silent weapons for quiet wars

chronique · 26 juin 2013 · Techno / House

James Holden

The Inheritors

par B2B

James Holden (nouvel onglet) est un électron libre. Il est impossible de coller une étiquette à l’anglais, lui qui depuis le début des années 2000 expérimente inlassablement dans un souci de rendre sa musique toujours plus humaine. En 2006, le brillant The Idiots Are Winning, sous ses faux airs de feu d’artifice trancey, déployait avec timidité ses explosions techno tremblantes (nouvel onglet). A l’époque, Border Community (nouvel onglet), label d’Holden (hébergeant notamment Nathan Fake et Luke Abbott, très proches de l’univers du boss), dictait sa loi sur le marché. Faut avouer qu’avec la musique de notre réservé érudit, on était sûr de faire face à un fort impact émotionnel, de vivre un moment d’apesanteur vibrant.

Mais le père Holden s’est rapidement détourné de ce premier exercice pour se diriger vers la scène kraut. En effet, James Holden n’a jamais caché son inclinaison pour la musique des 60’s-70’s et, par là même, son dégout pour celle d’aujourd’hui. Il en profite en 2010 pour déjouer le cahier des charges hype des compils DJ Kicks en sortant un mix (nouvel onglet) délirant et affranchi, une chevauchée psyché redoutable, un déluge de sonorités arc-en-ciel faisant la nique à toute idée de compression sonore.

Il aura cependant fallu attendre 7 ans pour enfin retrouver James Holden à la production. De la paresse ? Loin de là. C’est que James Holden n’a jamais été un rat de laboratoire. Il a d’abord besoin de vivre avant d’aller s’enfermer dans une petite pièce cloisonnée, entouré de dizaines d’instruments analogiques. Pendant 7 ans, il a donc accumulé du matériel et mis au point ses propres programmes, afin d’en dégager une esthétique sonore qui lui est propre et ne ressemblant à aucune autre.

The Inheritors est un disque monstre, du genre hybride, qui refuse toute forme de domestication, qui avance sans se soucier un seul moment du regard des autres. En cela, The Inheritors est clairement un album de James Holden, mais il va bien plus loin qu’on aurait pu l’imaginer, tellement loin que ça en devient renversant. James Holden est un homme libre qui peut désormais tout se permettre puisque de toute façon, tout ce qu’il entreprend se transforme en or.

Ce deuxième album ne déroutera pas les fans de l’anglais tant il est une parfaite synthèse de son univers : du kraut, des envolées aériennes, du psyché, de l’expérimental, de l’électronica, de la musique répétitive. Tout y passe avec la puissance d’un élan incontrôlable. On en oublierait presque que la techno est désormais une affaire ancienne tant l’avalanche de modulations analogiques nous dynamite l’esprit. Les montagnes russes émotionnelles d’antan font place à une gigantesque fête foraine sous LSD, une twilight zone excluant toute forme de temporalité cartésienne pour aboutir à 80 minutes d’un vertige imprévisible.

La plupart des morceaux ont été enregistré en une prise, laissant ainsi place à l’erreur et aux aspérités de l’analogique. Voilà pourquoi The Inheritors semble si humain tout en étant indomptable. On ne sait jamais comment va s’achever le moindre titre, à quel moment il va choisir de nous cueillir pour nous achever. Comment prévoir l’arrivée d’Etienne Jaumet et de son saxophone déglinguée, transformant The Caterpillar's Intervention en sommet épique ? Commet imaginer la clôture de Seven Stars alors même que le morceau déploie 1000 histoires en simultané ? On accepte donc de se faire balader en lâchant prise. Et tant pis si l’album subit un léger coup de mou à mi-parcours puisque l’on en profite alors pour reprendre des forces tant on est impliqué pleinement dans cette odyssée.

Mais James Holden ne se contente pas de nous égarer via ses expérimentations analogiques puisque chaque titre s’écarte du bidouillage stérile pour toujours nous amener quelque part, en cherchant inéluctablement à nous narrer une histoire, à l’image de l’irrésistible ascension débridée et joyeuse de Renata ou du roulement à billes de Gone Feral, démultipliant son mécanisme jusqu’au point de non-retour. Ces deux titres déploient avec force une trame narrative imparable. Et quoi de mieux comme contre-point que les trips kosmische musik de Inter-City 125 ou Self-Playing Schmaltz ?

