silent weapons for quiet wars

Pochette de Compulsion

chronique · 7 décembre 2012 · Musiques électroniques

Plat

Compulsion

Je me suis levé ce matin avec dans la bouche l'arrière goût d'un amour louche. Nouvelle citation glorieuse, sans le moindre crédit, et au moins aussi barbare que l'idée en elle-même de faire la chronique d'un album injustement méconnu sorti en 2005. Voilà qui renforcera peut-être un peu notre désinvolte détermination à "rubriquer" comme il se doit certains trésors d'un passé pas encore complètement oublié.

par Lexo7

Il eut été de bon ton de vous présenter un album sorti au milieu des 90's, pour vous convaincre encore un peu plus que ce qu'on appelle l'IDM c'était forcément mieux avant. J'y viendrais, forcément. Mais pour une fois qu'un album du genre ne doit rien à l'early Warp, à Skam, à Rephlex ou aux débuts de l'indus, il méritait forcément au moins une humble chronique.

Nous sommes au début de 2005 lorsque sort Compulsion, oeuvre d'un duo islandais composé de Arnar Helgi Adalsteinsson et Vilhjálmur Pálsson, sur le label américain Unschooled Records (très prolifique en 2004 et qui ferma ses portes en 2007). Le duo n'a jamais rien publié par la suite même si certains disent que l'album a connu une autre édition. Les deux islandais ont donc décidé de laisser s'estomper les feux de leur confidentielle légende. A ma connaissance Pàlsson n'est jamais ré-apparu nulle part, tandis que Adalsteinsson a souvent contribué à la production et aux aspects purement techniques des productions du label Resonant (1999-2008). Ils se sont toujours amusés de certains commentaires et suppositions postés sur les forums spécialisés du genre à l'époque. Beaucoup auraient voulu voir l'album inspiré par la nature et des éléments tout à fait organiques, alors que Compulsion est un album de studio par excellence.

Tout son génie tient dans l'idée de ne rien intellectualiser, rompre avec les strates mathématiques de rythmiques déshumanisées, mélanger "vrais" et "faux" instruments. Pour redonner leurs lettres de noblesse aux machine drums, en leur associant les aspects charnels et organiques d'un matériel souvent analogique. Le traitement du beat est donc tout à fait épidermique. Sec et pragmatique, illustrant à merveille des coupures pas si franches pour redorer le blason du contre-temps et laisser aux boucles de batteries pures la narration rythmique au sens strict. Les nappes ambient s'étirent, virevoltent dans les ombres chinoises d'un paravent, vrillent parfois sous les coups de scratchs ou de gargarismes pas geeks pour deux ronds (Flokt, le tubesque Aftur ou le très très groovy Trainers). De vraies guitares apparaissent pour noyer l'ensemble encore un peu plus dans la luxuriance. Les textures sont inondées dans les eaux trop rares et maîtrisées d'une désarmante simplicité. On pourrait même voir se dégager ça et là les ombres d'un post-rock ambient (Astand, Plat, Hverfandi ) pas encore sur-utilisé à l'époque. Sans revenir encore sur la continuelle et géniale alternative entre vrais et faux instruments, reconnaissons qu'on est bien loin ici de la rigueur (souvent germanique) des modèles rythmiques concoctés avec un seul élément (charleston ou cymbale) qui pullulent allégrement en ces temps troublés. Surtout quand Kverkatak tisse une toile pire que funky en aval de basses ronflantes et félines. dans son coin, avec ses airs de pas trop y toucher, Blindfold se révèle comme le titre assurément le plus immédiat et le plus contemplatif de l'album, avec son oscillation dans la texture entre le céleste et le sub-aquatique, Je ne connais pas grand monde ces cinq dernières années, à avoir fait ne serait-ce qu'aussi bien dans le même exercice. Impossible de ne pas évoquer le Aratta de fermeture, qui fera le pari du morcellement progressif dans l'immersion et ses sursauts. Du grand art que je vous dis.

On ne trouve guère aujourd'hui que les beatmakers japonais pour se livrer à pareille variation dans les schémas. Parfois avec moins de maîtrise et de parcimonie. Toujours est-il que Compulsion est un album indispensable pour tout amateur d'electronica qui souhaite se respecter. Pratiquement introuvable dans le commerce dans sa version physique, je ne doute pas que les amateurs de digital et les fouineurs de leaks (ne contestez pas, je le sais) n'auront aucun mal à mettre la main sur le trésor. Si les rivages de l'IDM sont désormais bien pollués par la consanguinité des fluides, rassurons nous que certains vieux ponts soient encore là pour tenir le patrimoine en place.

Lexo7

Brasser la merde

11 commentaires

  1. B2B

    Un de mes albums de chevet. D'une beauté cathartique.

  2. Ehoarn

    Merde, si on le chronique aussi, ça va VRAIMENT faire plagiat

  3. Poulain

    Très très bon ; si fallait parlé d'un trésor pas forcément oublié, j'aurais prit (hum au pif dans ma tête), le premier album de Ametsub, qui lui aussi fait partit de mes albums de chevet :)

  4. lexo7

    Bah vu que personne en France n'en a jamais parlé, oui c'est un peu le risque. En même temps d'autres blogs/webzines blablabla ne se posent pas ce genre de questions...

  5. Lucas

    Cette chronique donne l'eau à la bouche... Les 3 tracks postées... sublimes. Mais quand vous dites "album de chevet", comment avez-vous fait pour vous le procurer ? Amazon annonce ceci : "Pas de stock; commandez maintenant et nous vous livrerons cet article lorsqu'il sera disponible". (en gros c'est mort). Moi je le veux physiquement ce putain d'album !

    1. Flo

      Bonjour, juste une petite infos pour Lucas, il y en a 4 d'occasions à vendre sur amazon justement, je viens d'ailleurs de commander le mien. En espérant qu'il soit en bon état... Et sinon merci beaucoup à SWQW pour toutes ces découvertes ! Je remarque aussi la petite touche Dooz Kawa (Do Ré Mi) dans la chronique héhé (cd qui tourne d'ailleurs en boucle dans la platine grâce à vous ;) ).

  6. lexo7

    Cet album est sorti en 2005. Inutile de préciser que certains n'ont donc pas attendu aujourd'hui pour l'acquérir. Il restait trois exemplaires sur la plateforme que tu évoques ce matin avant la chronique. Il faut croire qu'elle a inspiré certains achats. ;)

  7. Lucas

    Mince ! (pour rester polit). Il faut dire que vos chroniques sont plus qu’alléchantes. Je voulais me consoler avec r.roo, mais que du digital également (oui je suis très conformiste). Mais oh ??! Ce petit bonhomme de Chapelier Fou a besoin d'argent ! héhé.

    1. Ehoarn

      Lucas, il reste une copie sur discogs pour 16 dollars.

  8. Lucas

    Une chronique de cet artiste serait de bonne augure pour tout le monde je pense...

    1. Poulain

      C'est déjà fait si mes souvenirs sont bon..

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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