
Voilà plus de dix ans que Jonas Munk squatte les charts du monde entier. Lui, qui après avoir étudié la guitare et le piano pendant de nombreuses années, se convertissait à la musique électronique. Dans une certaine confidentialité bien sûr, le danois faisant partie de l'inépuisable caste des artistes seulement connus par ceux qui les connaissent. Il est donc de bon ton de citer les nombreuses crémeries où il a livré ses galettes : Morr Music, Benbecula, Static Caravan et aujourd'hui encore Darla Records (nouvel onglet). Pas vraiment des netlabels de seconde zone adeptes de l'amateurisme. Il a également collaboré avec des artistes reconnus dans le sérail, comme Ulrich Schnauss, Jakob Skott et Rasmus Rasmussen pour ne citer qu'eux. Parmi ses très nombreuses sorties, chacun pourra citer avec ferveur et certitude celui vers qui va sa préférence. Toujours est-il qu'après une plus ou moins longue période de vache maigre, le danois a sorti en 2010 l'excellent Drowned in Light (Make Mine Music), disque qui lui permit de rallier encore un peu plus à sa noble cause les supporters qui ne l'avaient jamais réellement largué.
L'IDM agonise actuellement dans la geekerie pure et simple. Paradoxalement, elle connait en France un certain regain d'intérêt. Ce qui prouve bien que pour ça comme pour le reste, nous avons toujours eu du retard à l'allumage. Quand certains netlabels ne se donnent même plus la peine d'offrir à leurs oeuvres un mastering et un mix dignes de ce nom, d'autres se branlent sur les sempiternelles démonstrations techniques que l'auditeur lambda ne comprendra jamais. On copie allégrement et sans aucun remords ceux qui ont mené le genre à un très haut niveau de qualité (Access To Arasaka, Tapage, Nebulo, Proem, Loess). Eux même, qui avaient pris des claques au son de Gridlock, Autechre, Cabaret Voltaire, Arovane ou Boards of Canada. Sous couvert de philosophie nihiliste glorifiant la gratuité absolue et la libre circulation de la musique, la qualité des enregistrements sombre dans la plastification et une banale médiocrité. Fort heuresement, subsistent encore des âmes éclairées qui n'ont pas échangé leur vieux matos contre l'arsenal de softwares qui va bien (sous licences plus ou moins officielles). Celles qui composent, pianotent et grattent sur de l'organique avant de se poser le cul devant l'ordinateur. Celles qui n'ont pas oublié le Texturology de Beaumont Hannant, et qui savent qu'avant Windowlicker, Aphex Twin avait enregistré entre 85 et 92 des oeuvres ambient jamais égalées. Parce que l'aigritude est une discipline qui ne supporte ni l'inconstance ni la médiocrité, acceptons une nouvelle fois mes bien chers frères de joindre nos mains et d'attester que c'était mieux avant. Illustres connaisseurs, fervents défenseurs de l'IDM/electronica/ambient de votre papa, le pas si court format présenté aujourd'hui est fait pour vous.
Bien loin des bêtes et méchantes complexifications rythmiques, réside la main de Manual. Celle qui a besoin de palper la texture sous toute ses formes avant de la modeler. Celle qui verse dans l'immersion béate, la contemplation pure. Tout ça en s'efforçant de ne pas rendre l'ensemble complètement chiant sur le plan rythmique. C'est de loin, le travail le plus ardu. Plutôt qu'avoir le cul entre deux chaises, le danois a tranché puis transformé l'essai. Les nappes, les pads et les textures ambient prendront l'ascendant sur les drums. On a déjà cité toute l'influence probale du Texturology de Beaumont Hannant sur la musique du jour, évoquons donc aussi les illustres Cocteau Twins, et les premières heures d'un duo français dont la mention paraîtra sans doute encore plus surprenante : les versaillais de Air...
