
chronique · 17 septembre 2014 · Weird Rock / Metal
Shellac
Dude Incredible
Oh, le gros dossier que voilà. Un nouvel album de Shellac, c’est un événement dans le petit monde déconnecté du noise-rock. Et c’est tout autant l’assurance d’une continuité artistique (on sait très exactement ce qu’on va y trouver) que d’une très, très haute qualité (on sait que ça va casser des culs).
par Mattooh
Petit freluquet sec et sans âge (mais de 52 piges quand même), doté d’un humour froid et ravageur qui laisse tous les ans de marbre la foule du Primavera Sound de Barcelone, travailleur acharné et mauvais communiquant, Steve Albini n’a a priori rien d’une légende du rock. Pourtant, c’est exactement ce qu’il est dans le rock « « « indé » » », tout autant pour avoir produit tous tes disques préférés (nouvel onglet) que pour avoir fait partie de deux groupes aussi fondamentalement géniaux que Big Black et Shellac (nouvel onglet). Le point commun entre les productions de Steve Albini ingénieur et Steve Albini guitariste/chanteur/compositeur/blagueur : un son, celui du fameux label Touch And Go. Ce son électrique travaillé à la lame, au plus près de l’os, qui branche directement l’ampli sur le tympan. Un son qu’on aime tant, nous, les trentenaires mal rasés à jamais paumés depuis le 1er janvier 2000.
Rappelons cependant les priorités : Shellac n’est pas le gagne-pain de Steve Albini, qui est avant tout un ingénieur du son - et pas un producteur, t’entends. Un professionnel prêt à enregistrer n’importe quel groupe, même le tien, du moment qu’il peut payer son petit pécule et, surtout, a bien conscience d’un principe de travail fondamental: Steve Albini est un technicien, pas une nounou. Il attend donc des groupes qu’ils sachent ce qu’ils veulent et se pointent à l’Electrical Audio studio de Chicago avec des morceaux prêts et maîtrisés. Lui captera leur propre son, et se gardera bien de le remodeler. C’est ainsi qu’avec l’aide de technologies analogiques de haute fidélité, tous les groupes passés entre ses mains expertes s’assurent un résultat d’une pureté et une crudité exemplaire.
Avant d’aller enregistrer un nouvel album, Shellac s’emploie donc longuement à développer et maîtriser ses compositions. En répétition comme en tournée, le groupe compose ses morceaux, les joue, et les triture jusqu’à satisfaction. Le processus peut durer des années (7 ans séparent Dude Incredible du précédent LP Excellent Italian Greyhound), ce qui explique qu’on ne sait jamais quand un album de Shellac va sortir, mais aussi qu’on en connaît déjà une partie du contenu si on voit le groupe en live régulièrement.
Le site du label Touch And Go t’explique ça mieux que moi :
Band information:
While there is no specific coordination between Shellac's record
releases and touring schedules, you can expect the band to tour at
its usual sporadic and relaxed pace.
Current:
Shellac will have a new LP anytime between now and the future.
Ainsi, certains titres de Dude Incredible sont joués sur scène depuis des années, et les fans collectionneurs de bootlegs les connaissent déjà bien. Cela n’enlève en rien le plaisir de découvrir leur enregistrement en dur, d’une part parce que la plupart des gens à peu près sains d’esprit ne s’amusent pas à collectionner des bootlegs au son dégueulasse, et ensuite parce que ces morceaux sont tellement bons qu’on ne s’en lasse, pour ainsi dire, pas.
Les morceaux, donc. Comme d’habitude chez Shellac, on se retrouve face à cette alternance de titres nerveux, hyper efficaces (dans un référentiel noise-rock où un groupe comme The Jesus Lizard fait des tubes, s’entend), d’une précision machiavélique dans les croche-pattes rythmiques, et de déclamations cyniques aux motifs guitare-basse répétés à l’infini. Quelques gueulantes, pour un plaisir sans limites. Et comme d’habitude, c’est d’une finesse et d’une pureté imparables dans l’écriture comme dans le rendu. Rien de plus à dire sur ce disque que sur les précédents, finalement. DADDY’S HOME, tu piges ?
Aussi ne m’abaisserai-je pas à pratiquer de track by track (c’est simple : tout tue) ni de namedropping (toi-même tu sais), ni toi ni moi n’en avons le temps. Parce qu’à ce stade la seule chose à faire est de se ruer sur cet album, et de semer des bisous au vent tout en remerciant l’industrie musicale d’être ce qu’elle est, pour donner encore plus de valeur à ce genre de disque.






Brasser la merde
7 commentaires
Robert Tripoux
Vous tutoyez tout le monde ?
Mattooh
On te montre la lune, et tu regardes le doigt.
Julien_LL
Merveille
cyrod
navet
grosse déception
j'en baille
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