silent weapons for quiet wars

Pochette de And IV (Inertia)

chronique · 1 novembre 2012 · Musiques électroniques

Grischa Lichtenberger

And IV (Inertia)

Grischa Lichtenberger est un artiste polyvalent, tour à tour peintre, vidéaste, plasticien ou bien encore musicien. Originaire de Bielefeld en Allemagne, le mec vit depuis quelques années à Berlin. En 2009, il signe sur Raster Noton l’EP ~Treibgut, instrument de torture visant à tortionner le moindre rythme. Que Grischa se retrouve sur Raster Noton n’est en rien une surprise tant son approche de la musique se rapproche des recherches d’Alva Noto and co. Grischa est un théoricien du son qui tente de placer son environnement direct au centre de ses propositions. Pour lui, chaque objet est transposable analogiquement car possédant une signature propre.

par B2B

Raster Noton (nouvel onglet) a ainsi pris l’habitude de proposer des albums résolument difficile d’accès mais ô combien fascinant car semblant posséder 10 ans d’avance sur la concurrence. On peut d’ailleurs distinguer deux courants principaux : l’école avant-gardiste (et souvent élitiste) autour d’Alva Noto et Frank Bretschneider et l’école techno (plus accessible) autour de Byetone et Kangding Ray. Grischa Lichtenberger (nouvel onglet) est un cas atypique car faisant le pont entre les deux.

And IV (Inertia) est un album rugueux, s’appréhendant avec difficulté. Le sound-design y est impressionnant, laissant peu de place aux blancs et semblant sortir directement d’une machine visant à torturer vos tympans. Le maitre mot structurant l’ensemble est le bug. Grischa se sert ainsi du bug électronique comme proposition musicale. Il en ressort un album autant fascinant qu’épuisant. Tout y fragmenté et découpé à l’extrême pour aboutir à des créations techno-glitch comme ce Uu78 post-industriel bruitiste, ce 0311_01 Re 0510_24 déstructurant de lointaines influences moyen-orientales ou encore ce Rearr_re avançant tel une monstre cybernétique sorti tout droit d’une série B d’Uwe Boll. Certains auront l’impression de se faire violer par un marteau-piqueur et sur le fond, c’est vrai. And IV ne nous épargne pas, nous laissant rarement respirer avec une cadence régulière, d’autant plus qu’aucune partition mélodique ne viendra vous porter secours.

Mais à côté de ces propositions radicales, Grischa n’hésite pas à jouer avec des sons issus du quotidien blafard d’un bureaunier. Entre bruits d’imprimante et de machine à café, tout prend vie pour une partouze de fils électriques et de cartes électroniques. And IV se fait presque mutin le temps de quelques morceaux plus apaisés comme ce 1110_01_lv_1b organique et formant une post-pop robotisée ou ce 1011_11104_v_re_61011s1b mélodique.

Malheureusement, là où Raster Noton arrive à nous surprendre via un parti-pris résolument sans-concession, Grischa échoue sur la longueur. Son album est un enchaînement incongru de tracks vous cassant davantage le crâne que suscitant la fascination. And IV a beau exploser de toute part, sur la longueur l’exercice de style vise à la branlette stérile. Le coup de l’artiste qui veut en imposer devient carrément rédhibitoire au fil des écoutes.

Même si And IV (Inertia) de Grischa Lichtenberger confirme la place prédominante de Raster Noton dans le questionnement de la musique électronique contemporaine, force est de constater qu’on atteint ici les limites du sujet tant l’inaccessibilité du projet navigue entre radicalité et vacuité. And IV est un album foutraque à réserver aux habitués du genre qui trouveront là matière à célébrer l’avènement d’un futur vendant son âme au tout électronique.

B2B

Brasser la merde

3 commentaires

  1. ygjk

    Je viens de me le chopper, je suis en pleine écoute (4ème piste), et c'est vrai que niveau technique, la maîtrise est vraiment impressionnante... et ouai ça défonce les tympans ! Sinon effectivement je pense pas que c'est un album à écouter d'une traite, risque de dégoût probable.

  2. lexo7

    Je capte pas du tout l'engouement autour de ce truc là. On me l'avait vendu comme un album de ouf. Effectivement sur le plan technique y a rien à dire, le mec est un monstre. J'aime bien le groove (même si c'est un putain de gros mot) mais je trouve que c'est du raster-noton finalement assez "poppy". Et ce qui me dérange le plus c'est que ça ressemble un peu trop à du très très bon vieux Skam.

  3. Nano

    C'est a jolie disque, il est vrai. Mais j'y vois trop de l'influence de Autechre et de quelques autres (peut-être de Skam, comme le dit lexo7), pour que ceci m'intéresse pour trop long. Ironiquement, je le trouve à peu "retro", non pas très moderne. Mon opinion.

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