
chronique · 1 juillet 2015 · Weird Rock / Metal
Goatsnake
Black Age Blues
J'en peux plus, du mauvais stoner. Tu comprends?
par Mattooh
Tous ces Red Fang, Truckfighters, Orange Goblin et autre Blues Pills me donnent envie d'arrêter l'alcool et de ne plus manger que des légumes crus. Les albums fades se succèdent, les lives autoroutiers aussi et tout cela est célébré par une petite communauté de sacs à bières ne s'exprimant que par onomatopées, tirages de barbes et éléments de langage. "T'as été voir Red Fang à Glazart? Quelle claque!", "T'as écouté le nouveau Karma To Burn? Sacrée dose de gras!!" ; quelle est la solution ? Quelle est la réaction ? Quelle est la bonne ?
Tout ce gras de rock me donne envie de noise, de brutal death voire de J-pop pourvu que cela me tient à une distance raisonnable du prochain EP de Truckfighters. En fait, même la sortie d'albums de barons du genre peine maintenant à m'intéresser. Pour un peu, Clutch passerait dans le même sac et je me mettrais à écouter obsessivement cette musique électronique claustrophobique pour salles blanches, célébrée par mes collègues adeptes de chocolatines et de quenelles sur ce blog de tous les impossibles que l'on surnomme SWQW.
Là-dessus, Goatsnake (nouvel onglet) sort un nouveau disque. Merde, Goatsnake! De bons souvenirs des disques, et un live fantastique au Hellfest 2011. Et puis Pete Stahl, ce type au parcours incroyable : chanteur punk-hardcore de Scream dans les années 80 (avec entre autres l'acteur et réalisateur Dave Grohl derrière la batterie), figure de Dischord et de la scène alternative de Washington, subséquemment compère du grand Ian MacKaye, devenu chanteur de heavy-rock aux effluves sudistes avec Goatsnake, puis tour-manager de grosses machines comme les Foo Fighters ou Rammstein (!) et toujours prêt à filer un coup de main sur les disques des copains, que ce soit SunnO))) ou Josh Homme et ses Desert Sessions. Garçon insaisissable, vocalement bien monté. Autour de lui, pas que des manchots (ça a turbiné chez The Obsessed et Burning Witch) et notamment Greg Anderson, personnage au CV interminable et moitié de ... SunnO))). Casting affolant : check.
Bon, pour le principe, l'album a quand même dormi quelques semaines dans un recoin de barrettes d'octets et puis, je m'y suis collé et... OH BOY. C'est bon, on est sauvé. Black Age Blues est le genre de disques qui nous rappelle que le stoner (et ses dérivés, hein, tu ne m'entraineras pas dans une guéguerre de vocabulaire) pourra toujours être bon pourvu qu'il soit pratiqué par les justes, et pas par une bande de faussaires élevés à la Coors Light.
On retrouve déjà ce qu'on aimait chez Goatsnake : le riffing précis et épais (on se croirait parfois presque dans le bayou de Down sur House of the Moon ou Jimi's Gone) toujours bien écrit, et les vocalises en survol de Pete Stahl, gorge-profonde princier. Mais en plus, on déguste le petit plus entrevu sur les premiers albums du groupe et aujourd'hui complètement éclos et intégré au mix : un supplément d'âme sous la forme d'un dopage en heavy-gospel bien salutaire. Par delà la voix délicatement cassée et le lyrisme teinté de blues et de soul de Stahl, des choeurs féminins s'élèvent en quelques points stratégiques (Another River To Cross, House Of The Moon, Jimi's Gone, Grandpa Jones...) pour accroître encore l'amplitude de compositions toutes majestueusement impeccables.
Il n'y a absolument rien d'original sur cet inespéré Black Age Blues, juste des kilotonnes de savoir-faire dans le montage des riffs et de talent dans le positionnement de la voix. Et puis, ce truc indéfinissable qu'on appelle la classe. Espérons alors qu'avec une telle réussite sous le bras, le groupe se remette à tourner plus régulièrement ; on ne peut quand même pas laisser notre jeunesse barbue se gaver indéfiniment de Red Fang, si?






Brasser la merde
2 commentaires
Manus
C'est très cliché comme analyse de la scène stoner actuelle. Un manque flagrant d'écoute. Pour autant, la critique est bonne.
Mattooh
Où as-tu vu une analyse? Ce n'est qu'une charge frontale, et néanmoins affectueuse. Enfin, si tu veux vraiment une analyse sur un coin de table, ce qui se passe est tout à fait normal, puisque ça se reproduit à chaque fois que quelquechose se met à fonctionner ; les pionniers font tout le boulot, le travail est récompensé, puis les suiveur et les seconds couteaux se retrouvent surclassés via la demande. Enfin, le "manque flagrant d'écoute" est un contre irrecevable depuis 2004, en fait depuis qu'il a été déterminé par un tribunal compétent que cette accusation n'était utilisée que par des fans de groupes médiocres ; désolé. Le stoner est en plus le genre le plus facile du monde à appréhender, juste après le zouk et le moombahcore. Note d'ailleurs qu'après m'être enfilé des heures de Terrorizer, Valley, Glazart et albums par milliers, j'aurais plutôt TROP écouté ce petit monde que pas assez.
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