
Porya Hatami (nouvel onglet) est iranien. Il vit toujours dans la province kurde, plus exactement à Sanandaj. Très inspiré par la nature et son environnement direct, son premier album Land (Somehow Recordings) fut relativement remarqué et bénéficia d'un certain bouche à oreille dans les milieux électro-acoustiques. A tel point que le webzine référence en la matière (Fluid Radio) lui consacrait une interview au mois de juin. Unstable est sorti il y a déjà quelques mois et arrive seulement aujourd'hui entre nos mains. Publié par le discret mais plus que prometteur label italien Nephogram (nouvel onglet), il dresse un panorama forcément plus instable que Land sorti en janvier. En plus de ses récents travaux avec son ami Darren Harper, Porya Hatami évoque au moins deux albums à paraître en 2013. Voilà qui devrait encore un peu plus exposer ce musicien charmant, grand amateur des oeuvres de Lawrence English, Simon Scott ou Spheruleus pour ne citer qu'eux.
Le musicien iranien a bien compris que le "minimalisme" était un exercice compliqué, encore plus quand on souhaite associer l'essentiel à la simplicité. Sa musique se montre peut-être encore plus "texturée" que sur son premier essai, même si elle laisse (c'est quand même le thème principal) cette fois-ci une place considérable à l'aléatoire. Comme si la texture ondulait en fonction des sensations et sentiments de celui qui construit ses courbes. Pour annuler toute forme de constance, d'inertie. Il est fort probable que Hatami a souhaité évoquer les imprévisibles dérèglements de la nature qui l'entoure. Même si il se défend de toute implication philosophique, sa musique prend avant tout forme sur les terres qui le portent. C'est pourquoi il part en quête de captures sur le terrain qu'il connaît, non loin de chez lui. A moins que ce ne soit une énième théorie sortie d'une caboche occidentale et donc sclérosée, il est éventuellement possible de rattacher l'instabilité de sa musique à celle que connaît son pays depuis des décennies. Encore que; est ici dévoilée une telle harmonie et de telles vertus régénérantes, qu'on pourrait qualifier l'idée précédente de caduque. N'intellectualisons donc pas trop, et écoutons l"oeuvre avant tout pour ce qu'elle a à offrir.
Féru de studios virtuels estampillés Native Instruments, Porya Hatami sait que pour ce qui est de l'aléatoire, l'alternative à la froideur relative d'Ableton et l'association idéale au matériel dont il dispose déjà, le couple Max/MSP apparaît comme un bon candidat de synthèse et de contrôle. Je sais, tout le monde se fout royalement des précisions techniques et logistiques, mais celles-ci ont ici leur importance. Encore plus quand on sait que le natif des montagnes kurdes se charge lui même du mastering. Bref, tout ça pour dire dans un langage savant que je ne maîtrise sûrement pas assez, que le tout est plutôt bien spatialisé. Qu'en surplus de la strate granuleuse et parasitée du Spin d'ouverture, s'échappent des fréquences blanches suffisamment discrètes pour se révéler remarquables, des drones hivernaux qui semblent trouver leur source dans des fontaines en hibernation. Et du cristal, encore du cristal. Matière noble, mais qui peut se révéler naïve, candide, quand on la manie sans maîtrise et avec excès.
Il paraît que les rêves partent en fumée quand on y brûle ses illusions. Alors si la cuillère de Spoon n'existe pas vraiment, gageons que les reflets qu'elle renvoie se perdent, encore et encore, dans des échos et de limpides mouvements de réverbération. L'espoir n'est donc jamais candide quand il écume les sentiers de la perdition. Jusqu'au point de Transition, là où les drones se pareront de leurs substances les plus élégiaques, où les vents contraires sont les meilleurs amis des reflux marins. Avant qu'Uncertain ne drape sa simple mais véritable poésie dans un voile faussement lugubre. Et qu'entre terre et mer, Unstable élève enfin ce fantasmagorique chenal, théâtre de magnifiques aurores germinales.
Si l'oeuvre ne supporte que très peu la compression sauvage de certains formats digitaux, l'écoute au casque sauvera un peu les plus pauvres des aspects les plus "lisses" qu'ils pourront éventuellement rencontrer. Ceux que cette chronique et les extraits ont convaincu seraient bien inspirés d'acquérir la version charnelle. Si la musique de Porya Hatami gagnerait encore un peu plus en intérêt sur plus long format, parée de fractures et d'aspérités, elle n'en demeure pas moins recommandée. Comme celle de Quinn Walker ou Pascal Savy, qui navigue dans les mêmes eaux moins sondées mais qui savent éclairer les âmes transies.






Brasser la merde