
chronique · 12 novembre 2013 · Weird Rock / Metal
Future Of The Left
How To Stop Your Brain In An Accident
Bonne nouvelle pour nous autres Falco-lovers : notre nouvelle branlée est déjà arrivée. Le garçon étant particulièrement inspiré, rions avec lui une nouvelle fois de l’absurdité des gens et des choses.
par Mattooh
Après nous avoir infligé une éternité entre Travels with Myself and Another (2009) et The Plot Against Common Sense (2012), le groupe d’Andy "Falco" Falkous aura sorti rien de moins que 2 albums et 4 EPs entre 2012 et 2013. Trop de bonheur ? Sûrement pas. Si le contenu des formats courts est parfois plus anecdotique, How To Stop Your Brain In An Accident est un disque aussi génial que The Plot Against Common Sense.
Cette fois, les gallois ont définitivement abandonné les labels traditionnels, et lancé le financement de ce nouvel album via une campagne Pledge Music ; pour l’anecdote, celle-ci a atteint son but en rien de moins que 6 heures. S’ils ne se cachent assurément pas en Franque, remercions donc la petite légion de fidèles permettant à Falco de poursuivre son œuvre sans l’absurde soutien d’un label, dans la mesure où il est difficile d’imaginer une entreprise commerciale suffisamment saine d’esprit pour soutenir un personnage potentiellement aussi « segmentant » qu’Andy Falkous. Directement du producteur au consommateur, voilà le modèle logique pour un groupe comme Future Of The Left (nouvel onglet). Ajoutons que pour accompagner la sortie de ce disque, un EP intitulé Human Death a été enregistré en guise de cadeau aux généreux donateurs, et reste disponible de la même manière que le LP pour les croyants non pratiquants.
Quasiment débarrassé du clavier (qui s’insérait pourtant plutôt bien sur ses 4 premiers disques), How To Stop Your Brain In An Accident aligne 14 titres dégraissés. Comme d’habitude, le résultat est furieux et malin au point (même si je le disais déjà l’an dernier) de se rapprocher plus que jamais du génie minimaliste de McLusky. No bullshit, que du sang frais et pas mal de plomb dans la tête. La recette est de toute façon toujours la même : un noise-rock abrasif, bavard, dopé à la pop et rempli jusqu’à la gueule de gimmicks de guitare ou de voix catchy, pas bêtes mais méchants.
Et tu te doutes, il n’y a ici absolument rien à jeter. En dehors des petites comptines supports aux tribunes et pires mises à l’amende d’Andy Falkous (French Lessons, Something Happened, ou le blues psychopathe génial de Why Aren’I Going To Hell, que j’espère un jour reprendre en chœur au fond d’un rade miteux de Cardiff en tenant par l’épaule un bataillon de gallois ivres morts ne comprenant plus depuis longtemps ce qui se dit dans les textes de Falco ni dans ses yeux injectés de sang), les bourre-pifs noise s’amoncellent : I Don’t Know What You Ketamine (But I Think I Love You), Future Child Embarrassment Matrix, She Gets Passed Around At Parties, ou le single Bread, Cheese, Bow And Arrow. Le reste assemble et jongle avec les extrêmes, chipant ça et là un motif de guitare obsédant, une basse noise à angles droits, une escalade hystérique ou le refrain pop trompeur occasionnel (How To Spot A Record Company, ou Johnny Borrell Afterlife – et son délire halluciné consacré au chanteur des inexplicables Razorlight). Pour la première fois, on trouve même un titre aux relents post-punk atomisant la plupart des professionnels du genre (Donny Of The Desks).
Je reste impressionné de voir Andy Falkous toujours si affuté près de 15 ans après le début de l’aventure avec McLusky, aussi bien guitare que stylo en main. Car comme à chaque sortie, on perd beaucoup de l’art total de Falco si on ne se penche pas sur ses paroles. Tout l’art ici est d’incorporer ces pièces de comédie d’un cynisme exemplaire dans une matrice noise-rock créative et souvent parfaitement destructrice. Tout ça sans forcer ni tomber dans les pitreries, en usant quand il le faut d’une voix de crooner pour quelques parties de storytelling pas tristes. Voici donc un petit florilège pour toi, lecteur feignant, auquel on peut ajouter les titres eux-mêmes :
"Suit yourself / There’s nothing like a military coup / THE CLOTHES ARE GREAT / AND EVERY BODY LOVES A CURFEW! ROY! / Just a boy, just a boy / With the biggest head in school" (Johnny Borrell Afterlife)
“He got married for direction, she got married for the cause / They agreed to find the compromise which somehow didn't suit them both” (She Gets**Passed Around At Parties)
"Halfway to the hosptial / Matthew put his clothes on / He didn't want to be that guy who shows up with his balls out" (She Gets Passed Around At Parties)
"Her cock is so hard/ Her aim is true / I hear that when she comes / She comes enough for two" (Future Child Embarrassment Matrix)
"Our survey says that shouting inanities in a regional accent is valuable to culture" (Singing of the Bonesaws)
"The music industry is lying to you / It is telling you that you are excited / And you are excited / Or rather you have confused excitement with the fear of missing out / Which is understandable as these two feelings are very closely related" (Singing Of The Bonesaws)
"[a TV show] where Kim Kardashian is chased through woodland by a giant bear wearing a mask which carries the visage of recently deceased film director Michal Winner / The bear has apparently not qualified for a work placed pension and is angry with Daniel Day Lewis for what he perceives as the relative lack of action in There Will Be Blood / Which he otherwise enjoyed but found a little precious for its tastes" (Singing Of The Bonesaws)
Voilà, comme à chaque disque les fidèles seront aux anges et les autres n’en apprécieront pas l’ironie mise en scène ou même, n’en prendront jamais connaissance. Si par essence Future Of The Left ne se destine pas aux louanges des faiseurs du cool modernes et autres obsédés de la (fausse) nouveauté, une reconnaissance un peu plus juste de l’ensemble de l’œuvre noise délirante de Falco ne serait pas volée, ne serait-ce que pour permettre au groupe de tourner dans de meilleures conditions hors du Royaume-Uni – sa tournée franquaise prévue il y a quelques mois, par exemple, a été annulée dans l’indifférence générale.
Pour moi – allons-y ! – Falco (avec McLusky puis Future Of The Left) construit disque après disque une discographie aussi essentielle que celle de Fugazi 15 ans plus tôt. Ainsi ceux qui ont perdu leur temps à trouver des excuses aux Pixies pour leur récent et médiocre EP (nouvel onglet) feraient mieux de s’intéresser à ce disque : s’il est un groupe contemporain qui soit digne de la bizarrerie mordante, la fantaisie gouailleuse et la versatilité mélodique des Pixies historiques, c’est bien Future Of The Left.






Brasser la merde
1 commentaire
KJGY
"Something happened" est juste excellente. Sinon très chouette album (même si certaines "manières" vocales m'agacent un peu), merci beaucoup pour la découverte.
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