chronique · 6 novembre 2013 · Musiques électroniques
Palsembleu
S/T
Ou comment transcender la norme automnale à travers l’expression des affects en suspens...
par Mélanie Meyer
C’aurait été dommage de ne pas se le permettre à cette époque de l’année.
Une production peu mise en avant et qui, pourtant, est de circonstance. Hugo Ficher aka Ucture et François Gaspard aka Bishop Dust ont formé Palsembleu en 2009. Réunis par des accointances communes au sein de la scène belge, ils proposent ici leur 1er album, jonction de leurs savoir-faire respectifs tout en conservant l’apport des deux identités musicales. Mais comment faire de deux individualités, une seule entité ? Comme dans toute forme de langage, il s’agit de trouver l’objet commun. Défini, celui-ci détermine la cohérence de l’ensemble. Déroulons donc l’écheveau.
Noctembre introduit l’écoute sur le registre pathétique : une première nappe synthétique s’ouvre progressivement sur une seconde puis une troisième aux sustains fragiles pour s’achever sur l’apparition disséminée, comme en filigrane, de bruits plus organiques. Sacre rouge décline une nappe de basse sombre, l’inversion du son impose une tension inquiétante ponctuée d’éléments modulaires. Il débouche sur l’utilisation d’un archet circulaire. L’atmosphère semble échappée d’une bande originale à la Silent Hill. On a glissé vers le fantastique. Jarnicoton présente une construction pointilliste pleine de bleeps et de glitchs sur une mélodie ambient qui fait songer aux premiers Arovane ponctuée de claps de mains mouillés… À la manière du merveilleux ?
Avec Malfé, on hésite entre le lyrique et le tragique : des empilements improvisés se développent au fil d’une construction sourde et nerveuse dont les éléments évoquant sirènes et effets aquatiques parasités se déploient tout en s’agglomérant de plus en plus. Il en résulte une impression de malaise contenu tout autant que d’attente hypothétique. Vers une libération expiatoire ?
Au final, et paradoxalement, c’est couvrir l’intégralité des registres littéraires que permet cet album. Tout comme les mots, les sons permettent la création d’images mentales pouvant refléter la complexité des états émotionnels. Il tient en cela, le pari réussi de cet opus. Une confrontation, une conjonction, une construction.






Brasser la merde