silent weapons for quiet wars

Pochette de Aleph

chronique · 8 janvier 2014 · Musiques électroniques

Gesaffelstein

Aleph

Gesaffels qui ? Gesaffelstein. Ou Mike Lévy. Aucun lien de parenté officiel avec Marc et Bernard-Henri. La filiation pourrait donc s'arrêter là. Mais le premier a les clés du monde de l'édition, l'autre a un collier de fleurs "all inclusive" à la télévision (et au ministère de la guerre). Gesaffelstein a quant à lui un bavoir brodé à son nom et une assiette toujours bien remplie aux Inrocks ou chez Tsugi. Tu vois déjà la brèche dans laquelle j'ai forcément envie d'en glisser une petite ? Et bah non, j'ai pas du tout envie qu'on m'associe à la cohorte de complotistes qui conservent leur haine en geste à Sion.

par Lexo7

Ce cher Mike est aussi l'ami véritable de Brodinski, lui même pote de Yuksek, autre glorieux amateur de biscuits rémois qui fait des merveilles avec ses ptites paluches. Un esthète te dis-je. Il serait commun et confortable de continuer à suinter la haine en toute quiétude. L'erreur serait justement de tenter de réduire Gesaffelstein à l'envie de vomir que son album procure. Lui qui a suscité tant d'espoirs auprès de gens autrement plus crédibles dans le sérail techno (The Hacker, Rebotini). Lui, qui est parvenu à faire aimer la musique électronique à des petits indies bourgeois avides de sensations aussi molles et subversives que le clip de Stress en mode random aux Nuits Sonores. Ceux qui n'ont pas connu l'âge d'or de la tek française sont en perpétuelle quête d'un nouveau poulain, d'un nouveau messie pour se réclamer à nouveau d'une noble décadence techno. Et peu importe s'il s'agit finalement de bouffer du Spanghero.

Aleph est bien pensé et bien produit, ne ravira pas ceux pour qui les premiers maxis avaient pu avoir un certain écho, mais trouvera son coeur de cible auprès d'une jeunesse qui a les moyens de son désoeuvrement, pour qui le nihilisme est une vie à la mode plutôt qu'un mode de vie. N'épiloguons pas trop sur les innombrables "emprunts" à Dopplereffekt que contient Aleph. Elle ne les verra pas, et quand bien même, il n'y aurait pour elle aucune raison de s'en offusquer. La musique n'appartient plus à personne, et surtout pas à ceux qui la font. Toute référence à Para One et à son bon goût prononcé pour Arvo Pärt étant tout sauf fortuite, précisons dès maintenant pourquoi l'album du jour est une escroquerie sans nom.

Je vais te parler d'un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. Celui où l'hégémonie de la minimale n'avait pas encore fait son office dans les clubs de France et de Navarre. L'époque du son qui tabasse, où les yeux tournés vers Detroit, nous contemplions notre Mecque à nous. L'époque où les lesbiches du Pulp dansaient et traversaient les grands boulevards avec un rat sur l'épaule. Où tu pouvais croiser Guillaume Dustan le cul à l'air dans les chiottes, jamais avare d'une citation de Duras ou d'une tirade bien sentie à destination de Didier Lestrade. L'époque où les gays étaient les heureux parents du mouvement techno, où ils pensaient plus à baiser qu'à exiger l'égalité et à adopter des petits viêts en solde. Désolé pour le cours d'histoire (pas du tout révisionniste), cher lecteur antifa, n'y vois rien de politique (tu en vois partout), il s'agit juste de re-contextualiser ce vers quoi Gesaffelstein a échoué dans sa volonté de s'y connecter. Là où le Ok Cowboy de Vitalic y était parvenu.

Dans sa volonté de résonner "maximal", et dans son incapacité à correctement plagier l'EBM virile, Gesaffelstein continue néanmoins de se singulariser. Dans sa bonne maîtrise et dans l'intégration presque pertinente du matériel analogique, ses percs frondeuses et ses snares pleines de vices pourraient être saluées par certains. Pursuit, Hate or Glory, siègeront donc en bonne place auprès de ceux qui ont toujours adoré le pire de Boyz Noise. D'autres, un peu plus taquins, souligneront comme il se doit sa réforme impressionnante et généralisée de l'interlude en le poussant dans ses retranchements (jusqu'à parfois plus de 4 minutes 30). Je m'aperçois maintenant, cher lecteur venu du forum "La french se touche", que je ne t'ai forcément pas parlé assez de musique pour que tu juges ma critique comme pertinente. Aveuglé littéralement par ta lumineuse clairvoyance, je nourris secrètement l'espoir de ne pas pouvoir te lire. A cela j'ajouterais simplement qu'Aleph se voulait telle une agression en règle. C'est réussi mais elle ne se parfume pas assez au barebacking pour être savoureuse. Ce qui se voulait telle une orgie sombre et hédoniste, se révèle être comparable à un binge drinking dans une cave de Neuilly, avec Louis Garrel et Cédric Klapisch en maîtresses de cérémonie.

