silent weapons for quiet wars

chronique · 8 avril 2015 · Weird Rock / Metal

Godspeed You! Black Emperor

Asunder, Sweet and Other Distress

Sans doute mon amour, on a pas eu de chance, il y avait la guerre, et nous avions vingt ans. (Jean-Roger Caussimon - La commune est en lutte et demain... nous vaincrons)

par Lexo7

Il existe des groupes tels, qu'on leur octroie presque parfois la paternité d'un genre. La seule chose qu'ont en commun les journalistes musicaux et les intellectuels, c'est ce même besoin de poser des mots sur le vide pour cautionner leur existence. Heureusement que le public est là, tel un troupeau de moutons semblable à la pochette en présence, pour accepter qu'on lui trace un chemin qu'il ne saurait arpenter par lui-même. Dans le cas de Godspeed You! Black Emperor, il a même fallu créer un genre dans le genre. Pour tenter de consoler les vrais. Ceux qui ne se sont jamais vraiment remis et à raison, de la mise en sommeil de Labradford ou de Slint. Les autres, ne sont que des musiciens metal ratés, de ceux qui ont pensé que la dépression était tellement plus "street crédible" que la bière tiède pour emballer de la bourgeoise show off sous lithium (à la Mécanique Ondulatoire).

"Nan mais tu comprends, Brooklyn c'était tellement mieux avant..."

"Je comprends Violaine, mais va te faire saillir par Ariel Wizman quand même."

Fermons rapidement cette embardée un rien gonzo de départ. Tu auras compris que je cause du post-rock, et de tous ces groupes qui ont enflammé les indie boys contemplatifs de la fin des années 90 au milieu des années 2000. Tu te souviens sans doute de Mogwai, d'Explosions In the Sky, Do Make Say Think, Set Fire to Flames, 65daysofstatic (les plus détestables), Mono (lol), l'école islandaise emmenée par Sigur Rós ou encore If These Trees Could Talk (eux je les place juste pour faire vraiment genre je connais le dossier). Rassure toi néanmoins, j'en ai moi même aimé une très grande partie (en même temps je suis un ancien fan de Bon Jovi). Tant et tellement qu'un album comme celui de Oiseaux-Tempête s'est élevé pour moi comme un des disques les plus passionnants de l'année dernière.

Parce qu'il ravivait mes anciens émois d'ours transi, ceux que j'avais ressenti la première fois que j'entendis Godspeed You! Black Emperor. Yanqui U.X.O, Slow Riot for New Zerø Kanada mais surtout *Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven.*Je dois même avouer que j'ai adoré à une époque l'autre projet, Thee Silver Mt. Zion. Parce que la voix chevrotante de l'emblématique Efrim Menuck a quelque chose de réellement chatoyant. J'ai même vécu une idylle durable avec *He Has Left Us Alone, but Shafts of Light Sometimes Grace the Corner of Our Rooms...*forcément. Plus tard, parce que God Bless Our Dead Marines, Mountains Are Made Of Steam et ce lot important de fresques magnifiques qui d'un projet à l'autre, en plusieurs tableaux (symphoniques, orchestrales, électriques et romantiques), m'avaient fait croire en dieu jusqu'à lever les bras au ciel dans des cités mortes et pluvieuses en hurlant HOPE !

Ma passion sauvage s'est dramatiquement interrompu en 2010, lors de la fameuse "tournée du retour". A La Cité de la Musique, dans un lieu pas du tout assez intimiste pour l'événement. Le groupe prend place, mais t'as l'impression qu'ils font tous la gueule et sont dégoutés d'être là. Le set est bien trop solennel, chiant au possible, représente tout ce que le post-rock a de plus détestable quand les musiciens dégueulent la morosité du monde le regard vide et la queue basse, absorbés uniquement par leur instrument. Je ne me doutais alors pas encore qu' 'Allelujah! Don't Bend! Ascend!(chronique dythirambique ici (nouvel onglet)) me ramènerait à des sensations similaires, posant le constat que l'attente (10 ans putain), une radicalité nouvelle et une posture politique incritiquable, n'éffaceraient que très peu de temps les conséquentes carences musicales d'un album conçu par un groupe presqu'aussi désincarné que l'époque qu'il dénonce.

Je comptais donc sur l'autre projet, Thee Silver Mt. Zion, pour me réconcilier un peu avec ceux que j'avais tant aimé. La sortie de Fuck Off Get Free We Pour Light on Everything(chronique dythirambique (nouvel onglet)) a en fait fini de m'achever. Musicalement discutable, son virage "punk cavalier, cultivé et militant" était pour moi à destination d'un public qui n'existait plus ou pas encore, et qu'encore une fois, sa posture politique tout à fait louable ne trouverait écho que chez des petits hipsters bourgeois quis se cherchent une conscience pour se pardonner leur quotidien confortable.

Bref, je sais, tout ceci fut un peu long et pénible pour dire qu' Asunder, Sweet and Other Distress, nouvel album de GY!BE, vient de sortir. Et que ce qui m'a poussé à l'écouter et à en parler fut avant tout ce que j'en ai lu et entendu. "Une tuerie incontestable", "la même chose d'un album à l'autre depuis 15 ans", "la suite Behemoth on l'avait déjà entendu à tous les concerts", "une déception sans précédent". Je ne me retrouve bien nulle part et cocu partout (ce n'est pas la première fois), il aurait donc été injuste que ton webzine préféré ne te livre pas sa version des faits.

