silent weapons for quiet wars

Pochette de Monad XVII

chronique · 3 juillet 2014 · Techno / House

Eomac

Monad XVII

« Life is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing » Mac Beth, Shakespeare.

par CMPTD\\Void

Un peu plus d’un mois après la sortie de son très remarqué Spectre - LP (nouvel onglet) sur le label berlinois Killekill (nouvel onglet), Ian McDonnell alias Eomac (nouvel onglet) poursuit son tracé et signe le 17ème opus de la prestigieuse série Monad sur Stroboscopic Artefacts (nouvel onglet). Pour mémoire, la série digital only débutait en Juin 2010 avec les expérimentations cousues de bruit blanc de Dario Tronchin, fondateur du label Enklav (nouvel onglet)., plus connu sous le nom de Chevel (nouvel onglet). Basée sur le principe fondamental de ne fixer aucune contrainte formelle à ses invités – eux aussi, prestigieux : Markus Suckut (nouvel onglet), Donor (nouvel onglet), Go Hiyama (nouvel onglet), Perc (nouvel onglet), **Rrose (nouvel onglet)**chroniqué ici, Lucy (nouvel onglet) lui-même, etc. –, la série Monad (nouvel onglet) a permis à Stroboscopic Artefacts d’asseoir sa notoriété ainsi qu’une certaine vision de l’expérimentation Techno, une esthétique teintée d’avant-gardisme qui contribuera par la suite au franc succès du label.

Mais revenons-en au sujet de ce billet chiffonné, voulez-vous ? Eomac n’est pas un nouveau venu. Auteur d’une douzaine de sorties sur des labels comme The Trilogy Tapes (nouvel onglet) ou encore le très burné Code Is Law (nouvel onglet), l’irlandais est également la moitié de la formation Lakker (nouvel onglet). Pour mémoire, Lakker, c’est un peu Anarchy In The UK à l’heure de la dissolution – annoncée – de la Bass Music. Les deux acolytes, Dara Smith et Ian lui-même, ne se soucient guère de la forme et tracent, à mains levées, les pourtours de quelques uns des meilleurs cross over de ces dernières années. Bass, Techno, IDM, Jungle, bref un concentré de subversion comme seule l’Insulaire Grisaillante sait en enfanter. Ce savoureux fatras d’influences et de genres se retrouve largement dans les productions d’Eomac. Rien d’étonnant dans cela puisque, comme le rappellent justement nos collègues de Resident Advisor, ce dernier annonçait il y a quelques années de cela lors d'une interview (nouvel onglet) vouloir composer une « Electronica infusée au Heavy Metal », vous commencez à piger à qui vous avez à faire.

Hormis sa capacité, assez hallucinante, à créer les plus improbables assemblages de matériaux, nous retiendrons également d’Eomac son talent inné pour éveiller chez l’auditeur une peur noire, une profonde anxiété. Le Bruit et la Fureur – cf. Crackts ci-dessus ou encore Spoock –, Faulkner n’en savait sans doute rien à l’époque mais il avait trouvé par cette formulation la plus juste description des compositions de l’irlandais. Son penchant pour l’utilisation de textures rugueuses, son goût prononcé pour la saturation âpre et le modelage de basslines rappelant celles de Scorn (nouvel onglet) sont autant de signes distinctifs de la musique d’Eomac, furieuse, vénéneuse et volontiers hargneuse. Les nerfs à fleur de brique, poubelles ardentes à l'horizon, nous vaguons par une nuit de pétrole sur les docks de Limerick, craintifs, guidés par les reflets cuivrés d’une lune maladive, frôlant les murs, leur nudité banale – cf. Moon Obelisk, Techno stepper frénétique ou encore la Jungle forcenée de DF4. Nous quittons les docks, leur obscurité carmin.

Après les docks, place au hangar, place à la Rave. Pour ceux qui ne se sont pas égarés en chemin, ils sauront probablement apprécier la qualité de l’introduction, Tube, crescendo Techno amené par une nappe magnétique, opaque, smog séquencé puis progressivement haché par un kick sismique. De quoi dissuader les plus téméraires de passer leur nuit la tête dans les woofers. D'ailleurs, il y a fort à parier que cette track ne tardera pas à faire son apparition dans les sets de quelques DJs avisés. La conclusion, We Are All Going To Die, track Ambient ultra texturée ponctuée de murmures, permet d’alléger l’ensembe, d’éviter l’asphyxie complète. Soyez prévenus, pour bien apprécier la musique d’Eomac, il faut être prêt à retenir son souffle, longtemps. Tout comme la rugosité omniprésente et l’atmosphère étouffante de son Spectre – LP a pu diviser les critiques lors de sa sortie, ce Monad XVII n’élargira probablement pas la fanbase d’Eomac. En revanche, il ravira ses inconditionnels ainsi que les amateurs d’expérimentations anxiogènes, d’atmosphères suffocantes. Au final, qu'importe, Eomac démontre une fois de plus sa capacité à se foutre de tout avec brillo, à repousser les limites de l'inventivité et ça, ça mérite bien que nous lui accordions quelques minutes de notre temps, quelques minutes d'apnée.

CMPTD\\Void

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Anttoine

    merci! très bon LP, comme d'hab, mais en plus tu m'as découvrir le lakker-arc a plus

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · techno / house

    En attente