silent weapons for quiet wars

Pochette de New Brutalism

chronique · 11 février 2014 · Techno / House

Rainer Veil

New Brutalism

« Ce que Manchester fait aujourd'hui, le reste du monde le fera demain »

par Feldspath

On connaît surtout Modern Love pour avoir hébergé sur son label quelques vaches à lait sans grumeaux, je pense notamment à Andy Stott, Claro Intelecto ou encore Deepchord. Rainer Veil, quant à eux, conserveront l’image d’un duo discret et réservé, considéré comme le petit poucet de la discographie du géant mancunien. Liam Morley et Dan Valentine, originaires du nord de l’Angleterre, se rencontreront dans les couloirs de leur université de musique contemporaine et s’attèleront à l’expérimentation d’un genre connu pour ses longues plages sonores : la drone. Le duo sortira, en Février 2013, un premier EP intitulé Struck d’où se dégagera mélancolie, volupté et béton lissé.

Oui béton lissé, car il est question d’urbanisme dans cette nouvelle sortie de Rainer Veil. New Brutalism, à savoir brutalisme, courant architectural anglo-saxon, qui connu ses heures de gloire dans les années 50-70. Style qui a fait émerger du sol bon nombre de bâtisses universitaires dégueulant le béton, criant leur solitude à qui voulait l’entendre. Une révolution architecturale génitrice de formes géométriques anguleuses, basée sur les miettes de l’après guerre. Un mouvement qui se voudra moderne dans son approche mais qui ne fera que pérenniser un peu plus cette difficulté à aller de l’avant pour sombrer peu à peu dans l’impopularité la plus totale. Toujours est-il que l’idée de structurer un EP à partir d’un courant architectural issu du modernisme ne peut qu’être créatrice de matière, particulièrement lorsque l’on aborde une musique aussi froide et acérée que notre bien aimée Techno. Il faut donc souligner la cohérence du duo dans l’élaboration de sa ligne créatrice. Une ligne créatrice qui puise également son inspiration dans l’exploration de l’héritage rave britannique.

Travail de recherche quasiment semblable et tout aussi symbolique de ce patrimoine, le mini-documentaire Fiorucci Made Me Hardcore de Mark Leckey. Une vidéo de 14 minutes qui compile et illustre les rites de passage expérimentés par les générations successives de la jeunesse urbaine via des séquences de la scène UK des années 70, 80 et 90. Leckey et Rainer Veil partagent une même ligne directrice: la synthèse des différentes périodes du patrimoine rave britannique. Car oui, les 5 pistes structurant cette EP explorent cet héritage tout en peignant un paysage architectural gris et aiguisé. Une approche conceptuelle intéressante qui devient pilier de nombreuses sorties actuelles. Un voyage du corps et de l’esprit dans un environnement basé sur ce qui a forgé l’essence même de sa texture.

Dans cette nouvelle sortie, Rainer Veil oubliera les sonorités pop mélancoliques et le sampling mollasson que l’on pouvait reprocher à Struck (cf. Wade In). La binarité y trouvera, sans grande surprise, difficilement sa place au profit d’un beat breaké à la rosbeef. Dans un EP épais mais finement creusé, les pistes s’enchainent sans se talonner dans une cohérence caractéristique au duo. C’est par le brumeux et boisé UK will not survive que l’on débutera le pèlerinage, une piste ouvreuse qui ne laissera guère de doute quant à l’intention des auteurs. Une techno industrielle lévitant sur un nuage de brouillard, plutôt cocasse lorsque l’on apprend que la quasi-intégralité des usines mancuniennes basaient leur exploitation sur le filage du coton durant la révolution industrielle. Si bien que Manchester se verra surnommée Cottonopolis. Parallélisme intéressant donc. On retrouvera bien évidemment cette atmosphère d’aciérie avec des tracks telles que Run Out ou encore Three Day Jag.

Modern Love peint, une nouvelle fois, un tableau authentique et représentatif du paysage musical britannique.

Feldspath

Brasser la merde

1 commentaire

  1. poney

    c'est vraiment pas mal :>

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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    En attente