silent weapons for quiet wars

Pochette de Symmetry In Black

chronique · 11 juillet 2014 · Weird Rock / Metal

Crowbar

Symmetry In Black

Coup d’arrêt dans notre grande sélection des disques destinés à accompagner tes sudokus sur des plages de sable artificiel au milieu des cagoles et des fils de putes ; si ce nouveau Crowbar était ton disque de l’été, laisse-moi te dire que tu passerais deux mois en enfer, à te battre à mains nues contre des alligators en plein ouragan Katrina, les jambes couvertes de sangsues après le naufrage de ta barque dans un bayou secoué de séismes et zébré de sang.

par Mattooh

Au départ, je voulais te chroniquer le nouvel EP de Down, Down IV - Part 2. Mais ces six nouveaux titres ne servent à rien d’autre qu’à plomber ton bel enthousiasme ainsi que la discographie du groupe, et de fait, tout comme pour son prédécesseur (le pourtant excellent Down IV - Part 1), il est fort à parier que le groupe n’en jouera quasiment jamais rien en live.

Alors, autant consacrer mon temps d’écriture, ton temps de lecture et le temps de brassage des brasseurs à causer du nouvel album de Crowbar (nouvel onglet), qui se trouve lui être une bonne grosse bûche alimentant la flamme vacillante de la cause du sludge-métal charpenté du côté de la Louisiane. Crowbar, c’est un son qui semble impossible à émuler par la jeune génération ; habillé d’une inimitable distorsion graisseuse, le blues hargneux du groupe distille sa mélancolie avec un groove suffocant, qui prend aux tripes.

Il y a dans ce disque tout ce que tu attends de la NOLA connection : principalement des tronçonnages de guitare absolument déments (Teach The Blind To See, Walk With Knowledge Wisely, et… un peu tout, en fait), charclant dans la masse de boue, de rouille et d’arcs électriques pour extraire des motifs aux contours que tu connais bien mais dont tu ne te lasseras jamais. Pour l’assaisonnement : des rythmiques simples et lourdes comme le putain de plomb, et une voix d’outre-tombe hyper bileuse. Si tu as coutume de dire des groupes affûtés qu’ils « envoient du petit bois », sache alors que Crowbar découpe des forêts entières dans des nuages de sciure, et empile des troncs sur des hauteurs d’immeuble à une cadence industrielle. Ou plutôt non : à un train de sénateur. Parce que les tempi sont, bien évidemment et à quelques exceptions près (le break de Shaman Of Belief ou la pétée Ageless Decay, qui nous ressusciterait presque Pantera), lents, pour décupler la puissance de l’impact.

Bien agréable également car ce n’est pas toujours le cas dans la conséquente discographie de Crowbar : les mélodies de voix et de guitare se dégagent plutôt rapidement du déluge informe de riffs et de toms, et elles sont sacrément bonnes. Symmetry In White, Reflection Of Deceit, Walk With Knowledge Wisely ou la balade Amaranthine sonnent certes bien bourrues au premier abord, mais rentrent finalement vite dans le crane. Ainsi, dans un monde fantasmé où les meilleures ventes sur iTunes seraient squattées par des groupes doom de barbus ventripotents, on pourrait dire que cet album aligne les tubes.

L’an dernier, la surprenante décision de Kirk Windstein de quitter la rente Down ressemblait à une belle preuve d’intégrité ainsi qu’un courageux retour au bercail et aux longues tournées aux cachets à 3 ou 4 petits chiffres. Devant l’éclatante réussite de ce dixième (!) album, le quinquagénaire semble surtout avoir fait le bon choix artistique. Qu’importe si le line-up du groupe a encore changé, Crowbar c’est lui, et c’est surtout une assurance-qualité indéfectible. On aimerait pouvoir dire la même chose de la franchise Down, fatiguée et engluée dans sa paresse artistique, mais dans l’immédiat on va surtout garder un œil sur le gars Windstein.

Mattooh

Brasser la merde

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