silent weapons for quiet wars

Pochette de Machine à Laver

chronique · 6 décembre 2013 · Musiques électroniques

In Aeternam Vale

Machine à Laver

par Feldspath

1984 – Atomic Café. Messe noire officiée par Pascal Aubert, gesticulant à terre au rythme des synthétiseurs de Laurent Prot. L’ambiance est crade, répugnante, abjecte et pourtant ces deux hommes ont offert, à cette époque progressiste, un peu de quoi attiser les esprits indociles de vos géniteurs, maintenant quinquagénaires. Ce projet punk expérimental, trop avant-gardiste pour le commun des mortels, trop occupé à rouler des patins sous fond de Jean-Pierre Mader, sera le crépuscule d’un mouvement industriel que tous les culs de plombs connaissent si bien à présent.

Cette dynastie technoïde pourrait reconnaître un de ses pères en Laurent Prot, gone à la soif intarissable, désireux d’anormalité musicale depuis ses premières touches noires. Ce dernier revient quelques décennies plus tard, entouré des plus gros mastodontes que compte dans ses rangs notre chère diaspora électronique. Karl O Connor (Régis) et Juan Mendez (Silent Servant) fustigent les pistes de danse à ses côtés, au nom du collectif, ténébreusement célèbre, Sandwell Disctrict. S’ensuit des rééditions signées chez le label étasunien Minimal Wave, apparemment adorateur de la tenure lyonnaise quand on pense au duo Deux qui a délivré chez eux, une compilation de leurs meilleurs enregistrements sur leur LP éponyme Decadence (RIP Gérard Pelletier) qui compte le très orgastique Game and Performance.

Parmi les rééditions de Laurent Prot chez MW, on trouve deux LP, In Aeternam Vale (2009) et Dust Under Brightness (2012) ainsi que deux EP, La Piscine (2012) et le dernier en date, objet de cette chronique, Machine à Laver. Minimal Wave a, dans la chronologie de ces sorties, su respecter l’évolution de Prot, à savoir son émergence sur la scène post-punk minimaliste jusqu’à la concordance dont il fait preuve face à l’omnipotence qu’a la Techno de nos jours. L’avant-gardisme de Prot est durement sollicité, même si celui-ci préserve encore la plupart de ses enregistrements telles des reliques, à l’abri des regards.

Il est vrai qu’un travail de réédition (post mortem exclu) est pour la majorité des artistes, synonyme de déchéance, insuffisance d’inspiration et noyade dans un tourbillon de tendances, transitoires par leur nature. Le cas d’In Aeternam Vale diffère car propulsé par une clairvoyance rare et symétrique vis à vis de notre Techno actuelle. Ce phénomène est à prendre comme exemple dans le sens où Prot a su garder une ligne directrice impassible et parier sur ses envies sans jamais se destiner à une quelconque voie rémunératrice.

Résonnances pionnières et membrane hypnotique sont les maîtres-mots de ce nouveau recueil de Prot, enregistré en 1993. La combinaison des éléments est on ne peut plus harmonieuse, avec toujours cette réverbération impactante qui nous laisse vulnérable à chacune des oscillations. L’évidente amplitude qui règne sur chacune des réalisations, témoigne d’un noble alliage entre les particules sonores. Une légèreté singulière colore les compositions, particulièrement Ultrabase, qui grâce à cette sonorité proche du ressort entourant le kick, vous enlace tendrement durant toute la durée de la piste.

Une musique qui atteste d’une maturité sans équivoque, un savoir-faire unique, une véritable ingénierie enfantée par des machines.

Feldspath

Brasser la merde

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