
chronique · 18 octobre 2012 · Techno / House
Le K
Freewheel
“La beauté sera convulsive ou ne sera pas” – André Breton dans Nadja.
par B2B
Il est intéressant de confronter Freewheel aux circonvolutions aléatoires du surréalisme. Non pas que l’album du français Sylvain Garcia soit un bordel sans queue ni tête, il faudrait plutôt y déceler un agencement précieux, fonctionnant sur une luxuriance de petits riens, piochant dans des sonorités éclatées.
Drôle d’ovni que nous offre Le K (nouvel onglet). Album promis à l’incompréhension générale alors qu’il s’agit d’un joyau ne réclamant aucunement un effort d’intellectualisation et qu’il faut prendre Freewheel comme il s’offre à vous, c'est-à-dire un ensemble de longues vignettes électronica à l’ossature techno. Ces morceaux ne cherchent pas à séduire mais uniquement à redonner des couleurs au réel. On ne sait jamais sur quel pied danser, ni d’ailleurs s’il faut danser. On comprend seulement que l’on est ignorant et que cette naïveté nécessaire nous ouvrira les portes de la perception.
Mais comment Le K en est-il arrivé à obtenir d’aussi insolites structures ? Il y a fort à parier que l’influence de sa région est ici le ciment. Sylvain Garcia traine ses panards du côté de la Catalogne française et il tient à le faire savoir. La Catalogne est un pays qui se vit avec les tripes avant de se vivre avec la tête. On ne pénètre pas si facilement dans l’aire du Canigou, montagne tutélaire, toisant avec fierté la plaine environnante. A La Mystique Du Canigou de nous imposer alors une ascension titubante. Et quand Le K regarde du côté de la méditerranée c’est pour nous offrir le superbe affranchissement de Boards Of Leucate, manifeste pour une électronica libre.
Toute cette poésie assumée fait irrémédiablement penser à Robag Wruhme et à son lumineux Thora Vukk (chronique ici (nouvel onglet)). Les deux compositeurs ont ce souci de rendre humain des créations électroniques. Le K s’appuie inlassablement sur des sonorités reconnaissables, sur des voix lointaines, des cliquetis incessants. A cela, il y ajoute, avec parcimonie, des cuivres sans garde-fou. Freewheel est d’une luxuriance quasi outrancière, ne laissant à l’auditeur aucune balise identifiable. Les pistes s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. La techno s’efface pour laisser l’électronica prendre le dessus avant de faire marche arrière. Est-on sûr d’avoir entendu le même morceau lors de l’écoute précédente ? Difficile à affirmer tant l’œuvre semble mouvante et vivante.
Freewheel est une aurore infinie, une éclosion perpétuelle. On frissonne à l’écoute de l’escapade de Buster, attendant patiemment que chaque élément trouve progressivement sa place dans le paysage. On se réveille lorsque surgit le kick deep de Sudden Impulse, laissant les voix s’entremêler dans un déluge de craquements. On se sent envahi par la masse d’Epic Horns avant d’être stimulé par des exclamations cuivrées imprévisibles. Les émotions s’enchaînent mais ne se ressemblent pas.
Freewheel est une pochette surprise, on ne sait jamais où l’on va et on finit par ne plus savoir d’où l’on vient. Le K signe un des plus singuliers albums d’électronica-techno de l’année, un objet qu’on adopte sans refus et qu’il sera difficile d’abandonner.
(chronique initialement publiée sur Chroniques Electroniques, le 8 Juin 2012)






Brasser la merde