
chronique · 11 mars 2013 · experimental-modern-classicalólafur-arnalds-for-now-i-am-winter.
Ólafur Arnalds
For Now I Am Winter
par Lexo7
Ólafur Arnalds est ce compositeur multi-instrumentiste islandais à qui on pardonne tout. Même son pas si lointain passé de métalleux (il a collaboré avec Heaven Shall Burn) qui l'a incompréhensiblement poussé à avilir son premier album (Eulogy For Evolution, sans doute le meilleur) d'une batterie et d'une guitare électrique qui n'avaient absolument rien à foutre là. On lui pardonne aussi d'etre pensionnaire de chez Erased Tapes, label très ambitieux (limite mini major) qui a fait de "l'indieserie électronico-poppy" et des ré-éditions classiques modernes (Nils Frahm, Olafur Arnalds, A Winged Victory For The Sullen) sa marque de fabrique. On leur doit aussi le débauchage post-Type de Peter Broderick. Le talent et l'inspiration de Denovali en moins, le prix excessif des albums en plus.
Cette petite séance un rien "mauvaise langue" n'annulera en rien "l'indispensabilité" de Eulogy For Evolution, de Found Songs et du EP Variations Of Static (même si très courts et très chers). A mon avis sa meilleure période, avant un recours plus important à l'électronique. Dyad 1909, même si il contient de très bonnes choses, est donc celui que j'écoute le moins, avec le certes très mélancoliquement beau ...And They Have Escaped The Weight Of Darkness (plus minimaliste "pianistiquement" même si très riche sur le plan instrumental, mieux produit mais beaucoup moins débridé, avec même une pointe de prétention).
La hype se tourne depuis quelques temps déjà vers un esthétisme classique immédiat, qui donne un côté cultivé à ceux qui pensent que sonate et menuet sont des joueurs de foot turcs,. Si on ajoute à ça la récurrente curiosité que suscitent tous musicien islandais (épiphénomène inexplicable, non Bjork n'y est pour rien), il y avait toute les chances pour que Olafur rencontre enfin l'exposition qu'il mérite très largement. Même si c'est bien après la messe (comprendre sa meilleure période) et depuis qu'il oeuvre de plus en plus en producteur. Mais l'exposition et la reconnaissance ne payent pas. C'est pas le tout d'être reconnu par les médias indé-alternatifs et faire la première partie de Sigur Ros, il faut pouvoir vivre de sa musique. Surfer sur la vague du succès néo-classique peut apparaître une bonne solution. Même si il gagne sa vie grâce aux lives et à son boulot d'ingé, son pote Nils Frahm le fait aussi très bien. Leur collaboration d'il y a deux ans résonne encore très belle avec le recul, presque autant qu'elle était planifiée et donc bien moins spontanée qu'on aimerait nous le faire croire. Un peu comme l'injustement décriée B.O de Another Happy Day, dernier oeuvre en date de l'islandais.
Après une communication très fine même si très indé (photos parues avec Ryuichi Sakamoto, itws, previews bien amenées), For Now I Am Winter (et son artwork assez affreux) est sorti il y a quelques semaines chez Mercury Classics, dont le principal fait d'arme est d'avoir publié des disques de Tori Amos.
Avant toute chose, souvenons nous de Faun. Merci.
Il est toujours très compliqué de critiquer sans haine ni violence un album raté venant d'un artiste qu'on a énormément aimé. Il faut bien admettre que si chacun à sa préférence dans la discographie de l'islandais, son oeuvre dans son ensemble n'est en aucun cas critiquable sur un plan strictement musical. Certains, moi le premier, regretteront le progressif abandon des embardées de cordes spontanées et magnifiquement désinvoltes. L'insouciance mélomane des débuts, l'époque de la composition transie plutôt que l'évolution vers la casquette de producteur. Mais qui aurait pu penser que l'islandais veuille se montrer si rassembleur, si accessible au plus grand nombre en produisant un recueil de chansons sirupeuses et mièvres ? Un peu comme si Nigel Godrich avait jeté son dévolu sur les compositions classiques simplistes.
Le principal défaut de For Now I Am Winter n'est au fond pas d'être simpliste (certaines oreilles averties pourraient même contester sans mal ce jugement personnel), il est avant tout grandiloquent pour rien, avec des artifices relevant du "pas grand chose". On peut même parler de la sous exploitation de tout. A commencer par la manière d'intégrer l'orchestre symphonique islandais. Tout est excessivement équilibré, plat, doté d'un romantisme poseur et sans âme véritable. Tout le génie de Arnalds résidait jusqu'alors dans son aptitude à faire éclater ses compositions, à refuser le "tout scolaire", à donner un violent coup de volant dans un décor classique trop feutré.
