chronique · 27 octobre 2012 · Post-Rock / Metal
Meshuggah
Koloss
Ultra-violence, équations à 8 inconnues et pochettes merdiques : Meshuggah, tu connais le topo.
par Mattooh
Lassé par tes amours de jeunesse (power-métal, bière de marque repère gobée en grande quantité sur des parkings périurbains et cage-fighting dans des sous-sols d’usines désaffectées), tu pourrais te laisser aller à penser que rien ne change vraiment au fil des albums dans le math-métal extrême de Meshuggah (nouvel onglet). Ce serait typiquement une réaction de va-nu-pieds récemment conquis par l’exquise finesse de Grizzly Bear, et toutes ces conneries.
Et ce qui différencie Koloss de obZen, son prédécesseur, c’est d’abord le registre de laideur différent de la pochette : on passe d’un moine new age pixélisé et vaguement ensanglanté digne d’une compilation Buddah Bar zombifiée à un bon vieil artwork métallurgique, noir/brun-caca, moche à en crever. Puis à l’écoute, la musique semble suivre le même cheminement de retour à l’agression et la lourdeur les plus définitifs, préférées aux pics de technique ahurissants de 2008. J’en veux pour preuve des balayages aussi barbares que le pont de The Hurt That Finds Your First ou l’intégralité de The Demon’s Name Is Surveillance, et des rythmiques étonnamment sobres pour des gens dont l’amour de la complexité jusqu'à l’absurde est bien connu (Break Those Bones Whose Sinews Gave It Motion, trop facile le pattern).
La méchante perversion musicale y sidère plus que la technique,en somme. Bien entendu, pour y voir là une révolution, il faut vraiment aimer le détail, l’argumentation et les mathématiques ; pas de changement majeur dans le monde des suédois, juste une volonté manifeste de se recentrer sur l’essentiel (la brutalité, rappelons-le), mais aussi sur le groove.
C’est d’ailleurs bien surtout ce dernier que le groupe dit avoir retrouvé plus que recherché avec Koloss - on le sait bien, aucun groupe ne vous dira qu’il a écrit telle ou telle chanson avec un objectif en tête, juste qu’ils ont laissé venir la musique a eux et que le résultat n’est que le fruit hasardeux de leur créativité du moment, enfin, le bullshit promotionnel habituel. Les suédois assurent néanmoins que ces nouvelles chansons sont incroyablement difficiles à jouer live ; pas de problème, là-dessus tout le monde acquiescera d’un air entendu (et les musiciens d’un air agacé).
Au rayon des monumentales réussites de cet album, on classera Demiurge et The Demon’s Name Is Surveillance facile dans le top 10 des meilleurs chansons du groupe. J’ai aussi un petit faible pour le groove saccadé de Do Not Look Down, pour moi du Meshuggah au sommet de son étrange art. Mais alors par rapport à obZen, qu’est-ce qu’il dit le chroniqueur ? Ben il dit encore un peu mieux, ou quoi qu’il en soit plus consistant. obZen avait le seul défaut de n’être que ça face à ses propres sommets : Combustion, Bleed et Dancers To A Discordant System, trois grosses bûches alimentant le foyer d’un skeud par ailleurs pas non plus avare en petit bois – SWQW, tu viens y chercher le sens de la vie, t’en repars avec de la métaphore de futaie. Ces trois séquoias cachaient une forêt de Meshuggailles standard, de qualité mais pas exceptionnels non plus. Koloss place la barre bien haute, et la maintient pendant 1h. Toi pendant ce temps-là, tu dégustes et tu fais ce que tu peux pour rester debout.
Rien à faire, en attendant le retour de Tool, les tôliers du métal progressif occupent le versant extrême du terrain et mettent encore une fois la branlée a toutes les pleureuses du djent, cette excroissance honteuse du métal et illégitime rejeton du prog’ et de l’émo, imaginée par des wannabes n’ayant jamais rien compris à la simplicité du propos de Meshuggah derrière les autoroutes de syncopes. Meshuggah fait son truc, ne tricote pas dans le vide et substitue naturellement la musicalité à la branlette de conservatoire. Meshuggah ne te fout pas par terre pour rigoler, mais bien parce qu’il le faut.






Brasser la merde