Quelques mots sur l'artwork, pour finir. Encore une escroquerie, qui n'a pour autre but que de rappeler que Gesaffelstein a participé à la production du dernier "arrache-tampax" de Kanye West. Ma femme m'a quitté pour pécho son frère et repeupler les Alpes Mancelles, je suis actuellement amoureux d'un hologramme, et je développe une addiction au pâté en croûte Saupiquet. Il ne me manquait plus qu'un éventuel procès auprès de la Kommandantur pour un suicide social en beauté. Bonne année, même à la LICRA et à la LGBT.

Lexo7

Brasser la merde

14 commentaires

  1. Yannosh

    Pour le coup Lexo7 je suis on ne peut plus d'accord avec ton point de vue acerbe... J'ai pourtant par le passé pu apprécier quelques morceaux bien sombres et violents du susnommé... Mais alors ce LP m'a donné je dois bien l'admettre une sacrée nausée lorsque je l'ai écouté, vraiment rien, mais rien de rien ne m'a procuré un quelconque plaisir. C'est une misérable bouse. J'ai même du l'effacer de mon ordi afin qu'il évite à son tour une gastro effroyable... Bref, si on a eu le malheur d'acheter cette musique sous sa forme CD, ça pourra toujours servir de dessous de verre ou autre.

  2. B.

    Véritable chiasse, c'est bien résumé.

    Un petit tour par ici : http://lesmaterialistes.com/escroquerie-gesaffelstein ; ils ont écrit une critique assez pertinente aussi.

  3. poney

    c'est mauvais mais alors tellement mauvais on oscille en permanence entre l'insupportable, le ridicule et au mieux le moyen (aleph), limite la seule vertue de l'album c'est qu'il donne envie d'aller écouter du son, du vrai.

  4. Oneselfieperweek

    J'espère simplement que le CD de l'artwork est un RW.

    1. allane

      excellent commentaire

  5. OdieuseCravatte

    Homme détestable, Disque mauvais. What else? Malgré une promo intrusive limite nauséabonde, les ventes de son LP ne sont pas satisfaisantes. C'est mérité. Cet "artiste" se croit au dessus de tout mais il devrait savoir que seul le soleil peut vraiment s'en targuer. D'ailleurs j'aime bien ses nouvelles lunettes teintés! Dans un club ça a peut-être un lien avec le soleil non ?

  6. mathieu

    Putain qu'es qu'elle font chier touts ces putes en chaleur du social club qui pensent écouter de la techno brutal et sombre. JE PISSE SUR GESA ET SUR BRONDINSKY ( qui passe du B2o dans ses mixe " TECHNO" http://www.youtube.com/watch?v=KrggLELBeb0 a 2min49)

  7. B2os

    Gesaffelschwein s'ennuie au pays de Gandhi.

  8. filou

    @mathieu : "FRENCH RAP DAYTIME" ca signifie mix techno pour toi ?

  9. Romain

    Assez d'accord sur le fond, les fans de Gesaffelstein ressemblent bien à ce que tu décris, dans l'ensemble et Gesa lui-même ne m'intéresse pas. Sa musique n'a pas de saveur et sa violence est trop propre. Je suis pourtant un peu déçu que pour une fois que ce ne soit pas vraiment une "chronique" ou une étude de sa musique (vous l'avez bien fait pour Kavinsky). Continuez, c'est uber cool votre site.

  10. Un papa une maman

    Et le revival-nostalgico-Pulp-c'était-mieux-avant à longueur de chronique, on en parle?

  11. samvox

    Merci de ta chronique. Je me masturbe dans la joie et dans la charité du Christ en la relisant. Bonne bourre, (en)vieux gay.

  12. Plouf Plouf

    La paaaaiiiix, oui la paaaaiiiix, c'est le dooon de Jésuuuuuus

  13. jeune trentenaire désabusé

    Je suis la preuve vivante que "Stress" peut amener à aimer Silent Servant et Voices from the lake (et à tenir votre site comme un référence). Et je vous emmerde !! (ah et au fait je ne suis pas bourgeois :d'ailleurs la seule chose dont je suis certain est que je ne le serai jamais, hum).

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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