Là où certains verront une évolution qui ne doit pas être jugée, d'autres passionnés y verront une régression profonde. J'en veux pour preuve le retour à l'intégration des breakbeats faméliques (encore moins aboutis que ceux présents sur Dyad 1909) sur Brim. Tous ces crins et cordes qui ne bénéficient plus de ce "touché" si personnel. Est-ce parce qu'il n'en assume plus toutes les parties ? Le plus dommage est qu'en lieu et place d'un tel déballage de production, un vulgaire sample d'une Catherine Lara au meilleur de sa forme aurait pu enfanté d'un résultat similaire. Vous pardonnerez sans doute mon caractère excessif, mais pas les parties chantées par Arnor Dan.
Quand on est un jeune et génial compositeur de 26 ans, aidé cette fois-ci par des moyens sans précédent, je pense qu'on peut s'adjoindre les services d'artistes à son niveau. Imaginons ne serait-ce qu'un instant que toutes les parties chantées (y a pas que le chant, les paroles sont elles aussi à chier) eussent été touchées par Antony Hegarty, ou dans une moindre mesure par Jessica Fortino ? Voilà qui aurait eu une tout autre gueule que cette avalanche sirupeuse, filtrée de surcroit, capable d'annuler les plus beaux moments (rares il est vrai) purement instrumentaux. A Stutter et bien d'autres trouveront peut-être un public qui confond trémollo et falsetto, l'aseptisé et le juste beau. Reclaim est par contre juste inécoutable, pour ne pas dire définitivement caricatural. Sans même parler de Old Skin. Wesh Boy George à l'opéra de quatre sous. It's definitely not enough for me.
Que reste-t-il alors à sauver ? Le piano, encore et toujours, car même si il se situe dans la continuité sobre et minimaliste de ...And They Have Escaped The Weight Of Darkness, il n'a rien perdu de son humble génie. Il sauvera de l'ennui certain sur les très jolis Words Of Amber et Only The Winds, mais ne parviendra pas à redresser la torpeur laineuse symphonique dans laquelle certains titres demeureront à jamais en gelée.
For Now I Am Winter est un album glorifiant la posture et la grandiloquence brouillonne. A force de vouloir sonner mainstream il en a oublié l'essentiel : la mélomane beauté spontanée de son glorieux passé. Puisqu'on pardonne tout à Arnalds, acceptons qu'il se vende au plus grand nombre et qu'il déserte les sentiers qui l'avaient fait roi. D'un trop petit royaume pour lui visiblement. C'est souvent très bourgeois de critiquer le capitalisme quand on a jamais manqué de rien. Acceptons donc qu'il veuille mieux vivre comme il devra accepter que certains ne suivent pas. Il est donc grand temps d'oublier au plus vite cet album plus que raté, et (re)découvrir ce qui le mérite vraiment.






Brasser la merde
6 commentaires
Skowz
Wahou Faun, magnifique ! Bon alors merci pour la découverte, je vais me jeter sur ses anciennes sorties si j'ai bien compris :) Au passage, le "Journaliste" de Dooz Kawa, ça serait pas un sample de l'intro de Faun ?
lexo7
Effectivement il y a quelque chose. Mais je crois bien que c'est "juste" quelque chose.
KJGY
C'est clair que l'on est loin de la superbe BO de "Another Happy Day". Tout de même 2 ou 3 jolies choses mais pas plus. Merci pour la chronique.
Philippe
Je suis littéralement tombé sous le charme de cet artiste lors de mes premières écoutes (grâce à Chroniques Électroniques). La première écoute ne ressemble en rien à ses oeuvres précédentes déchirantes et, tel que mentionné dans une ancienne chronique, belles à en crever. Certains morceaux méritent probablement plusieurs écoutes, mais force est de constater que c'est loin de ce qu'il nous a déjà livré. Merci pour la chronique et le ton respectueux des propos malgré la médiocrité de l'oeuvre, j'en conviens. Au plaisir
Lionel
complètement d'accord avec la critique..même si la démarche est louable et que je n'ai pas encore le recul et les écoutes nécessaires à une critique objective, cet album est pour l'instant une déception et une frustration à l'égard de ses précédentes productions.. sa voix ne me transporte pas mais l'album mérite de longues écoutes
Vincent
Tout à fait d'accord avec cette chronique!
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