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Pochette de Bleeder

chronique · 12 octobre 2015 · Weird Rock / Metal

Mutoid Man

Bleeder

Mutoid Man est ce qu'on pourrait appeler un side-project, sauf qu'étant donné l'activité ralentie voire comateuse des groupes principaux de chacun et la réussite de ce projet, Mutoid Man semble promis à un destin présidentiel.

par Mattooh

Se dirige-t-on vers l'éclosion d'une nouvelle tête de gondole de l'hydre HxC new-school de Boston? Si Mutoid Man (nouvel onglet) reste pour l'instant dans le sillage de Zozobra, Old Man Gloom ou Doomriders, il y a là un impressionnant potentiel qui, s'il est suffisamment fructifié, devrait ouvrir au groupe la voie des tournées européennes dans des bus climatisés, et peut-être même des fonds musicaux de Stade 2 ; enfin, ça c'est pour la théorie, parce que jusqu'à preuve du contraire des groupes au potentiel comparable comme Philm ou Helms Alee continuent de prospérer artistiquement dans le dénument commercial, sans que jamais la moindre image de rugby n'ait été enrichie des riffs de Train (nouvel onglet) ou Fetus. Carcass. (nouvel onglet).

Cruelle justice que la justice des jeunes métalleux aux goûts de chiotte ; que tu le veuilles ou non, les grotesques Ghost sont au moment où je te parle en train de gravir 4 à 4 les marches qui les séparent des slots de tête d'affiche dans tous les Hellfest du monde.

Bon : Mutoid Man. Composé à la base de l'affolant batteur de Converge (Ben Koller) et du chanteur/guitariste de Cave In (Steve Brodsky), le groupe s'est vu rejoint pour l'enregistrement de ce second album par un certain Nick Cageao, bassiste d'appoint en live jusqu'ici, et officiant habituellement en tant qu'ingénieur du son au célèbre club Saint Vitus, à Brooklyn. Et quand je dis "second album", il faut en fait entendre "premier mini-album faisant suite au premier EP Helium Head (nouvel onglet), paru en 2013", les deux disques étant quoiqu'il en soit extrêmement courts (16 et 29 minutes). Je sais que tu aimes chipoter, alors je te mouche tout de suite, tu vois.

Et si Helium Head m'avait carrément plu, les limites du format duo et la combinaison du désintérêt de Brodsky pour les musiques dures ces dernières années (Cave In n'existe plus à temps plein, et depuis qu'il s'est relocalisé à Brooklyn Brodsky semble surtout s'occuper en sortant de dispensables disques acoustiques sous des noms de plus en plus impossibles) et du calendrier de tournée surchargé du Converge post-All We Love We Leave Behind ne me semblaient pas propice à l'épanouissement futur du groupe. Mais voilà, parfois le timing fait bien son boulot, et l'horizon de dégage, et Bleeder défonce complètement.

La basse épaissit idéalement la musique du groupe et permet d'un côté à la guitare d'en faire encore plus des caisses sans laisser l'auditeur seul dans un marasme de cymbales, et de l'autre d'introduire des nuances rythmiques et des chassés-croisés de cordes dans des ambiances ralenties (Dead Dreams, Bleeder - bon, on n'est pas non plus sur un train de sénateur, hein), prores à faire naitre des monstres de hardcore alternatif, comme chez les compos aux plus hauts dénivelés de... Converge et Cave In.

Ainsi la musique de Mutoid Man combine l'efficacité mélodique guitare-voix du Cave In V2.0, et même, j'ai envie de dire, son sens du "fun" (un "fun" pas pour les enfants, hein), à l'énergie hardcore de Converge, cette pulsation imprévisible et tellement importante, faite de d'accélérations stupéfiantes et de ralentissements meurtriers. On pourrait alors penser que ce projet est sans surprise ; que nenni, la fraicheur euphorisante du bousin et la qualité intrinsèque des compos elles-mêmes font office de bonne surprise pour l'auditeur exigeant. Ces types continuent finalement à faire la même chose qu'avant, dans un environnement recombiné qu'ils appellent Mutoid Man ; mais c'est tellement bonnard, et les mecs toujours tellement au top de leur jeu qu'on s'en repaît sans chier dans les bottes du cuistot. Rarement riffs si complexes se révèlent si efficaces, parfois jusqu'à l'absurde (Soft Spot In My Skull, Deadlock), toujours dans la jubilation et le plaisir primal d'écouter, tout simplement, un putain de bon gros disque de rock.

Alors maintenant, tu veux les voir en live en France, bien sûr. C'est possible. Pour une fois, il faudra juste ne pas être parisien, et se trouver à Lille ou Montpellier les deux premiers soirs de novembre. Oui, "Montpellier" ; me regarde pas comme ça.

Mattooh

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Moulinexxx

    Magnifique chronique, album surpuissant, je ne trouve rien à redire... à part qu'on dit "l'horizon se dégage" et non "l'horizon de dégage".

    Oui, tu avais raison, j'aime chipoter.

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