Finalement, James Holden garde le morceau le plus évident pour la dernière décharge de l’album. Blackpool Late Eighties est une véritable rampe de lancement vers les étoiles alors même que le titre ne déploie jamais totalement sa rythmique. Superbe leurre qui revient à s’envoyer en l’air tout en gardant les pieds sur terre.

C’est vite vu, The Inheritors de James Holden est l’album techno le plus dingue, le plus libre et le plus insoumis de l’année. Il est impossible de digérer un tel monstre tant il s’éparpille dans toutes les directions possibles. The Inheritors embrasse tout sur son passage en déployant à l’infini ses motifs analogiques. James Holden invente à nouveau la techno du futur : une gigantesque partouze cosmique sous PCP.

B2B

Brasser la merde

39 commentaires

  1. Tartiflette

    Pourquoi vouloir toujours rajouter des choses inutiles comme "partouze sous pcp"? Vous pourriez autant vous en dispenser que le type qui avait commenté une vidéo d'Orties en mettant "sexe anal + mdma + witch house = Orties" non mais sérieux quoi.

    1. Kyklops Karsten

      Boulet du jour bonjour

  2. Famille de France

    Parce que le futur sera une partouze géante sous PCP, tout simplement. b2b ne rajoute rien, il énonce les faits.

  3. hermine

    Depuis quand une partouze sous pcp est "inutile" ?

  4. Tartiflette

    On parle de musique, c'est un minimum sérieux. Toutes ces espèces de phrases pseudo-subversives que vous mettez en postant chaque chronique sur facebook ne sont que fioriture bien inutile.

    1. Lexo7

      Quelqu'un qui se pseudote subversivement Tartiflette n'a pas le droit de réclamer du sérieux.

    2. Famille de France

      La musique, ça doit être serieux? On va bien se faire chier alors. Et James Holden, c'est tout sauf sérieux, bien heureusement.

  5. drc

    un album qui fait déjà date... à peine sorti ! pépite :)

  6. Resti

    Instant classic? Il semblerait bien.

    ps: Tartiflette abonne toi à Wire, si tu cherches plus de conformisme. Trop intellectualiser la musique et ne pas en rire la rend inhumaine.

    1. Tartiflette

      Je lis déjà, ainsi que The Quietus et The Guardian. Oui mais il faut admettre que parfois il est de musique qui ne méritent pas d'en rire. Vous pouvez faire ça avec Bobmo, Club Cheval et Brodinski, mais là on parle de musique sérieuse et pas d'une couillonade du social.

  7. Resti

    @Tartiflette

    Ok on a compris, tu es au dessus des conneries du Social. Cool, heureusement j'espère si tu lis ce webzine. En revanche, le fait même que tu puisses en faire mention, m'amène à penser que tu ne t'y ai émancipé il n'y a peu de temps et qu' à peine cette émancipation faite, tu t'es empressé de jaser sur le bail en place publique. Si tel était le cas, tu conviendras comme moi que nous pourrions remettre en cause ta légitimité. Il est possible que je me trompe. Tout de même, je ne comprends pas trop pourquoi tu mentionnes les mecs dont tu parles, Club Cheval connais pas, mais pour tous le reste un vrai mélomanes n'aurait même pas balancer ces blases sur la table. Alors épargne nous tes critiques si c'est pour revenir à la charge avec de tels non arguments. "Musique sérieuse" c'est un genre ça? Faut que je demande ça la prochaine fois que je vais rue des Taillandiers... @ SWQW Pensez à tagger "musique sérieuse" dorénavant dans les genres les mecs.

    1. Choucroute

      " J'écoute ça avant toi, alors j'ai raison "

      un peu léger aussi l'argument

    2. Tartiflette

      Je n'ai jamais mis un pied au social ni autre club, la raison est simple, je suis musicien et j'ai déjà perdu une partie de mon audition en concert. Ensuite, pour tous ceux qui disent que je parle de "musique sérieuse", j'ai juste dit que la musique était un sujet sérieux. James Holden ne fait pas de la musique pour rigoler, c'est pas Carlos hein! Tu peux remettre en cause ma légitimité si cela te plaît mais j'écoute Autechre depuis la 4e, Demdike Stare, tous ceux du label Modern Love quasiment et une bonne partie de Tri Angle souvent vivement critiqué ici pour la hype qu'il a généré mais qui n'en reste pas un label au catalogue qui ne comporte quasiment aucun faux pas. C'est pas parce que je cite de mauvaises références que je ne connais pas celles qui sont de bonne qualités. J'écoute de la musique concrète et blablabla, t'as vu je suis fort! Je trouve ton commentaire avec un léger mépris que tu ferais bien de garder pour toi. Certes j'ai connu de nombreuses choses avec ce site. Mais bon la ligne éditoriale je la trouve de plus en plus gonflante, et malheureusement, les rédacteurs usent trop de l'adage "La meilleure défense c'est l'attaque" qui supprime tout droit à la critique et se contente d'une ironie qui cache souvent un manque de répartie mais dont la plupart de leurs fans sont prêts à applaudir comme si nous étions aux jeux du cirque. Aussi, il faut arrêter deux secondes, l'ambient dont ils chantent les louange, n'est pas le genre le plus complexe qui soit.

