
Inigo Kennedy (nouvel onglet) est un besogneux. Chaque jour, il s'oblige à quelques heures d'émulation cérébrale pour mieux enfanter de nouvelles partitions techno. C'est ainsi qu'il a sorti une bonne centaine de releases depuis 1996, la plupart sur son propre label, Asymmetric, ainsi qu'une petite poignée d'albums dont Vaudeville est le 5ème représentant.
Vaudeville, c'est du travail de pro, un album irréprochable dans sa construction et son exigence formelle. Inigo Kennedy refuse la facilité, laissant le sampling pour les autres. Lui, ce qui l'anime, c'est les claviers vintage improbables et les constructions narratives alambiquées. C'est ainsi que Vaudeville supprime les structures usuelles pour proposer une techno non-linéaire. C'est beau, c'est bien foutu et ça réclame une attention continue pour saisir toutes les nuances de couleurs. En 10 titres, l'anglais joue avec les rythmiques autant qu'avec les textures pour arriver à une techno à la déchéance palpable dont les plus fascinants représentants sont Plaintive, avec sa sublime partition crépusculaire, et Winter, dont les réverbérations électriques ont le bon ton de rappeler les envolées de Border Community. Vaudeville est un album mettant fin à nos illusions avec un gant de velours. On se laisse porter par l'ambiance nocturne, errant docilement entre les ombres.
Mais pourtant, alors que l'on pensait toucher du doigt la perfection, un lourd bémol vient atténuer notre enthousiasme : le mixage. Le fait de sortir l'album chez Token (nouvel onglet) n'était sans doute pas judicieux. La label belge étant coutumier des tunnels technoïdes N&B de Ø ou Rødhåd, il ne s'est posé aucune question concernant le mastering de Vaudeville. C'est ainsi que l'album subit une compression inadaptée à son besoin d'air. Chaque piste est une nébuleuse collante où les sons sont indissociables les uns des autres. Ce parti pris est loin d'être pertinent tant la musique d'Inigo Kennedy a besoin de respirer pour mieux lancer ses arpèges synthétiques de cathédrale. C'est ainsi qu'à force de subir, on en oublie le plaisir immédiat. Et finalement, Vaudeville se transforme malgré lui en tunnel techno magnétique dans l'air du temps alors même qu'il méritait une autre voix.
Difficile d'en vouloir à Inigo Kennedy. Le mec a fait du bon boulot, du très bon boulot même. Son Vaudeville verse dans une atmosphère désabusée attachante et sincère. Malheureusement, le mixage étouffant apporte un sérieux bémol à l'entreprise, aplatissant la moindre volonté d'émancipation. Dommage car Vaudeville avait tout pour marquer l'année techno 2014.






Brasser la merde
5 commentaires
Matt
Je n'entends pas de compression inadapté. Le disque présente justement une belle dynamique. Colton fait généralement des choses assez puissantes, et cet album en est un bon exemple.
MatBis
C'est justement le contraste super bien géré entre d'un côté les constructions narratives non-linéaires hyper riches et de l'autre côté le mixage strictement techno compressée qui fait le charme du tout.
En tout cas, je trouve que l'album parvient à s'aérer de lui-même, dans ses compositions, tout en étant un véritable hymne technoïde. C'est aussi ça sa force.
J'arrive à comprendre la critique, mais c'est quand même pour moi une des meilleures sorties techno de l'année qu'on touche là.
O'Bud
/Facepalm ... c'est précisément le mastering qui est intéressant dans cet album. Soit tu n'as jamais pris d'acide, soit tu n'as jamais produit de musique électronique. Dans les deux cas, tu es malheureusement inapte à analyser quoi que ce soit. Mais tu racontes bien de la merde
P.L
"Soit tu n'as jamais pris d'acide,"
Pauvre débile de merde.
O'Bud
@P.L, merci, tu peux aller sucer un mars maintenant
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