silent weapons for quiet wars

Pochette de Fire From The Evening Sun

chronique · 1 octobre 2014 · Weird Rock / Metal

Philm

Fire From The Evening Sun

L’an dernier, le batteur Dave Lombardo s’est fait lourder comme un malpropre de chez Slayer. Depuis 2002, on le croyait pourtant revenu en messie chez Slayer. CHRIST ILLUSION ?

par Mattooh

Le point de discorde était une remise en cause par Lombardo des contrats fixant la répartition des revenus des tournées du groupe, après qu’il ait découvert que leur management se sucrait généreusement. Kerry King n’étant pas le genre de bonhomme avec qui on enfile des perles quelques jours avant le début d’une nouvelle tournée, un sympathique ultimatum est rapidement passé à exécution et voilà notre ami Lombardo out par voie d’avocats, une troisième fois - après ses départ du groupe en 1986 et 1992. SEASONS IN THE ABYSS ?

Un peu remonté, Lombardo s’est assuré que l’affaire soit comme il faut documentée sur les Internets. SHOW NO MERCY. Et puis il est rapidement passé à autre chose, puisque contrairement à ses ex-collègues le garçon a toujours eu d’autres activités en dehors de son gagne-pain principal. Comme avec son excellent groupe de thrash alternatif Grip Inc., avec les fabuleux Fantômas ou ses collaborations avec DJ Spooky ou John Zorn. Les choses se sont donc accélérées du côté de son nouveau trio Philm (nouvel onglet), qui venait de sortir un premier album en 2012, Harmonic. Un disque long et décousu, comme coupé en deux entre des jams jazz-rock improvisées au son crépiteux et quelques bûches d’un rock dense, nerveux et aventureux. DIVINE INTERVENTION !

Entre temps, les affaires chez Slayer ont viré au sordide avec la mort de Jeff Henneman, dont Lombardo a été tenu au courant via un SMS lapidaire de Tom Araya, puis la décision du groupe de continuer la franchise, avec des tournées rémunératrices et des albums pour garder la face. REIGN IN BLOOD. Mais tout ça, c’est une autre histoire qui ne concerne plus l’ami Dave - du moins on l’espère, ou enfin non, on ne sait pas, on aime Slayer avec Lombardo, bordel, même si tout ça ressemble à un amour viril impossible, encore que ces garçons aiment manifestement se faire du mal, alors, bon, attendons, tapis mais sans espoirs, enthousiastes mais résignés.

Aujourd’hui projet principal de Dave Lombardo, Philm est donc très actif depuis deux ans, si bien qu’un prochain EP est déjà annoncé pour bientôt mais n’allons pas plus vite que le thrash, et concentrons-nous sur ce second disque. Fire From The Evening Sun est assurément plus taillé pour faire parler de lui que Harmonic, puisqu’il ne se disperse plus dans des plans improvisés de tricot jazz-rock et devient plus en mesure de draguer le public habituel de Dave Lombardo, et pourquoi pas les fans de Slayer. Quoiqu’il en soit, Philm évoque toujours autant les années 90 et n’a pas mis d’eau dans son vin ; on découvre le groupe par sa filiation à Dave Lombardo, mais on l’aime pour sa musique et rien d’autre.

Si Philm sonne très 90’s, c’est par l’importance donnée aux climax, ces sommets qui font serrer les poings. C’est aussi par cette faculté à ressusciter la cohabitation entre l’agression la plus pure (le thrash-punk de Fanboy et Luxhaven rappelle presque… Slayer) avec une production propre, des plans jazz-rock quand même (Silver Queen ou Corner Girl, petite fantaisie de fin de disque), un chant clair s’égosillant seulement par moment et quelques développements instrumentaux savants (Train, Lady Of The Lake, …). A la manière de groupes oubliés depuis longtemps comme Fudge Tunnel ou Pigmy Love Circus, et plus proche de nous, Tomahawk ou USSA (ce groupe éphémère monté en 2007 par Duane Denison). Ou si tu préfères, comme un mélange entre Rush et Slayer, allez.

Ces dernières années dans le rock'n roll circus, c’est un peu fromage ou dessert avec d’un côté un rock progressif javellisé, pompeux et/ou MOU, et de l’autre des groupes obsédés par les extrêmes et la saleté patentée de leur enregistrement. Et c’est très bien, les extrêmes, mais parfois, on a envie de complexité sans les mathématiques et de violence propre, par de glorieux perdants qui balaient les étiquettes du revers de leur main tatouée. Philm part donc de sa base power-trio rock bonne à tout faire, et l’emmène occasionnellement vers une brutalité bienvenue sans se soucier de ce qu’il convient de ne faire ou de ne pas faire pour attirer l’attention à notre époque. Tout cela avec l’incroyable jeu de batterie de Dave Lombardo, riche et flamboyant, aveuglément rapide, immédiatement reconnaissable.

En tout cas, Philm n’est pas cool. Mais si tu prends ce disque comme il vient, tu y trouveras une bourrasque de tubes mal élevés ainsi que quelques incroyables pièces de rock libre et trapu. Même si tout ça ne t’emmènera pas au paradis, puisque quoi qu'on fasse, toi-même tu sais : GOD HATES US ALL.

Mattooh

Brasser la merde

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