  8. FDF

    Ils passent souvent du James Holden au Social en plus... !

  9. shady

    Jamais je ne me serais attendu a tant de la part du bonhomme; je kiff autant l'album que la branlee qu'il met a tout ces clampins qui surf sur la vague d'une musique electronique passer au fer a repasser et aux couleurs pastel putassieres. Desole, qwerty. Et, en passant, merci pour la chroniques.

  10. shady

    Par hasard, y a pas des tracks qui sentent mechamment le Sherman ? Du genre Rannoch Dawn ?

  11. freaker

    C'est quoi votre problème avec "partouze cosmique sous PCP" car c'est clairement le genre de pensée que j'ai eu dés la première écoute, la métaphore sexual-druggy c'est l'avenir les mecs. Belle chronique sinon car très proche de celle que j'aurais pu faire, ça fait plaiz d'être sur la même longueur d'onde desfois.

  12. Merovee

    L'ennui à son paroxysme ce dernier holden. Un gentil drogué qui s'amuse dans sa chambre, mais ça s'arrête là. Ma came est pas assez puissante pour me faire prendre ses vessies pour des lanternes. Je m'en vais réécouter le dernier aoki takamasa pour me purifier.

  13. heyholetsgo

    Bon sang qu'est ce que c'est bon...immédiat et long en bouche en même temps. Jouissif quoi. Merci James.

  14. zi

    Genius . Enough said ..

  15. Globule

    De fait, il n'y a rien d'intéressant dans ce brassage de merde-là. On croirait lire les commentaires d'un papier dans Libé. Belle contre-productivité Tartiflette, t'as réussi ton coup. T'as tout tiré vers le bas, même le rédacteur de la chronique.

    1. B2B

      Oui, c'est triste. Je préfère quand ça balance, quand ça défonce la chronique (Tartiflette a essayé mais sans panache), quand ça brasse vraiment la merde. Finalement, ce consensus mou de la bite sur ce James Holden m'ennuie.

  16. Globule

    Elle est ennuyeuse votre discussion, il est nul ce brassage de merde ; et si comme au bon vieux temps, vous parliez musique, quitte à se vanner, mais en parlant musique ? allez, je vais écouter ce truc... mais sans vous.

  17. Back

    Bah merde, je ne m'attendais pas à ce que ça soit bon. Ça m'apprendra à être un jeune vieux con aigri tiens.

  18. etienne

    Une énorme bombe, il a mis la barre très haute.

  19. T2_M

    Pointu vos chroniques .. Y a pas un truc que tu peux passer en soirée avec tes potes (non initiés, musiciens ou partouzeurs sous pcp..) sans que ça choque/rebute. Bon avec un bon casque par contre y a pas photo même si James Holden me laisse un peu perplexe ;-)

  20. Christfag

    Y'a pas que ce brassage de merde qui est nul, il y a aussi l'ergonomie du site.

  21. ioni loris

    The Inheritors est un excellent titre. Je ne suis pas spécialement sensible aux charmes de la musique électronique mais je suis curieux et j'accorde autant de crédits que nécessaire aux aimables plumitifs de ce site. Votre débat passionné et plein de mauvaise foi tranche avec la douceur des dialogues de l'Amour est dans le Pré, sainte émission du lundi soir. Merci.

  22. M-nus

    Mouais...On sent bien la patte de l'anglais, cette folie dans la construction (voire même déconstruction, tant il triture ses machines), mais on est loin du génie de "The Idiots are Winning", je trouve. Il n'ya pour l'instant que Gone Feral qui m'a vraiment fait frissonner. A voir sur la longueur peut être.... Je salue néanmoins la volonté de Holden de vouloir, une fois de plus, casser les codes de la techno, la réiventer, à sa manière.

    Merci pour la chronique.

  23. Ragondin

    Faites fi de vos égos et imbibez vous de cette charmante et mystérieuse constellation sonique que frère Holden nous distille, ça se passe de commentaires.

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