête la première dans les profondeurs. Sensation tellement présente que c'est à croire qu'il n'y aura pas de fin à cette immersion. Et alors que vous entendiez déjà la torpeur vous susurrer des mots doux, la voix (LA voix) vous rattrape, vous ramène à la surface, pour vous fait dire oui à tout un tas de prêtres imaginaires.
Against a Simple Wooden Cross est un album qui rappelle un souffle de vent. Un souffle qui vous transporte vers une contrée douce-amère. Là où les Hommes savent puiser en eux les sentiments qui exposeront leurs failles au monde. Là où les battements des cœurs résonnent aux oreilles de ceux qui savent les entendre. Pour ça, il suffit de s'arrêter un instant, de sortir de soi et de demeurer silencieux. Debout devant les lacs.






Brasser la merde
4 commentaires
peterbucks
Masterpiece cet album :3
Thx pour la découverte !
bob
Très bel album.
Anthony Masure
Superbe album, merci d'éclairer nos oreilles.
Laurent D.
Quelle douceur ennivrante ...
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