chronique · 28 février 2013 · Rock / Folk
Fat Supper
Fat Supper
Fat Supper est une association de gentlemen rockeurs (des sous-sols) de France, qui sort ces jours-ci (ou presque, on n’est pas aux pièces chez SWQW) son premier album pour le plaisir simple de commettre un acte de grande classe. Eponyme, l’album, comme on dit.
par Mattooh
Leo Prud'homme au chant (ex-Red, Leo(88man)), André Rubeillon (également Leo(88man)) et Pierre Marolleau (batteur de Fordamage et My Name Is Nobody), voilà le casting pour un bon vieux guitare/basse/batterie. Ce n’est pas la première fois que notre duo renno-lillois s’acoquine avec le batteur nanto-rennais, puisque les derniers enregistrements de Leo(88man) s’étaient déjà faits sous cette configuration, via le gourmet label Kythibong. Fructueuse collaboration, donc.
Fat Supper (nouvel onglet) accouche d’un premier album suintant le rock américain sous toutes ses formes, et pas les moins nobles : blues, indie 90’s, et des relents slacker (Tiny Wave, comme chipée à Stephen Malkmus ou le riff du break final d’Every Nobody, qu’on jurerait échappé du Odelay de Beck). Eels revient également souvent à l’esprit, aussi bien dans ses élans les plus abrasifs (Step Back, Basement) que dans ses introspections bluesy les plus intimistes. En cause : l’alternance labellisée de guitares finement arrangées et de riffs blues-rock plus bourrus, mais aussi et surtout par cette voix versatile, qui rappelle le bel organe de Mark Oliver Everett (Gravity None). Ces comparaisons ne sont pas envahissantes, et surtout pas pour ceux qui, comme ton serviteur, ont grandi avec la musique de ce bon vieux Mr E ; mieux, les groupes français pouvant s’en prévaloir ne courent pas les rues.
L’expérience des géniteurs se ressent à la fois dans la grande classe des instrumentations et la liberté manifeste prise lors de la composition : de rythmiques taquines en sautes d’humeurs, les premières écoutes intriguent et on s’aventure de bon cœur sur ce territoire imprévisible mais étrangement chaleureux. Ce rock d’apparence épuré dévoile petit à petit une richesse qui ne peut qu’émaner de vieux baroudeurs. Et comme ils ont su garder la fougue et sont avant tout de vrais auteurs, on ne tombe jamais dans l’exercice de style stérile ni la démonstration appliquée. Cela aboutit à des ambiances soul sépulcrales à la Tindersticks (Gravity None) absolument délicieuses, tel ce Stuck In A Flat pas avare en feeling, sur lequel batterie jazzy et festival de guitare ne sont pas en option.
Chaque chanson tisse son petit cocon, esquisse ses images et diffuse ses propres arômes. Ce disque à facettes est donc un régal à écouter, mais aussi à disséquer : un peu fayots, les Fat Supper semblent s’adresser autant au chroniqueur maniaque qu’à l’auditeur exigeant. Amusant par exemple, sur Step Back et Every Nobody, de constater que des méthodes noise-rock (basse angulaire pachydermique, guitare tranchant dans les graves comme les aigus) sont employées pour trousser deux kraut-blues bien charpentés. Tu l’auras compris, la sanction est à ce stade parfaitement indiscutable : Fat Supper arrive en tête de liste des réconforts de cette fin d’hiver.






Brasser la merde