silent weapons for quiet wars

Pochette de Churches Schools and Guns

chronique · 27 février 2014 · Techno / House

Lucy

Churches Schools and Guns

par B2B

La terre, l’air, l’eau, le feu. Au commencement étaient ces quatre éléments. L’homme ne vint qu’après, comme élément perturbateur, pièce organique visant à détruire l’équilibre. Cette bataille de l’homme contre la nature est la pierre angulaire de Churches Schools and Guns, nouvel album de Lucy (nouvel onglet), le prodige italien aux manettes du label Stroboscopic Artefacts (nouvel onglet).

En 2011, Luca Mortellaro mettait le monde à genoux avec son premier long format, Wordplay For Working Bees. A l’époque de -feu- Chroniques Electroniques, on avait d’ailleurs classé l’album à la première place (nouvel onglet) de notre top techno annuel. Mais comment prévoir que ce premier opus ne serait qu’un échiquier sans explication et que ce qui allait suivre permettrait enfin de saisir les règles du jeu ? Car si Wordplay For Working Bees permettait de mesurer déjà pleinement l’ampleur du talent de Lucy, reconnaissons que Churches Schools and Guns dépasse les attentes les plus folles.

Depuis 3 ans, Lucy en a ainsi profité pour étoffer sa palette créative en fricotant notamment avec Silent Servant (pour un EP puissant et sans concession), Speedy J (dont le résultat, Zeitgeber, reste toujours aussi opaque) ou encore Dabub (qui s’occupe désormais des masterisations de Stroboscopic Artefacts). Il n’a donc pas chômé, apprenant au contact de chacun pour mieux édifier son deuxième album.

Rarement l’immersion aura atteint un tel niveau pour un album de techno. Lucy ne se contente plus d’imposer une ambiance délétère, désormais, c’est toute une dystopie qui se met en place. Cette contre-utopie s’appuie sur une friction constante entre les éléments naturels et l’homme. Les sonorités organiques se disputent sans cesse avec le vent glacial, la noyade, l’embrasement et la boue. Vous courbez l’échine devant la puissance de la nature avant de vous relever, ragaillardi par tant de violence.

L’album est une quête initiatique haletante, une prise d’otage mentale non-négociable. Le voyage débute en douceur, au son d’un rythme ferroviaire (marotte électronique). Comme l’indique clairement le titre, Leave Us Alone, vous allez devoir errer seul. L’angoisse prend alors l’ascendant, que ce soit au son d’une ambient subaquatique d’une terrifiante tristesse, Human Triage, ou bien sous des coups de marteau inquisiteurs vous laissant pourrir dans une géole humide, Laws and Habits.

Même si rien n’est donné d’avance, que chaque édifice techno renvoie à une construction mentale, Churches Schools and Guns s’avère bien moins hermétique qu’il n’y paraît. Chaque titre a beau ressembler à un bloc monolithique, il n’en demeure pas moins un labyrinthe à l’organisation mouvante dont chaque nouvelle écoute laisse transparaitre une énième sortie possible. Le voyage perdure éternellement, vous laissant souvent sans voix comme lors du monumental Catch Twenty Two, au beat arythmique et aux sonorités asiatiques incantatoires, aboutissant à une chute sans fin. Retenons aussi les deux titres purement techno : The Illusion of Choice avec son kick goliath et Follow The Leader dont le mantra tibétain finit par imposer sa transe primitive.

Lucy démontre un sens de l’occupation spatiale tout simplement phénoménal. Vous êtes littéralement bouffer par la puissance des kicks et l’enveloppe spectrale. Ce sound-design impressionnant repose grandement sur le travail de Dadub qui a compris que pour marquer les esprits, il fallait en imposer, quitte à flirter avec l’opulence. Le résultat est une techno au beat fragmentée, constamment balayée par un souffle sibérien et un magma aqueux insondable. Le moindre parasitage fait figure d’insecte rampant, se démultipliant à l’infini pour mieux vous étouffer. Le combat homme/nature prend ici tout son sens.

Lucy enfonce la concurrence avec ce Churches Schools and Guns à la puissance insidieuse fascinante. Son tour de force est de réussir à plonger l’auditeur pendant 75 minutes dans un sound-design tellement impressionnant qu’il aurait pu se suffire à lui-même, mais qui pourtant nous propulse avant tout dans une dystopie narrative implacable. On ressort purifié de ce parcours mental et physique. Monumental !

B2B

Brasser la merde

5 commentaires

  1. shaitam

    L'érection terrible que j'ai eu en lisant ta chronique. J'espère que ce sera bien, j'étais pas encore là lorsqu'il est passé sous CE... Un cours de rattrapage s'impose chef.

  2. Rzarectar

    Putain la basse de catch tweny two me prend au coeur

  3. Y

    Pour info Dadub fait le mastering de SA depuis 2010.

  4. Yannosh

    Viens de voir Lucy jouer à la Concrete (sordide ce club et le public en passant), un truc de malade, je n'en reviens pas de la tarte de fou furieux. Juste magique. Faut trop voir le mec jouer, c'est incroyable. Une expérience sensorielle de fou.

  5. GOUB

    Mecccc la Concrete c'est pas sordide c'est undeground ! Faut juste plutôt y aller le dimanche...

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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