
chronique · 14 février 2014 · Techno / House
D.Å.R.F.D.H.S.
Det Stora Oväsendet
« Tout est bruit pour qui a peur. » Sophocle
par CMPTD\\Void
En juin 2013, Dard Å Ranj Från Det Hebbershålska Samfundet – comprendre Pain and suffering From the Hebberholian congregation – duo composé du talentueux Varg et de son non moins talentueux compère finlandais, Michel Isorinne, signait une cassette sur le très underground Funeral Fog, label de Malmö voué à la promotion de productions D.I.Y. proches des mouvances Drone / Ambient / Field Recording. Injustement passées inaperçu, les excursions bruitistes du duo nous avaient déjà interpelés par leur adresse, leur aridité somme toute polaire. Alors que Février et ses soleils, folâtres petits hexagones turquoise, annoncent le déclin de l’Hiver, D.Å.R.F.D.H.S. (nouvel onglet) refait surface avec un nouvel opus, long format à l’artwork troublant de sobriété, d’ésotérisme nommé Det Stora Oväsendet. Signé sur Clan Destine Records (nouvel onglet), label à l’origine d’intéressantes sorties Cold Wave, Synth Wave et Post Punk – The KVB, Pod Blotz par exemple –, l’album en question n’appartient pourtant à aucun des genres évoqués ci-dessus. Non, ce qui se joue dans ce huis clos vespéral et esseulé est autrement plus abstrait, autrement plus occulte.
Dignes héritiers d’une culture empreinte de mysticisme, d’occultisme, les deux producteurs détaillent ici une interprétation, personnelle et tourmentée, de la grande chasse aux sorcières qui ébranla la Suède de 1668 à 1678. Voilà, pour ce qui est du contexte. En ce qui concerne la production, le son brut, brumeux, parasité et pourtant soigné des tracks ne trompe personne. Elles sont toutes issues de live recordings 100% hardware – MS-20, SH-101, TB-303, TR-808, Juno 60, Juno 106, Monotribe, Monotron et bien d’autres encore –, le tout sans overdub, cela va de soi. C’est ce même processus de gestation à cloche pied entre improvisation et instrumentalisation analogique qui avait par ailleurs contribué à conférer sa beauté arrogante au Misantropen LP de Varg – chroniqué ici –. Séchez ces vilaines larmes, voyons, nous ne sommes qu’à l’orée du bois.
L’ouverture, tout comme la clôture du LP, se fait dans une étonnante douceur, Electronica ruisselante et aimable comme pas deux – cf. 1668,1678 mais aussi l’excellent entracte Tobohäxan På Ramunderberget –. Un parfum d’insouciance flotte de ci, de là on en oublierait presque, l’espace d’un court instant, que chacune des tracks porte le nom de supposés hérétiques, rejetons du druidisme ou adorateurs de Satan indifféremment exécutés à Mora en 1669. Soyez prévenus, vous foulez désormais un sol impie. Ombres à la lanterne tremblotante, rires fugaces, têtes blondes se jouant de l’obscurité et de l’épaisse taïga, piétinant la nuit huileuse à toute allure – cf. Hæresi –, nous nous essoufflons dans une poursuite Ambient Techno dure, boréale, aux kicks maculés d’une neige Drone persistante. Bien que soient malicieusement disposés au fil de la progression quelques exercices respiratoires rassérénants entre Electronica et Ambient – ajoutons à celles précédemment citées la missive Heavenly et organique Satan’s Illusioner –, le projet du duo est tout autre. Il s’agit de tutoyer la pénombre, d'enduire l'auditeur d’une peur trichrome, qu’elle soit imperceptiblement instillée – cf. l’angoisse naissante, l’éprouvante étreinte jugulaire Eric Clauesson et l’ascension Noise Rumpare Malin – ou plus simplement balancée au visage – cf. le vertige Noise frappé de tachycardie sur Johan Grijs –. Enfin, réservons une mention spéciale pour l’enivrante ballade, romance post mortem Katarina Bure, égarée quelque part entre Ambient gothique et Acid stellaire.
Runes en guise de blasons, le duo appose son sceau à un manuscrit entre désolation, effroi et frénésie. Un huis clos vespéral et esseulé, oui sans doute ; plus exactement un chalet décrépi d’où l’on peut, aux premiers drapés du crépuscule, voir s’élever les cris et les lueurs des bûchers de Mora.
Notons à toutes fins utiles que l’album est accompagné d’un remix EP au line up copieux : Isorinne lui-même, Art Alphie & Mr. Tophat, MRSK sous son pseudonyme Smell The Flesh, un duo Acronym x Varg et comme si cela ne suffisait pas, l'homme machine, TM404. Nous ne saurions que trop vous conseiller d’y jeter un œil et de l’y laisser macérer.






Brasser la merde
1 commentaire
Globule
J'avais adoré Varg, et ça c'est pas mal du tout non plus !!! Encore ! Merci ! (et au fait, c'est parfois difficile de se connecter sur votre site, vous le savez ?)
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