Suis-je le seul à penser que le versant réellement radical et vaguement keupon de Fuck Off Get Free We Pour Light on Everything transpire allégrement en chaque mesure de l'album du jour ? Les riffs gras salopant une envolée mélodique de cordes trop guillerette pour être honnête ne font ils pas de Peasantry or 'Light Inside of Light!' le titre le plus arrogant et prétentieux de toute l'histoire du groupe ?

Deux questions honnêtement peu hésitantes, mais qui évitent ainsi de poser des certitudes gravées dans le marbre. Poursuivons donc la procédure pour éviter un brassin trop épais à venir.

En comparaison de tout ce qui peut exister de fantastique dans un genre actuellement particulièrement luxuriant, les deux drones (Lambs'Breath et Asunder, Sweet) ne résonnent-ils pas comme parfaitement anecdotiques ? Les plus sceptiques, les plus euphoriques et les plus connaisseurs du groupe attesteront sans le moindre mal que l'usage de field recordings, de drones et même d'appétence pour l'ambient ne sont pas des faits nouveaux chez GY!BE. Mais lorsqu'ils (ré)écoutent la première moitié de Static (2000), n'ont ils pas envie de pleurer des torrents de morve pétrifiée devant l'infamie du jour ? Où sont les crins, les tableaux mélodiques lacérés de saturations célestes qui faisaient toute la sève du groupe ?

Malgré les fulgurances incontestables que contient Piss Crowns Are Trebled, ce titre semble se traîner dans des trajectoires brouillonnes, gratuitement nihilistes et peu élaborées, cherchant une fin d'album "heureuse" à laquelle le groupe ne croit pas lui même. Pour la première fois, le groupe sonne pédant et pas autre chose, résonne comme ce que le label Denovali a sorti de plus prétentieux ces deux dernières années.

Voilà, comme souvent lorsque je dis du mal d'un disque, je glisse une tartine indigeste en introduction pour ne dire que très peu de choses d'un album qui m'insupporte. Je suis fidèle à moi même.

Malgré sa durée amputée de moitié en comparaison des oeuvres précédentes, Asunder, Sweet and Other Distress s'élève comme le disque le plus interminable et le plus épuisant de toute l'histoire du groupe. Sans le rabaisser au rang de mauvais album, disons simplement qu'il est parfaitement anecdotique et à l'image d'un groupe qui malgré ses positions politiques tout à fait saines n'a plus rien à dire. A trop vouloir faire dans la radicalité, ils se sont pris les pieds dedans et ont sombré musicalement dans le désanchantement. Cette chronqiue fut (à lire et à écrire) longue, parfois belle et un peu chiante. C'est une chronique sur un album de post-rock, un album de Godspeed You!Black Emperor, et t'es content quand ça se termine.

Lexo7

Brasser la merde

5 commentaires

  1. Blacksad

    "t'es content quand ça se termine."

    Ce commentaire semble davantage s'adapter à l'album chroniqué qu'à la chronique, même pas si mal écrite : J'ai moi-même renoncé à écrire sur l'album, coincé par sa lourdeur, son manque de qualité flagrant, par le sentiment amère qu'on ressent après l'écoute. On est sur une pente descendante, entamée par 'Allellujah (album pourtant tout à fait correct), auquel l'album ressemble beaucoup : deux morceaux de rock dur, deux drones. Il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent, 5 minutes dantesques dans 40 minutes chiantes, c'est lourd.

    Pourtant, le problème de l'album n'est même pas musical. Même un mauvais Godspeed reste un disque passionnant de maîtrise et de puissance. Le problème, c'est le côté déprimé et tristounet de l'album, le Hope s'est évanoui. Ce qui sauvait 'Allellujah, ce qui faisait de Slow Riot For Zero Kanada et autres F# des albums immenses, c'était ce qu'l y avait autour des albums, dans leur messages cachés, leur packaging, leur anti-capitalisme pompeux. La, il n'y a absolument rien. Un album pour faire un album, creux et à la démarche aussi désinvolte que le rendu musical. Finalement, leur Polaris Prize, il leur a retourné la gueule...

    Bref, Godspeed est mort, A Silver Mt. Zion fait du gros punk des familles, Sigur Ros se meure, le Dirty Three est désactivé, God Is An Astronaut part en vrille, et j'ai jamais aimé Set Fire To Flames. Adieu, Post-Rock.

  2. grey

    Une chronique digne d'un fan de Bon Jovi... Rien de bien surprenant en somme.

  3. DLV

    D'accord avec la critique et le commentaire de Blacksad, cet album est sans saveur... Déçu.

  4. vento

    Je cherchais une chronique qui me rassure sur ma santé mentale -- parce que toutes celles que je lisais ne cessaient de parler de chef-d'oeuvre à propos de ce disque -- et je l'ai enfin trouvée. Cet album est fadasse, inintéressant, avec ces mélodies au violon pseudo-musique de l'Est pompées sur un violoniste qui joue dans le métro. Le gros son bien lourdingue -- "attention, on est méchants". Il y a même un solo de guitare avec le son de Lou Reed dans les années 90. Mélodiquement, c'est nul, question "montée", c'est ramollo des jambes. Reste quoi? Peut-être les drones. En fait, je crois détenir la vérité: GYBE a pris des grosses claques avec les derniers Swans et ils savent plus où se mettre et sont réduits à s'auto-parodier. C'est triste.

  5. cloclo

    Bienvenue chez les pisse-froid

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