silent weapons for quiet wars

Pochette de Lustrations

chronique · 24 juin 2013 · Techno / House

Mike Parker

Lustrations

par B2B

Oui, je sais. A chaque fois que l’on parle de techno, on en revient à l’hypnose et son corollaire. Mais que voulez-vous, la techno est une fille prévisible qui aime recycler à l’infini ses propres clichés ?! Pourtant, en y regardant de plus près, on peut distinguer différents niveaux d’hypnoses. Et si on doit établir une échelle de puissance alors Lustrations de Mike Parker (nouvel onglet) atteint sans mal la note maximale.

L’homme à tout faire (musicien, DJ, prof, artiste) Mike Parker a choisi de se concentrer sur une approche physique et primaire de la techno, et il a pris son temps pour sortir ce long format puisque son seul et unique album est sorti en 2001. Depuis, il n’a pas nécessairement chômé, livrant quantité de maxis sur son propre label, Geophone. En choisissant de sortir Lustrations sur Prologue (nouvel onglet), l’homme a eu le nez fin. En effet, Prologue est sans doute le label techno le plus qualitatif du genre depuis 2009. Cio D’or, Voices Frome The Lake, Cassegrain ou encore Lucy, tous sont passés par la maison munichoise. D’ailleurs, Mike Parker lui-même est proche de Shifted et Voices From The Lake et cela se ressent fortement à l’écoute de Lustrations puisqu’il récupère la violence de l’un pour l’assembler à la rigueur hypnotique de l’autre. En gros, s’écouter Lustrations d’une traite revient à se prendre un parpaing dans la gueule alors même que vous êtes sous anesthésie.

Lustrations se compose de 12 variations autour d’une basse gargantuesque. Chaque morceau déploie son minimalisme autour de peu d’éléments. Il est uniquement question de techno compacte et mentale, ne laissant aucun espace vide. Pour éviter la redite et l’ennui, Mike Parker s’appuie sur un savant dosage faisant que lorsque l’on se focalise sur un son, on n’entend plus que lui, alors même que l’avalanche de kicks se poursuit inlassablement et que le beat martèle l’espace de la première à la dernière seconde du disque. Cette approche narcotique rend l’album difficilement transposable sur un dancefloor balisé, mais ravira pourtant le plus hardcore des teuffeurs. C’est qu’ici, chaque sonorité se répercute sur les parois et vous claque à la gueule pour mieux vous asservir.

Cette techno nihiliste trouve sans doute sa source dans les usines désaffectées de Buffalo, U.S.A., ville accueillant Mike Parker et subissant de plein fouet une violente crise économique et industrielle depuis les années 1950. Voilà pourquoi l’écoute d’une traite de Lustrations vous laissera un goût de métal usé par le temps dans la bouche. Déterminisme géographique ? Assurément.

Il faut savoir prendre Lustrations par le bon bout, au risque sinon de se heurter à un mur de béton. Cet album ne peut s’envisager que comme un bloc brut, dévoilant ses intimes éléments uniquement si on accepte de s’y perdre corps et âme. Aucun morceau n’est à isolé, il s’agit d’un tout. A la fin des 12 titres, on comprend alors que l’on vient d’écouter un monstre qui risque fort de marquer l'année techno 2013.

B2B

Brasser la merde

1 commentaire

  1. georges white

    Pourtant qui dit lustration dit fluide.. et brillance. Le titre serait donc un rien trompeur, ou voulant nous préparer à ce qui va suivre (une lustration à sec). Reste à déterminer le degré d'anesthésie nécessaire pour sentir (ou pas) l'impact du parpaing. Mais là c'est peut être juste une question de volume..

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