Voilà qui donnera donc logiquement à Awash des parfums d'aurores boréales sous laudanum. Les termes "aérien" et "éthéré" devraient, certes, être bannis de toute chronique qui se respecte. Mais Manual a bien fait son boulot. Son disque est un paradis cotonneux pour l'auditeur, mais un enfer sans nom pour le chroniqueur insomniaque. Pas ou peu de mots à mettre sur pareil nid magnétique d'hirondelles (qui feront assurément le printemps). Alors je vais dire que la "braindance" trés sage de Glide m'a ouvert des sentiers dont j'avais depuis trop longtemps perdu les chemins. Que les cordes liquéfiées de Saudade ont réchauffé ma vieille carcasse d'aigri. Tout comme la diluvienne nostalgie qui s'échappe des sublimes claviers variés de Shrine. Sans bien sûr oublier les désarmantes vapeurs exotiques de Floating World, lueurs aveuglantes quand elles perforent la brume. Sans oublier le peut-être un peu plus mou Water and Light, mais qui en deux mots reflétent tellement mieux que n'importe quelle chronique la teneur du propos.
Armé de ses claviers vintage, sa gratte et son talent, Jonas Munk livre ici un format court qui pose un regard plein d'admiration sur le passé. Et qui redonne donc à une certaine forme d'IDM, des lettres de noblesse et une mémoire pas encore tout à fait effacées. Peut-être un peu en dessous du niveau de Drowned In Light, Awash demeure un disque passionnant. L'édition vinyle est programmée pour janvier 2013. Les puristes qui souhaitent attendre peuvent d'ores et déjà parcourir la discographie du lascar dans son intégralité. Elle recèle des joyaux bien cachés, trop rarement mentionnés dans nos contrées.






Brasser la merde
13 commentaires
Haegel
moi j'aime bien ton commentaire
Kevin
Les deux titres que j'ai écouté sont des copies conformes de Boards of Canada... C'est très beau mais bon c'est pas très intéressant du coup!
lexo7
Honnêtement pour comparer ça à Boards Of Canada, je pense qu'il faut ne rien avoir écouter dans le genre depuis quinze ans. Ou alors l'electronica/ambient en général ressemble à BOC, ce qui revient à la même ineptie.
DjayAime
Et puis la musique est bien plus facile a composée avec des claviers qu'avec des logiciels..
lexo7
A ça je répondrais que ça dépend de la musique, et du logiciel...
lexo7
Et aussi que ça, l'auditeur s'en fout royalement.
marc
sérieusement on dirait du boards d'avant 2000, on pourrait même croire à un fake du prochain album, c'est joli mais rien d'extraordinaire
lexo7
En voilà un beau brassage de merde comme je les aime. Dire que Awash ressemble à du BOC d'avant 2000 (95/100 de ce qu'ils ont fait date d'avant 2000) et que c'est joli mais pas extraordinaire, c'est assez rigolo. Sans parler des tentatives de rapprocher ça d'un fake, d'un hypothétique nouvel album de BOC, bref joli trollage en règle.
lambdachronicles
J'ai écouté cet album au réveil, il est un excellent moyen de bien démarrer une journée, j'y ai trouvé beaucoup de poésie dans la recherche des accords, l'utilisation presque académique de ces réverb cristalline, et la progression des montées en puissance des thèmes et mélodies. Il y a quelque chose d'organique dans cet album, quelque chose de bien foutu qui fonctionne sans qu'on y fasse trop attention, ce qui peut paraitre simpliste et éthéré est surement bien plus travaillé et complexe qu'il n'y parait.
boc
tiens, ça me fait penser à BOC, ils ont changé de nom ?
Jean-Do
Histoire d'enfoncer le clou et brasser la merde comme il se doit, moi aussi, ça m'a beaucoup fait penser à BOC. Tout comme une tripotée d'autres artistes electronica. Peut-être est-ce dû au fait que BOC a été l'un des groupes les plus marquants de l'histoire de la musique électronique ?
Cela n'enlève rien au fait qu'Awash nous a pondu là un très bon album. Et qu'il ne s'agit nullement à mes yeux d'un pompage dégueulasse.
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