
La trouvaille du jour nous vient du discret label de Leeds Gizeh Records. Cette même maison qui a sorti cette même année dernière le très bon LP de Fieldhead, et que les trop peu fans de Farewell Poetry, Rustle Of The Stars ou encore du pianiste Clem Leek connaissent bien. Grâce à sa proximité avec le musicien/compositeur parisien Frédéric D. Oberland, la famille Gizeh se produit quand même assez régulièrement dans la capitale, à l'Espace B ou à la Loge, devant une foule étrangement clairsemée. Bien que très humble dans ses ambitions commerciales et dans sa communication, Gizeh a le don et le courage de mettre en avant des formations à l'univers et à l'identité très affirmée. Glissando ne déroge pas à cette règle. Constitué de Richard Knox (accessoirement tête du label), de Elly May Irving (chanteuse) et de plusieurs contributeurs de très bon niveau (dont Oberland, aux pianos et à l'harmonium), le groupe signe avec ce The World Without Us son troisième album. Planqué tel un arbuste dans la désormais immense forêt "modern classical" (même bien aidé par le mastering du "encore lui" Nils Frahm), cet opus empreint d'un romantisme spontané et maudit a pourtant de très belles choses à offrir.
Ce qui surprend dès les premières écoutes, outre l'ambiance spécifique extrêmement chargée (je vais y revenir), c'est le soin absolu donné à chaque élément instrumental. Le tout bénéficie d'un mix quasi-chirurgical, ce qui donne à l'ensemble des allures symphoniques feutrées ne versant jamais dans l'excès. On en attendait pas moins d'une formation qui se nomme Glissando, certes. On peut même ici parler de "richesse" instrumentale. Car pour dévoiler chacune de ses pièces, Glissando les pare d'éléments qu'on ne peut que retenir. Clochettes, glockenspiel, harmonium, banjo, pianos extrêmement variés et très différemment accordés, batterie discrète et guitares presque velvetiennes baptissent un édifiant autel de l'amour plutôt qu'un temple à l'héro. Et ça en plus des illustres violons, violes et violoncelles, élément classiques et presque devenus indispensables au genre. Alors oui, je pense secrètement qu'il y a dans cet album une dimension théatrale (bien que toujours dans un registre subtilement contenu), qui révèlera encore plus toute sa symbolique en concert.
Pour une écoute purement domestique, il est recommandé de parsemer le sol de fleurs sêchées, d'allumer des chandelles et de ne surtout pas brûler les icônes, qu'on placera plutôt au centre du salon. Pour que la commémoration de l'instant, de l'esprit chéri et/ou manquant soit complète. Avec tout ce que cela comporte comme aspects solennels et presque mystiques. Le salon se transforme alors en un païen boudoir, où les lumières tamisées et les fumées préparent encore un peu mieux l'opulence d'un sein sur lequel on viendra choir. Avec déférence, et recueillement.
Ne pas être purement et simplement beau. Du moins pas gratuitement. Et même si il faut adhérer à l'univers pour en attester, Glissando a réussi ce pari risqué (bien trop rare dans ces sphères). Privilégier l'atmosphère et l'identité à la pure démonstration de force mélodico-symphonique. Il faut aussi être touché par la voix très particulière de Elly May Irving. Très aigu et voilé, voilà un timbre qui assume joliment ses limites et qui parviendrait presque à en faire une force. Une femme enfant sauvage, qui demeurera une louve pour l'homme. Et pourtant elle se montre nourricière et pleine d'espoir, plus particulièrement sur les très jolis The Long Lost, Companion, le somptueux Of Silence où elle se mêle au masculin. J'ai moins été touché par le très transi For The Light, malgré l'apparition très inspirée de la harpe. Je privilégierais donc pour ma part le dyptique Still où rien n'explose réellement sinon la magie presque ésotérique de l'univers, et la sublime dernière minute de Embers où tout n'est plus qu'émerveillement inquiet.
Encore disponible en version vinyle, cd et digital, The World Without Us est un album très particulier qu'on retient. Parce qu'il ne ressemble à aucun autre. Fait assez rare pour être signalé, à l'heure où les nouvelles compositions classiques se convertissent à un format finalement assez calibré. A voir en concert également, pour ceux qui sauront pénétrer la sphère.






Brasser la merde
3 commentaires
Georges White
La sphère ?
lexo7
L'univers particulier si tu préfères.
Technono
J'ai reçu cet album peut de temps après sa sortie. Je suis partagé sur cet album. Certains morceaux me plaisent énormément alors que d'autres me laissent de marbre. La voix caractéristique joue influe beaucoup sur mon ressenti. Quoiqu'il soit cette chronique me donne envie de retenter l'expérience...
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