
chronique · 1 juillet 2014 · Weird Rock / Metal
Mastodon
Once More ‘Round The Sun
Que tu sois juillettiste, aoûtien ou septembrier, réjouis-toi : ton disque de l’été vient de sortir.
par Mattooh
Mastodon (nouvel onglet), pourvoyeur régulier des meilleurs albums de métal catchy de notre époque sketchy, ne disparaît jamais bien longtemps. Annoncé à grand renforts de teasers fracassants et contradictoires ces dernières semaines, Once More ‘Round The Sun devait être au choix « une grosse surprise », sonner « frais et nouveau », retrouver des « éléments de Remission » (premier vrai album, sorti en 2002), ou encore « partir dans toutes les directions ». Evidemment, rien de tout ça n’est vraiment exact : ce nouveau disque sonne surtout comme un prolongement direct de The Hunter, 5ème album sorti en 2011. On a l’habitude, le scénario se répétant avec tous les groupes catégorie senior dès qu’on les fait un peu trop causer de leur prochain album.
Mais est-ce vraiment un souci ? The Hunter était un excellent disque, composé de compositions relativement courtes en réaction à celles excessivement alambiquées de Crack The Skye (2009), disque impressionnant mais pas facile à caser sur des sets de 45 mn de festival. Le vrai risque qu’encourt dorénavant Mastodon en restant sur ces collections de titres rapides et mélodiques, c’est de lasser si la qualité venait à décliner.
Or chez Mastodon, l’inspiration semble ne jamais faire défaut et le contrôle qualité a toujours bien fonctionné ; cette fois, le groupe a même enregistré une quinzaine de titres pour n’en garder finalement que onze. Once More ‘Round The Sun est donc bon de bout en bout, tout juste glane-t-on quelques impressions de déjà entendu au détour de certaines mélodies, certains breaks ou certains arpèges. Le groupe ne renouvelle pas sa palette tous les trois ans, mais plus le disque se dévoile et moins on y pense. D’autant qu’il y a un élément sur lequel le groupe ne te la fera jamais à l’envers : les riffs. Ils sont encore présents ici en quantité impressionnante, entrelacés ou filant droit, tour à tour efficaces, bizarres, ridiculement complexes ou salement heavy.
Once More ‘Round The Sun débute en tout cas sur une triplette de tubes imparables, Tread Lightly, The Motherload, et High Road. Ce dernier titre, logiquement choisi en premier single, frime même en exhibant un riff principal et un refrain d’une évidence propre à te pourrir le cerveau pendant une bonne demi-journée. C’est d’ailleurs la différence essentielle entre les Mastodon pré- et post-crise financière : les mélodies. Elles sont partout, chantées par Brann Dailor (batterie), Troy Sanders (basse) ou Brent Hinds (guitare lead), et plus ou moins braillées suivant les circonstances. Cela apporte plus de possibilités et de variété que les hurlements néanderthaliens des débuts, mais occasionne aussi quelques consonances, ahem, « émo » - ouh-le-vilain-mot. Et puis soyons honnêtes, j’adore le résultat obtenu en studio mais techniquement ces trois garçons ne savent pas chanter, le live ne laissant planer aucun doute à ce sujet.
Voilà donc l’élément potentiellement clivant chez Mastodon : le chant. Pour tout le reste, les culs sont bottés par rangées de 100, sans pause ni recours possible.
Et en parlant de violence, le plus appréciable sur ce nouvel album, c’est justement le retour à quelques séances de brutalité hystérique comme on en entendait plus trop depuis Leviathan (2004) et Blood Mountain (2006) : Chimes At Midnight, Feast Your Eyes et surtout l’insensée Aunt Lisa, meilleur titre du disque qui se termine sur de géniaux chœurs en singalong sortis de nulle part. Du Mastodon plus swag que jamais, lourd et tordu comme du Melvins, rapide comme du Motörhead, et chiadé et progressif comme le meilleur du métal moderne. Enfin, comme d’habitude, Scott Kelly de Neurosis vient nous satelliser un titre, le massif et très beau Diamond in the Witch House. Sur une dynamique tarabiscotée, se déchainent durant près de 8 minutes l’austérité plombée de Scotty, un couple arpège/harmonique bien senti et le riff haché qui va bien ; Scott Kelly, un label qualité rarement pris en défaut ces 25 dernières années.
Ce qui serait bien maintenant, c’est que les fans de métal qui continuent de ne jurer que par Metallica, Iron Maiden et autres pré-retraités se dépoussièrent les idées et ne voient plus Mastodon que comme un second couteau, ou ce groupe un peu étrange qu’ils croisent régulièrement en première partie dans des Zéniths, ou à 16h sur les grandes scènes de leurs festivals Live Nation préférés. Mastodon n’est peut-être pas assez fédérateur pour ça, mais j’ai tendance à penser qu’une époque aussi tordue mériterait des headliners à son image. Mastodon a en tout cas le répertoire et le talent pour passer à l’étape supérieure. A moins de devoir attendre qu’ils se séparent puis se reforment, pour enfin pouvoir s'assoir dans le trône qui est le leur ?






Brasser la merde
1 commentaire
atreyu64
Chronique aussi juste et parfaite que l'album.
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