
Ecrire sur la techno ou house est un exercice qui tend à devenir redondant. Une musique répétitive amène subrepticement mais fatalement à tomber dans la redite et une fois tous les adjectifs épuisés, il ne reste plus rien à conter. Tout ça pour dire que j’en ai un peu ma claque de disserter sur des rythmes binaires à propos d’albums toujours plus nombreux tant la techno vit actuellement son heure de gloire médiatique provoquant ainsi des vocations soudaines pour la création.
J’en suis donc rendu à écouter toujours plus de nouveautés mais au lieu de palabrer stérilement dessus, je préfère désormais les faire écouter directement aux autres (mode auto-promo : via notamment les ondes et l'émission SWAP (nouvel onglet) sur Campus Toulouse, animée avec d’autres compères de SWQW). Cependant, certains albums arrivent encore à réveiller ma bonne vieille conscience de scribouillard brouillon comme c’est le cas avec Grind, premier long format de DJ Richard (nouvel onglet). Qu’il s’agisse d’un album de techno/house de salon n’est pas non plus un hasard tant la musique de club a fini par m’essorer (il m’est désormais quasi impossible de côtoyer un espace confiné assourdissant et rempli de jeunes aux pupilles dilatés). Grind est un album qu’on écoute avant tout chez soi, l’esprit pouvant ainsi librement vagabonder sans crainte d’être perturbé.
La pochette N&B et le premier titre off-beat à l’ambiance dark semblent nous conditionner pour une errance en forme de tunnel techno à la Northern Electronics. Mais quand on sait que Dial (nouvel onglet) est derrière la sortie, il semble impossible que l’album puisse prendre un telle direction. En effet, DJ Richard va jouer avec les ambiances tout au long des 9 titres. Le new-yorkais est un malin et depuis qu’il est installé du côté de Berlin, il a compris que la musique électronique devait souffler le chaud et le froid pour mieux impacter au long terme la mémoire des auditeurs. C’est ainsi que Grind évite les balises autoroutières en cassant régulièrement ses rythmiques pour mieux supprimer l’ennui.
Malgré les grands écarts fréquents, Grind demeure continuellement cohérent. Cela repose notamment sur l’esprit Dial que l’on retrouve dans une majorité de titres. Nighthawk est l’exemple type d’un morceau issu de la maison d’Hambourg : deep-house éthérée et lancinante, un brin bourgeoise mais surtout précieuse. Tout au long de l'album, les sonorités sont savamment imbriquées (DJ Richard n’a pas fait une école de design par hasard) pour aboutir à un syncrétisme malin de l’esprit L.I.E.S./Opal Tapes, pour le côté crado, avec l’esprit deep-house classique, pour le côté bourgeois. Le beat est parfois gras mais c’est pour mieux se mêler à la légèreté des nappes, Savage Coast et Screes of Gray Craig. Idem avec l’ambient grésillante d’Ejected qui finit par s’éclaircir somptueusement.
Cependant, Grind n’est pas parfait et certains auront d’ailleurs du mal avec l’ambiance un brin cheesy et rappelant malheureusement les sombres heures de Kompakt. C’est ainsi que Bane, à trop vouloir flirter avec les étoiles, tombe dans l’exercice kitsch certes assumé mais agissant aussi comme un repoussoir. Grind n’en demeure pas moins un album aussi intelligent que plaisant, sachant varier les plaisirs avec malice, tout en restant continuellement raffiné. De tels albums sont devenus rares sur le marché alors inutile de bouder votre plaisir. Moi, je retourne me terrer dans le silence en attendant une prochaine sortie méritant que je perde mon temps à vous en parler. A dans une semaine, ou bien 6 mois, ou bien jamais.






Brasser la merde
1 commentaire
Hugo
Continue l'exercice, tes chroniques sont bonnes et la sélection aussi. Sans oublier les lecteurs.
la suite, depuis 2026