chronique · 30 janvier 2015 · Rock / Folk
Fat Supper
Academic Sausage
Groupuscule de gentlemen rockeurs arrimé en Bretagne (à supposer que Rennes soit VRAIMENT en Bretagne, d’ailleurs, mais la surreprésentation des galettes-saucisses dans la gastronomie nomade locale semble confirmer l’hypothèse), Fat Supper revient avec un second album lourd et complexe – comme une galette-saucisse, en fait.
par Mattooh
Le premier album de Fat Supper (nouvel onglet) était, on s'en rend compte aujourd’hui, en deçà du potentiel du groupe. Il ne faisait en effet que présenter de manière un peu timide ce dont ces quatre jeunes gens sont capables, et pour cause : le groupe s’est depuis largement développé, en particulier en se consolidant à l’épreuve de la scène. De coins de bars gluants aux premières parties de Détroit dans des Zéniths, en passant par des interventions tout terrain de type trouble à l'ordre public (nouvel onglet), Fat Supper a joué partout, mangé du kilomètre et emmagasiné du vécu. Ca se sent à l’écoute d’Academic Sausage, et qui les a vus entre 2013 et 2014 sait à quel point le groupe est devenu impressionnant de puissance et de classe sur les planches.
Lancé à l’origine comme une simple évolution à quatre du duo Leo88man, Fat Supper est devenu une mécanique complexe de rock de haute précision. Avec la relocalisation à Rennes de tous ses membres (et en particulier de la partie lilloise et grosse consommatrice de fruits de mer), le travail de groupe s’est facilité, le langage musical s’est enrichi et le résultat s’est alourdi. Academic Sausage navigue ainsi entre swamp-rock fuzzé, math-rock charpenté, blues ragaillardi, et noise-rock feutré.
Derrière les fûts, le travail discret de Pierre Marolleau (ex-ForDamage, et actif au sein d’une infinité de projets dont les très beaux We Only Said et The Enchanted Wood - avec d'autres compères de Fat Supper, tu suis ou bien?) fait encore une fois merveille (Smell, et ses crapahutages infernaux). La voix de Léo reste elle toujours aussi charismatique, avec ce timbre de voix à la Tom Waits qui rendrait exquise la lecture d’un ordre du jour d’une réunion de militants UDI. Mais au-delà, le chant se fait plus versatile (les variations sur la cabossée Odd Box, les beuglements de Basement, le rap (!) de Smell, ou la mélodies centrale un peu lascive de Narvana), ce qui estompe la ressemblance avec Mark Oliver Everett de Eels, qui sautait à la gueule sur le premier album.
Academic Sausage fait partie de ces disques qui s’apprécient avec le temps, sa richesse ne permettant pas de l’amadouer dès la première écoute. C’est ce qui le rend si précieux. C’est aussi ce qui manque de plus en plus dans le rock festivalier subventionné : du travail d’artisan résultat d’un agencement minutieux, d’une alchimie entre fortes personnalités et d’un savoir-faire qui ne s’acquiert pas en un jour. Souviens-t-en, quand tu hésiteras chez ton marchand de disque préféré face à cette pochette, disons, compliquée.
Et puis comme parfois, la vie est bien faite, il se trouve que Fat Supper retourne sur la route (nouvel onglet) ce printemps. Ils passeront bien près de chez toi un jour ou l'autre ; ce jour là, tu viens, ou tu crains.






Brasser la merde