
L’âge d’or d’Ostgut Ton (nouvel onglet) touche lentement à sa fin. Le label hégémonique de la techno berlinoise, s’appuyant avant tout sur la force de frappe de son club tutélaire, le Berghain (nouvel onglet), commence à voir son influence perdre doucement du terrain. C’est qu’avec les années, la concurrence a su s’adapter en assimilant et recyclant l’esthétique Ostgut Ton, parfois avec brio, souvent avec ridicule. Après tout, c’est de bonne guerre et c’est ainsi que la production techno a toujours fonctionné. Cependant, n’enterrons pas non plus le label trop vite car même si ce dernier stagne, il n’en demeure pas moins un moteur de la scène techno prêt à défendre son territoire avec hargne et livrant chaque année deux ou trois albums prenants.
On connaît avant tout Marcel Fengler (nouvel onglet) pour ses sets rêches dans l’antre du Berghain. En 2011, il a d’ailleurs sorti Berghain 05, mix redoutable de frontalité. Finalement, comme pour chacun des tenanciers du Berghain, la case production semble inévitable. Cette volonté quasi systématique de produire un long format révèle avant tout la capacité que peuvent avoir les activistes du Berghain à se faire violence, à jouer sur tous les fronts. Le long format reste un exercice délicat et ambigu et encore plus lorsque l’on parle de techno. Et la puissance d’Ostgut et de cette sortie est d’élaborer une trame tout en restant néanmoins dans un schéma anti-narratif.
Il est vrai que l’on n’attendait pas grand-chose de ce disque et ce n’est pas plus mal car au final, Fokus est un LP qui ne se dévoile pas entièrement au premier abord, préférant la pudeur à l’exercice de style. Ainsi l'écoute s’effectue dans une digestion lente et pleine de saveurs, consécutive de la relative docilité de l’objet.
Alors qu’on aurait pu s’attendre à une techno rude, seules ses doux prémices s'entr'aperçoivent sur les percutants Mayria et The Stempede. Mais ceux-ci s'effacent peu à peu au contact de sonorités charnelles, de nappes qui frôlent la perfection, quand on ne tombe pas dans la techno contemplative. Le lumineux Jaz étale sa mélancolie dorée et sert de guide jusqu’au plus anxiogène Sky Pushing qui vient ensuite s’effacer devant le liquide High Falls. King of spi est un redoutable exemple d’accouplement entre l'orfèvrerie de Pantha du Prince et la forge Dettmannienne. Un envol de délicats carillons perturbé par la rudesse de la masse.
Marcel Fengler a donc choisi l’oisiveté plutôt que l’explosion et fait de Fokus un distillateur d’ambiances. Chaque morceau déploie des motifs simples en jouant surtout sur les multiplications d’effets secondaires permettant ainsi une évolutivité inédite, d’une rare justesse. L’effort demandé à l’auditeur est donc important puisque c’est à lui de faire son propre parcours, de provoquer sa propre errance.
Fokus est un album qui ne se livre qu’à ceux qui auront l’envie de jouer le jeu. Les autres se feront chier, trouveront l’album insipide et on ne pourra leur donner tort.
Néanmoins sans provoquer d’innovations majeures et en gardant une certaine cohérence avec son écurie, Marcel Fengler déploie un savoir-faire et une exigence personnelle plutôt séduisante. Reste à savoir si cette sortie saura ou pas s’inscrire dans le temps et là, rien n’est moins sûr.
par T.E.O. et B2B






Brasser la merde
1 commentaire
Franckie
Excellente chronique qui reflète très bien l'impression générale de l'album. Comme DVS1, Marcel Fengler est à mes yeux très haut dans le panier en terme de DJ et de production mais il manque un tout petit quelque chose de "rugueux" pour dépasser Klock ou Dettmann. Ceci étant il faut absolument le voir en DJ set, c'est sombre, intense et groovy, juste de superbes moments de pure techno à chaque set auquel j'ai pu assister. Sur l'album mention spéciale aux nappes absolument magnifiques.
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