silent weapons for quiet wars

Pochette de All We Love We Leave Behind

chronique · 31 octobre 2012 · Post-Rock / Metal

Converge

All We Love We Leave Behind

Ah, Converge. Des nerveux qu’on souhaiterait secrètement voir se planter, pour une fois.

par Mattooh

Vise un peu : ils sont omniprésent dans l’actualité musicale extrême depuis plus de 10 ans, tournent tous les ans, et tout le monde les aime au point qu’un joli échantillon du gotha du métal-hardcore d’hier et d’aujourd’hui (Neurosis, Cave In, Genghis Tron, 108, Disfear) eut droit à son petit featuring sur Axe To Fall, précédente sortie du groupe. Jane Doe, sorti en 2001, est régulièrement cité comme l’album majeur du hardcore moderne, tous les albums qui ont suivi ont aussi connu le succès critique (que dis-je, la consécration : même Pitchfork les aime ♥), le guitariste-producteur Kurt Ballou vient poser un son éléphantesque sur tous les albums des tatoués qui ont le vent au cul (Gaza, Torche, Genghis Tron encore, Kverlertak, KEN Mode, …), bref, autant dire qu’il s’agit de proies faciles pour le trve coreux qui considère qu’ils doivent tout à Rorschach. En fait, les gars de Converge (nouvel onglet) sont tellement sur le toit du monde du HxC qu’ils peuvent se permettre de ne plus jouer aux bad boys et d’être des types adorables (Kurt Ballou ? un nounours), allant jusque à embrasser la cause animalière, ça (nouvel onglet) et (nouvel onglet).

Street-crédibilité : en chute libre.

Mais, on n’y peut rien : plus de 20 ans après ses débuts, Converge botte toujours des culs par milliers, tournée après tournée, album après album. Alors si tu viens ici te repaître de la chute tant attendue des premiers de la classe du hardcore, tu vas être déçu : le déclin est encore décalé au prochain album, au plus tôt. All We Love We Leave Behind est une fois de plus un excellent album, qui se permet même de réutiliser les acquis de Axe To Fall pour replonger vers un peu plus de brutalité aveugle, Jane Doe style.

Mais ça, c’est pour l’accroche. Dans le détail, l’entame Aimless Arrow nous ramène déjà vers l’ambiance post-hardcore dissonant de You Fail Me (2004). Trespasses et Tender Abuse brouillent ensuite les pistes avec un gros paquet de violence insensée comme le groupe en avait l’habitude en 2001, quelques riffs et leads à la Axe To Fall dépassant à peine du chaos. Faut aimer. J’aime.

Sadness Comes Home et Empty On The Inside fonctionnent elles à plein régime sur les virtuosités de Ballou, avec ses breaks géniaux et ses trouvailles aigües ; il en ira ainsi d’un peu tout l’album, qui consiste en une alternance entre sauvageries sans aucune subtilité et facéties de composition, d’une chanson à l’autre ou au sein d’un même titre. En son milieu, l’album atteint son sommet : l’hallucinante A Glacial Pace. Tout Converge est là : grosse basse dodue, batterie mitraillette stupéfiante, guitare écœurante de facilité, breaks meurtirers et Jacob Bannon qui… fait ses trucs.

Sur Vicious Muse particulièrement, on prend conscience du tour de force que constitue le fait d’être aussi bon avec un chanteur aussi limité. Une des grandes forces de Converge est de réussir à exploiter parfaitement les faibles capacités vocale de Jacob Bannon pour d’un côté ne jamais donner l’impression qu’un meilleur chanteur ferait mieux, et de l’autre lui prêter main forte. Paradoxalement, Kurt Ballou (sur un titre aussi génial que Damages, présent sur Axe To Fall) et Nate Newton (avec son groupe Doomriders) ont déjà eu l’occasion de prouver qu’ils étaient vocalement bien supérieurs à Bannon, mais si leurs interventions sont toujours salutaires (ici sur Coral Blue, tout le monde semble claironner en même temps), on ne voudrait pas d’un album sans notre Bannon. Musique et râles dégueulasses forment une combinaison cohérente et labellisée, dont on vient tous les trois ans chercher avec un plaisir intact les dernières pirouettes crochées. Converge avance avec une détermination et une envie intactes sans se poser les questions que d’autres se posent sur la longévité, l’âge et ce qu’il faut faire ou ne pas faire après chaque album. Ils sont tout simplement trop forts pour toi.

Hiérarchiser les albums de Converge devient de plus en plus difficile et inutile. Tout au plus pourrait-on placer No Heroes légèrement en-deçà de tout ce que le groupe a produit depuis Jane Doe, et All We Love We Leave Behind vient se ranger sur cette ligne haute de la discographie, pour en former un 4ème impressionnant pilier. Merci donc les pioupious, et on attend la suite pour, logiquement, 2015. Avec d’ici là, quelques hélicoptères avec les bras dans nos fosses préférées, des acouphènes, des bières renversées et des oreilles violées dans des forêts de sourires exténués.

En cet automne bien terne, mes frères de sang, est donc venu le temps de retendre les fesses. Ça peut commencer juste là, en-dessous, vu que ces gars sont tellement faciles qu’ils paient leur stream intégral avant même la sortie de l’album. Des crèmes, te dis-je.

Mattooh

Brasser la merde

3 commentaires

  1. julienl

    Pas loin du 10/10, ce Converge me remue les tripes comme si j'avais 15 ans et que ma vie se jouait là tout de suite.

  2. zaaaab

    on est d'accord

  3. poy

    ces mecs sont vraiment splendides, à voir absolument en live pour avoir envie de les serrer dans ses bras comme un koala.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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